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Daniel Rouxel reçoit le certificat de nationalité Allemande des mains de Monsieur le consul d'Allemagne à Paris

Daniel Rouxel reçoit le certificat de nationalité Allemande des mains de Monsieur le consul d’Allemagne à Paris

 

Les enfants de la guerre qui en ont fait la démarche deviennent franco-allemands.

Notre président Jean-Jacques Delorme a immédiatement adressé au nom de l’association les plus vifs remerciements aux dirigeants allemands et français.

Le premier certificat de nationalité allemande a été remis à Daniel Rouxel.

Daniel Rouxel, Vice président de CSF, est un des fondateurs de notre association.

Il réalise le rêve qui l’habite depuis des dizaines d’années.

L’occasion nous est donnée de remercier Daniel. En 1994, son témoignage télévisé a permis que la spécificité de nos naissances soit connue du grand public. Depuis lentement la muraille du tabou s’effrite. Se dévoiler, comme il l’a fait à l’époque était courageux.

Son enfance bouleversante a inspiré un écrivain, Arthur TENOR, pour son livre « Né Maudit » paru aux éditions Nathan en 2007.

Son histoire a encouragé bien des enfants de la guerre à sortir de l’ombre, à entreprendre des recherches et à nous rejoindre.

Il ne s’est écoulé que très peu de temps depuis la décision de l’Allemagne de reconnaître les enfants nés de la seconde guerre mondiale et conçus de pères allemands et mères françaises.

Cœurs Sans Frontières remercie pour leur célérité les agents allemands et français en charge d’œuvrer à la constitution des dossiers et à leur traitement.

Otto AMMON - Le papa de Daniel Otto Hammon (Père de Daniel), né le 23 avril 1918 dans la région du Bade- Wurtemberg était sous-officier dans la Flak (Wachtmeister).

La famille allemande de Daniel lui a remis la casquette de son papa.

Daniel désire assurer la sécurité de cet objet si précieux pour lui. Il l’a confié au Musée de la

2ème Guerre Mondiale Roger Bellon, http://museerogerbellon.free.f

 

Musée Roger Bellon – http://museerogerbellon.free.fr

Point de presse quotidien du Porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européenne; le 5 août 2009 France/Allemagne

(Un premier Français né de père allemand et de mère française pendant la guerre, Daniel Rouxel, se voit octroyer aujourd’hui la nationalité allemande. Quelle est votre réaction ?)

Nous saluons cette décision des autorités allemandes.

Je vous rappelle que, dans un discours prononcé le 24 avril 2008 à l’université Humboldt de Berlin, Bernard Kouchner avait souligné la sensibilité pour nos deux pays de la situation des « enfants de la guerre ». Il avait évoqué ’’le sort de ces enfants qui, aujourd’hui adultes, demandent la reconnaissance de leur malheur, de leur vie, de leur identité’’ et avait exprimé son souhait qu’une solution soit trouvée conformément à l’esprit de la réconciliation franco-allemande.

Ce sujet a fait l’objet d’une concertation avec les ministères concernés, en France et en Allemagne. Un travail a été engagé pour élaborer des instruments juridiques susceptibles d’apporter une réponse appropriée à cette question, notamment pour ce qui concerne l’accès aux origines ou l’obtention de la double nationalité.

Nous saluons la réglementation spéciale mise en place en Allemagne début 2009, permettant l’octroi de la nationalité allemande aux « enfants de la guerre ». C’est de cette procédure qu’a bénéficié M. Rouxel.

France: Daniel Rouxel, « fils de boche » pendant la guerre et enfin allemand

France: Daniel Rouxel

Né pendant la Deuxième Guerre Mondiale d’une mère française et d’un père occupant et lieutenant dans la Wehrmacht, Daniel Rouxel est devenu mercredi à Paris le premier enfant français de « Boche » à accéder à la nationalité allemande.

Plus Jamais cela !  Par Daniel ROUXEL

Un témoignage pour faire avancer les Droits de l’enfant dans l’Europe de 2009.

Né  sous secret le 2 avril 1943, à la maternité de Port- Royal à Paris 14 ° d’une Mère française et d’un père allemand, lieutenant de la WEHRMACHT ; en poste au terrain d’aviation de Pleurtuit (35).

Je fus confié à une maison maternelle pendant huit mois avant d’être placé dans une famille d’accueil jusqu’à l’âge de quatre ans.  Elevé à Pleine Fougère (35), en parfaite harmonie avec Jacky, mon frère de lait, j’ai le souvenir d’avoir été heureux.

Devenus trop vieux, mes grands-parents adoptifs ont demandé à ma mère de me retirer. Celle-ci me plaça chez sa Mère. Ma Mère, travaillait comme cantinière au camp militaire allemand (Le terrain d’aviation) de Pleurtuit (35) ; à la débâcle elle partit se faire oublier à Paris. Elle ne pouvait s’occuper de moi et je ne la voyais qu’épisodiquement une fois par an.

A quatre ans, je fus donc déraciné, emmené chez cette dame que je ne connaissais pas et qui était ma Grand-mère maternelle. Elle m’inscrit à l’école communale de Mégrit (22) petit village de Bretagne de six cent habitants où tout le monde connaissait tout sur tout le monde.

Très vite, regardé comme un étranger et une bête curieuse, j’appris mes origines.

Dans les villages où  l’électricité n’était pas encore dans toutes les maisons, les soirées étaient occupées par des veillées devant des bolées de cidre à manger des châtaignes grillées au feu de bois. Les langues allaient bon train sur chaque personne du village. Très vite ma grand-mère, ma mère absente et moi devînmes le centre d’attraction de ce village.

Il était de mauvaises mœurs d’être l’enfant d’une fille-mère et de surcroît le fils d’un boche, donc de l’ennemi. On me le fit payer très cher. Enfants et adolescents ne sont pas tendres entre eux et encore moins avec ceux qui n’ont pour se défendre que la honte et les larmes.

Les lendemains à l’école, les autres gamins connaissaient mes origines et les insultes allaient bon train. La douleur provoquée par les mots « fils de boche et de putain » étaient du velours par rapport à celle que me causèrent les adultes. L’instituteur, le curé, certaines personnes du village, tous se moquèrent cruellement sans oublier cet ignoble adjoint au maire qui un dimanche à la sortie de l’église demanda que je m’approche de lui. Par méchanceté, vanité et bêtise conjuguées, il posa cette question aux villageois « Savez-vous qu’elle différence il y a entre un fils de boche et une hirondelle ? »  Personne n’avait l’air de savoir ! ………. « Une hirondelle quand elle fait ses petits en France et qu’elle repart, elle les emmène, alors qu’un boche les laisse sur place ». Les pleurs et la honte m’envahirent au point de vouloir me suicider, je devais avoir cinq à six ans.

Je ne rentrerai pas dans les détails les plus vils que ses braves campagnards employaient pour m’humilier ou me punir ! Mais de quoi ? J’étais un fils de boche et cela suffisait à jeter sur moi l’opprobre et la haine. Même ma grand-mère prenait fait et cause pour eux car elle aussi rougissait de cette situation. Elle m’enfermait plus facilement dans le poulailler pour dormir la nuit, qu’elle ne m’embrassait. Elle avait horreur que je la lèche, comme elle disait. Les « raclées », pas toujours justifiées me tombaient souvent dessus. Le tutoiement était interdit, j’ai toujours vouvoyé ma grand-mère.

Elle aussi avait ses excuses, fille de l’assistance publique, ne sachant ni lire ni écrire, elle avait perdu son mari des suites des gaz lors de la guerre 14-18.

J’ai toujours pensé être un « accident de la guerre », plus tard, dans les dernières années de vie de ma mère, nous avons beaucoup parlé. Je sais depuis que  je suis un enfant né de l’amour rendu impossible par la guerre. La réalité de ma double origine, française et allemande est tout autre que l’indignité tant dénoncée, elle est au contraire la substance même de ce qu’il y a de plus noble et beau, le fruit de l’amour au sein de la guerre signifiant ainsi à celle-ci qu’elle n’a pas le dernier mot. Quoi de plus encourageant pour les générations futures ?

Mon père est décédé à la débâcle, j’avais deux ans, il m’a pris dans ses bras, m’a donné le biberon et a écrit à sa famille, avant qu’il ne soit tué, qu’il avait un enfant en France. Sa famille  voulait faire le nécessaire pour que je sois élevé en Allemagne, ma mère s’y est refusée. A douze ans je fis la connaissance de ma famille allemande, je reçus un accueil chaleureux, nos relations sont excellentes.

Pour Conclure

Ce qui est le plus terrible chez un enfant, ce n’est pas de savoir qu’il n’est pas aimé, et pourtant c’est important,……… mais c’est de ne pouvoir aimer parce  ce noble sentiment est rejeté des autres.

Puisse mon histoire à travers celle de mes parents inscrite dans l’Histoire balayer les préjugés, indignes des droits de l’Homme et les malveillances immondes quant à ceux de l’Enfant !

Daniel ROUXEL