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Les adhérents allemands et français (région Nord et Est) se sont réunis à Strasbourg le 2 avril 2011.

Une ambiance fraternelle et chaleureuse s’est dégagée tout au long de la journée. Immédiatement chacun s’est senti compris et intégré, content de rencontrer ses semblables et réconforté de constater qu’il est facile, d’enfin raconter son histoire personnelle à ceux qui comme soi, ignorant en raison de la Seconde Guerre mondiale leurs racines paternelles ont entamé un laborieux parcours pour tenter de savoir enfin à qui ils doivent la vie.

Parler après des années de silence, enfin sortir de l’enfermement du tabou est un des pas vers le mieux être des enfants de la guerre.

La journée fut ponctuée de moments forts :

Monsieur Gasparetto, « Malgré-nous » enrôlé de force dans la Wehrmacht, par son témoignage nous a transporté vers la vie parfois terrible des combattants de la Seconde Guerre Mondiale.

Merci à lui, il est si important que le sort individuel de nos pères, tout comme nos difficultés dues à la guerre ne se noient pas dans l’Histoire avec un grand H.

La guerre est une somme de destins contrariés et de souffrances qui se perpétuent sur plusieurs générations. Il est capital de l’énoncer pour tenter de nous garantir contre ce fléau.

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– La 1ère rencontre d’Elke allemande avec sa sœur française.

Le père d’Elke faisait parti des Forces Françaises en Allemagne.

Quelle émotion ! Ces sœurs élevées dans l’ignorance l’une de l’autre, se ressemblent tant, au point même d’avoir choisi une orientation professionnelle semblable.

Ce témoignage du possible d’aussi belles retrouvailles à motiver chaque participant pour continuer avec foi sa recherche identitaire.

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Au premier plan à droite Elke, en face sa sœur,

à côté d’Elke Mme Gasparetto, psychologue et traductrice

– Visite de Monsieur Eric ElKOUBY Conseiller général et adjoint au maire de Strasbourg,

Monsieur Elkouby se déclare intéressé par l’activité de Cœurs sans Frontières et les résultats obtenus.

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Monsieur Elkouby : 2ème en partant de la gauche

– Madame Marie BRASSARD-GOEG de la Nouvelle Dépêche d’Alsace

rédige un article qui place cette belle rencontre tant dans son contexte tant historique qu’humain.

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L’Allemande Elke, 54 ans, a rencontré pour la première fois à Strasbourg sa demi-soeur,

la Française Véronique, 43 ans, grâce à l’association « Coeurs sans frontières ».

La quête du père

L’Allemande Elke, 54 ans, a rencontré pour la première fois à Strasbourg sa demi-soeur, la Française Véronique, 43 ans, grâce à l’association «Coeurs sans frontières».

À certaines tables on parlait allemand, à d’autres français et à d’autres encore, les deux langues… Le week-end dernier, l’association Coeurs sans frontières, dont la mission est d’aider les recherches des enfants franco-allemands de la Seconde Guerre mondiale, tenait sa première réunion dans un hôtel strasbourgeois.

L’hôtel se trouve en bordure de l’Ill qui se jette dans le Rhin, si longtemps considéré comme une frontière entre deux pays marqués politiquement par la haine durant trois guerres au XXe siècle…

Pourtant, parce que sous les uniformes battent des coeurs d’homme, bien des soldats français et allemands ont noué des relations amoureuses dans le pays qui n’était pas le leur.

Des milliers d’enfants sont ainsi nés, pas vraiment gâtés par le sort. De longues années, ils et elles ont mis à se construire. Et à l’heure de la retraite, justement alors qu’Internet ignore les frontières, ils partent à la quête du père.

Le mystérieuxlien filial

Franck Roland est le correspondant pour le grand Est de l’association : « Du côté allemand, quand on veut faire des recherches, c’est plus facile, plus ouvert. En France, il y a encore beaucoup de réticences, on ne veut pas de Boche dans la famille ai-je entendu. Ou alors c’est l’incompréhension totale de la démarche. Comme dans cette famille bourgeoise qui a proposé de faire un chèque quand je leur ai parlé d’une Allemande qui pensait avoir retrouvé son père. Elle était médecin à Leipzig et elle croyait au contraire que son père était pauvre… »

Béatrice et Monika sont motivées par autre chose de plus puissant que l’argent, le mystérieux lien filial. Béatrice, née en 1946 à Gengenbach, a une photo d’un jeune militaire français. Il s’appelait Raymond et il était stationné avec son régiment à Ortenberg : « Ma mère est très âgée, pour elle c’est un secret de famille, elle n’en parle pas. »

Les archives des militaires français des troupes d’occupation sont inaccessibles. Monika, prénommée Jeannette à sa naissance par son père français qui l’avait reconnue, a des photos d’elle-même à 18 mois avec ce père, cavalier émérite sur une autre photo : « Heureusement que ma grand-mère les avait gardées, ma mère avait tout détruit ». Monika, 65 ans, sait que son père, Pierre Marchal, est décédé à Nancy voici 7 ans. Elle voudrait tant savoir quel caractère il avait, ce qu’il aimait faire… Elle, fille unique après avoir été adoptée, rêve de rencontrer un demi-frère ou une demi-soeur : « J’ai une fille qui sait parler français, ce serait bien d’entrer en contact avec la famille fran çaise… »

« Nous faisons l’Europe »

Les recherches en Allemagne ont été effectuées grâce au VKSVG e. V, Verein zur Klärung von Schiksalen Vermisster und Gefallener, une association pour découvrir les destins des disparus et tombés au front et dont la devise est « Surmonter le passé ». Qui travaille main dans la main avec « Coeurs sans frontières » dont Franck Roland dit « Nous faisons l’Europe ».

Avec plus d’émotion que les instances officielles comme samedi, lors de la rencontre entre deux demi-soeurs, Véronique, la Française, et Elke, l’Allemande de Fribourg…

Elke est née en 1957. « J’ai cherché mon père pendant longtemps, en faisant des pauses. J’avais une photo de lui et son identité » raconte-t-elle. La recherche a abouti assez vite. La bonne surprise, c’est que l’écho, côté français, a été positif. Il y a eu des mails en anglais et l’aide, lors de la rencontre, de la psychologue Michèle Gasparato, comme interprète bénévole.

Coïncidence

Véronique, née en 1968, vit à Reims et a un frère. Son père, ancien militaire, sait qu’elle a accepté de rencontrer sa demi-soeur pour la première fois à Strasbourg : « C’est forcément un choc pour une famille. On voit des choses qui se passent dans des films mais quand ça arrive dans sa vie… Est-ce que mon père rencontrera Elke ? On a fait connaissance depuis un mois, les chose s évoluent, on verra bien… »

Coïncidence entre ces demi-soeurs qui se ressemblent assez avec leur allure décontractée, la Française est formatrice d’assistantes sociales tandis que l’Allemande est assistante sociale.

Marie Brassart-Goerg

Coeur sans frontières, association franco-allemande des enfants de la Seconde Guerre mondiale, www.coeurssansfrontieres.com ou 06 18 99 50 72, Chantal Le Quentrec, déléguée régionale Allemagne-Autriche