CSF - Coeurs sans frontières - Herzen Ohne Grenzen

jeudi
23 mai 2013
Accueil > Vie de l'Association > Entretiens
Entretiens
Henri obtient la nationalité de son père

Voilà ! je ne sais par où commencer. On dit « je vais vous raconter ça, » et puis vlan c'est la panne. En tous cas c'était le 6 juin, oui le 6 juin 2012. Une date anniversaire! Sûrement ! je ne suis pas prêt de l'oublier, Monsieur le Consul d’Allemagne à Bordeaux avait décalé l'heure du rendez vous, Monsieur le Maire de Bordeaux, Ministre des affaires Étrangères l'avait invité le matin à célébrer l'anniversaire, celui de 19 44.

Il est environ treize heures. Pour une fois j'ai trouvé une place plus près que d’habitude pour garer ma voiture. Je suis en costume noir, chemise blanche, ce n'est pas le jour à prendre le tramway. Mon grand défaut c'est d’être toujours en avance, alors il faut que je m'occupe, je rentre dans une brasserie qui se situe presque en face du Consulat, où je suis déjà allé, je commande un café. Je me fais virer par le patron qui me dit «qu'à cette heure-la il ne sert pas de café », pourtant il y en a sur les tables des clients, Bizarre ! Je lui réponds que je vais aller ailleurs.

Je sors, je consulte l'heure, pile poil, c'est l'heure, je sonne à la porte du consulat et je rentre, les autres fois j'entends une voix qui me dit « Vous êtes Monsieur MILLNER entrez », mais vu l'heure la dame de l’accueil doit déjeuner.

Séance de prises d'empreintes, discours tronqué avec une charmante personne qui me dit de prendre le téléphone devant moi pour parler, une grande vitre épaisse nous sépare ; elle devant son moniteur d'ordinateur, moi mes deux doigts sur le scanner, tout ce passe bien. Dès que j'aurai mon passeport biométrique, je vais pouvoir aller aux U.S.A (bonnes vacances ! je n'aime pas le pays de l'oncle Sam, mais je ferai un effort).

Soudain la porte du salon de réception s'ouvre sur Monsieur le Consul qui m'invite à entrer, tout le monde est un peu gêné, même les deux dames du consulat que je connais et qui viennent d’arriver. Il s'en suit une petite mêlée ouverte (terme cher à mon Sud-ouest natal). Il n'y a pas de protocole pour ce genre de choses, et je ne sais pas comment, je me retrouve assis sur le canapé, alors que tout le monde est encore debout. Enfin Monsieur le Consul s'assoie et me pose la question qui lui brûle les lèvres :

– Vous connaissez ce que signifie le nom WREDE en Suédois……

– Je pense que… et je lui sors ce que m'ont appris mes homonymes allemands, quand je leur demandais si par hasard nous n'étions pas parent.

– Ah! Vous avez fait des recherches généalogiques ?...

– Oui et non !

– Alors voilà, en suédois le nom veut dire Colère, et votre père était marié avec une dame ZORN qui veut dire également colère (je vous laisse le soin de faire vos propres commentaires.

–Vous avez l'intention de faire changer votre identité me dit il ?

– OUI, mais je veux rencontrer avant une personne qui ait fait ce genre de démarche.

– Nous avons Madame B de Toulouse que nous connaissons bien, qui a fait ce genre de démarche.

Apparaît soudain dans les mains de Monsieur le Consul l'objet tant désiré « LE CERTIFICAT ». Je me rassois pour le signer, je me relève, je me rassois et me relève à nouveau. Le Consul appelle les stagiaires, tout le monde me félicite et parle en même temps. Je dois avouer que je perds un peu pied, je ne sais plus ou j'en suis. Je serre des mains...

J'ai le réflexe de confier mon appareil photos à une demoiselle stagiaire qui me flashe avec le certificat que je tiens maladroitement devant moi, sur le coté, de travers. Je finis par déclarer que je suis ému, que j'attendais ce moment depuis longtemps et que je me sens un peu chez moi dans cette maison. Et tous en cœur, Monsieur le Consul en tête me disent, mais vous êtes chez vous ici, c'est votre maison, vous venez quand vous voulez. Touchant n'est-ce pas? peut-être est-ce parce que j'ai toujours travaillé ou presque dans ces magnifiques Hôtels particuliers que j'ai dis ça, allez dont savoir. En tout cas celui du Consulat en est un très beau (Hôtel).

120811LQ054A.jpg

Henri tenant son acte de naturalisation (le certificat) et Monsieur Eberhard Schuppius, Consul d'Allemagne


L’atmosphère s'est vraiment réchauffée, le champagne aidant (Allemand s'il vous plait, je l'ai appris plus tard) RE-photos avec Monsieur le Consul, le CERTIFICAT et moi bien sûr, toujours ce Certificat tenu n'importe comment, signature de documents, lecture de mes devoirs etc… Dernière photo, celle là superbe, devant le drapeau de l'U.E. au centre, le Français à droite et l'Allemand à gauche et mon inséparable CERTIFICAT et bien sûr Monsieur Le Consul,

Le bouquet final, c'est un bouquet de fleurs, grandiose, magnifique, mais on ne fait pas très bon copain tous les deux (question de sexe !) Pourtant j'adore les fleurs. C'est fini ? Pas tout a fait : « Monsieur Millner nous vous invitons à une réception le 3 octobre qui est la date de la fête Nationale allemande, vous viendrez, n'oubliez pas. », Impossible de l'oublier, c'est mon anniversaire ce jour là !

FIN

Dans la vie rien n'est jamais fini… Le lendemain j'étais un peu ennuyé, même beaucoup, j'avais perdu mon bouquet, il n'était pas sur la banquette arrière de la voiture où je croyais l'avoir mis. Non il était sûrement tombé dans la rue, j'espère que quelqu'un en aura profité. Embarrassé je l'ai posé sur le toit de la voiture et quelques instant plus tard, j'ai démarré sans penser à lui. Et si ce bouquet comportait une carte de félicitations du Consulat ???? Il aurait pu être ramené au Consulat, ma voiture n'était pas loin, Il n'en a rien été, Vous pouvez me croire j'ai vérifié,

Quel bel après-midi !

 
Le secret

Des mois, des années passent, j’ai percé le secret. Il est aujourd’hui mien. C’est à mon tour de garder le secret. Le secret reste secret parce que non dit. Et pourtant, je le dis. Et malgré tout il reste un secret, gardé hier par quelques-uns, aujourd’hui par quelques autres. Il n’est toujours pas libéré.

A croire que les familles ont besoin de ces secrets. Elles se constituent avec et autour de leurs secrets et surtout n’en parlent pas de crainte de le laisser s’échapper et alors de ne plus exister.

Qu’est-ce que la famille sans le secret ? Avant il y avait deux familles, normales dirait-on, des parents, 4 enfants. On libère le secret, il n’y a plus de familles, seulement des individus, perdus, désorientés, déstabilisés, les modèles volés en éclat. Se raccrocher à une croyance quelconque n’y fait rien. Chacun de son côté essaye de faire avec, sans vraiment y arriver.

Alors commence une recherche sans fin sur les circonstances de l’époque. L’histoire est revisitée. Les livres, les archives sont consultés pour finir par se rendre compte que peut-être chacun trouvera sa solution, s’inventera en quelque sorte, se constituera sa propre pensée.

Je parle là de la personne principalement concernée par le secret. Pour les autres, difficile de savoir les bouleversements provoqués. Il y en a forcément. Lorsque je serai allée au bout de ce secret, peut-être pourrai-je en parler un peu mieux.

J’ai presque envie de dire qu’il ne m’appartient pas.

Geneviève

 
Chronique d'une assemblée générale ordinaire


Ca s’est passé, non pas un dimanche au bord de l’eau, mais le vendredi 18 novembre 2011 à Rosny Sous Bois dans les salons de l’Hôtel Comfort Inn. Pour la sixième année, notre association a tenu cette instance incontournable. Tout cela semble un rituel un peu austère et compassé direz-vous et bien NON !

Cette rencontre traditionnelle, parfaitement organisée par notre troisième Président et son Comité Directeur est loin d’avoir été ressentie par les participants comme un pensum.

Michel Blanc a voulu une assemblée générale aussi conviviale que possible, en créant une ambiance amicale et chaleureuse. Ceci en revenant vers les fondamentaux. Car qui est la pièce maîtresse et la raison d’être dans notre association ? le Président ? le Comité Directeur ? les Délégués Régionaux ?

NON ! c’est l’adhérent et son histoire déchirée.

C’est l’adhérent qui, après 60 ans de tabou, d’introversion, voit enfin une lumière poindre devant lui. Il va enfin pouvoir se libérer, parler en sachant qu’il sera, non seulement écouté mais surtout, compris. Il va pouvoir espérer une issue constructive à sa recherche personnelle d’identité.

Ce désir de rencontrer ses compagnons, enfants de la guerre, se traduit dès le début des rencontres organisées par Coeurs Sans Frontières. Que ce soit pour l’assemblée générale annuelle ou pour le voyage à Berlin, dès la veille, un groupe de participants investit les lieux. Ce sont toujours de grandes retrouvailles !

La rencontre des 18 et 19 novembre 2011 n’a pas échappé à cette règle.

Donc, dès ce jeudi 17, en milieu d’après-midi, on trouve devant la réception de l’hôtel, quelques visages connus. Certains se sont retirés dans leur chambre, d’autres arrivent. Vers 19h30 se pose la seule question sérieuse...où dine-t-on? C’est ainsi qu’une quinzaine de membres de notre association se dirige vers quelques restaurants avoisinants. Après avoir été éconduits d’un premier établissement par un désagréable «fallait réserver!» le second nous accueille avec prévenance. La soirée sera très agréable. Déjà, ceux qui ne se connaissaient pas il y a, à peine, quelques heures, s’appellent par leur prénom et même, pour certains, se tutoient.

Vendredi 18, c’est le grand jour! Jusqu’à midi, l’essentiel de l’activité est l’accueil des participants. Là encore, la volonté de convivialité voulue par Michel est visible. Lorsque l’adhérent pénètre dans l’hôtel, il est accueilli par Hélène et Jean qui lui remettent son badge. Il est alors dirigé vers la réception pour prendre possession de « ses appartements » puis il lui est proposé de rejoindre le bar où Michel et Chantal lui offrent une boisson de bienvenue. Une attention particulière est portée à l’égard des «nouveaux» pour que, le plus rapidement possible, ils se sentent accueillis et intégrés. Mais, déjà, il y a des retrouvailles, des embrassades. On a pu voir un adhérent embrasser la personne qui lui a fait connaître Cœurs sans Frontières et qu’il ne connaissait, jusque là, que par courrier.

A midi c’est le moment de déjeuner. C’est alors le début du programme prévu pour cette rencontre. Toujours dans ce souci de privilégier la convivialité, ce sont des tables rondes de huit couverts qui accueillent les convives. Hélène a fort agréablement personnalisé ces tables. Tout d’abord elle les a baptisées de noms de lieux parisiens ou berlinois. Ces noms (Porte de Brandeburg, Musée du Louvre...) sont reproduits sur d’élégants bristols, agrémentés d’une photo du site concerné, disposés au centre de la table. A chaque table on observe la présence d’un membre du Comité directeur ainsi que d’une personne bilingue, toujours dans le même souci d’accueil et de convivialité. En effet, un certain nombre de nos amis allemands sont présents. Là, encore, la magie Cœurs sans Frontières opère. Des personnes, qui ne se connaissaient pas il y a quelques heures, racontent leur déchirante histoire intime sans crainte, comme à un vieil ami de très longue date.

Mais le temps passe vite, c’est le moment de l’émargement et de la remise des pouvoirs précédant l’assemblée générale. Les adhérents découvrent alors la salle. Là, encore, changement de certaines habitudes. Il n’y a pas une tribune où se trouvent 3 ou 4 personnes surplombant un auditoire passif venu entendre la bonne parole. Il y a une longue table où sont assis les 9 membres présents du Comité directeur.

Les adhérents sont répartis sur 5 ou 6 grandes rangées au même niveau. Les plus proches ne sont qu’à 2 mètres de la «tribune officielle», les plus éloignés à 6 ou 7 mètres. Un grand nombre de participants soulignera avec enthousiasme le côté particulièrement convivial de cette disposition. Ajoutons que cette salle comporte un «coin boutique» (pin’s, livres...) ainsi qu’un pupitre présentant le livre d’or de notre association. Bien entendu, pour agrémenter la courte pause prévue à 16h, dans un autre coin de la salle on peut trouver des boissons chaudes et froides ainsi que des pâtisseries.

Toujours dans le même esprit, pour que nos amis allemands se sentent parmi nous à part entière, toutes les interventions principales en français sont simultanément présentées en allemand sur écran à l’aide d’un rétroprojecteur piloté avec vigilance par Hubert, secondé par Françoise. Pour les interventions ponctuelles, inopinées, c’est Nicole qui traduit au micro les propos tenus. Tout en conduisant cette assemblée générale avec rigueur, dans le strict respect de l’ordre du jour et des temps impartis, Michel Blanc, main de fer dans un gant de velours, est très attentif à donner le plus possible la parole à l’assistance. Jean-Jacques Ledieu veille alors à confier un micro à l’intervenant.

Ce vendredi 18 à 20h, c’est l’heure du dîner. Chacun retrouve sa place ou change de table à son gré. Si l’on en juge par le niveau sonore constaté dans la salle, les conversations vont bon train.

Vers 22h, celle qui se fera un plaisir d’agrémenter notre soirée se présente. Il s’agit de Madame Charlotte Le Bozec, chanteuse interprète « Caf’conc » (Café concert pour ceux qui ne fréquentent pas ces lieux). Charmante artiste affichant une certaine ressemblance avec Edith Piaf, cette chanteuse va nous interpréter un certain nombre de chansons populaires datant de la fin du 19° et du début du 20° siècles. Répertoire reprenant celui de chanteuses telles que Fréhel, Yvette Guilbert, Marie Dubas... Un peu espiègle, Charlotte ajoute discrètement la chanson «La Parisienne» puis, à la fin, demande à l’assistance de quand date cette chanson?. Les avis sont partagés,1870, 1910... En réalité, cette chanson qui a tout à fait sa place dans le répertoire des années 1870 à 1920 a été écrite par Françoise Mallet-Joris et interprétée par Marie-Paule Belle en ...1976... Notre sympathique chanteuse salue également la présence de nos amis allemands en ajoutant à sa prestation une chanson de Marlène Dietrich.

C’est déjà samedi 19 au matin. La salle des petits déjeuners est envahie dès 7h. A 9h le bus, complet, part pour faire revoir ou découvrir Paris, en particulier les endroits qui ont été marqués par la seconde guerre mondiale. Circuit dont les participants reviennent enchantés. Le fort sympathique chauffeur du bus précisera son étonnement d’avoir trouvé, un samedi matin, une capitale à la circulation très fluide, le tout sous un très beau soleil. Quelques adhérents, conquis, quitteront discrètement le bus pour poursuivre leur balade dans Paris.

12h30. Tout le monde (ou presque) se retrouve dans la salle de restaurant pour le pot de l’amitié. Celui-ci est suivi du dernier déjeuner dans le cadre de cette rencontre. Repas toujours très animé.

Puis commencent les départs...on se salue, on s’embrasse puis on se remet à discuter, puis on prend congé, puis on converse à nouveau. Visiblement on a du mal à se séparer !

Tout au long de cette trop brève rencontre, les deux sujets le plus fréquemment entendus ont été l’ambiance très sympathique et ...le prochain voyage à Berlin.

Pour conclure, il serait injuste de ne pas saluer Madame La Directrice et tout le personnel de l’hôtel pour leur professionnalisme et leur disponibilité.

21 Novembre 2011

Jean WILLEMIN


 
Cœurs sans Frontières


Il n'est nul besoin de grandes phrases pour deviner derrière ces trois simples mots tout le message d'espérance et d'espoir qu'ils contiennent.

Et pourtant,

Cœurs sans frontières ne représente qu'un infime partie de ces enfants de la guerre, nés des amours interdites de jeunes gens dont les pays respectifs étaient, du seul fait de la folie ou la mégalomanie de leurs dirigeants, en guerre l'un contre l'autre.

Des historiens renommés ont estimé à plusieurs dizaines de milliers, certains beaucoup plus,

ces enfants coupables de rien, mais auxquels on a voulu faire payer le prix d'une certaine «trahison».

Coupables de rien, pas plus que ne l'étaient leurs parents qui dans la majorité des cas n'eurent à se reprocher que de tendres sentiments comme ceux que peuvent ressentir les jeunes de toutes nations ou de tous pays. Aimer, la belle affaire! Comme si cela n'était pas préférable à la guerre dans laquelle ces jeunes gens évoluaient, et à laquelle beaucoup auraient voulu échapper.

Pourquoi sommes-nous si peu nombreux? Le poids de l'histoire, le poids de la famille, l'ignorance des démarches pouvant être effectuées, la peur du regard de l'autre?

Soyons conscients, nous qui faisons partie de Cœurs sans frontières, que beaucoup ignorent encore comment faire le premier pas, beaucoup ne savent encore à quelle porte frapper, beaucoup ne se doutent même pas qu'à seulement quelques pâtés de maison de chez eux il y a peut-être quelqu'un qui pourrait tout simplement les orienter et leur donner enfin un soupçon d'espoir.

Cœurs sans frontières n'est certes pas une officine de miracles, et les années qui s'écoulent toujours plus vite amenuisent peu à peu les chances de retrouver un être cher ou l'un de ses proches.

Mais ceux qui ne tentent rien resteront pour toujours avec le regret de n'avoir jamais rien fait.

Ceux qui auront échoué après avoir quasiment tenté l'impossible auront le sentiment d’avoir fait de leur mieux vis-à-vis de ce disparu, cet être inconnu mais très cher auquel ils doivent leur vie.

Et il nous appartiendra, à nous les chanceux, ceux qui auront renoué avec leur passé, ceux qui se seront découverts une nouvelle famille, ceux qui auront bénéficié de la double nationalité, d'être encore plus proches de ceux qui seront restés sur le bord du chemin.

C.S.F.: oui, Cœurs sans frontières, bien sûr…

Mais aussi Convivialité, Solidarité, Fraternité.

Convivialité pour accueillir chaleureusement tous ceux qui nous rejoignent.

Solidarité pour apporter notre soutien à tous ceux qui en ont manqué.

Fraternité pour que Cœurs sans frontières demeure une belle et vivante famille, la famille de ces enfants de la Guerre devenus les filles et les fils de la Paix.

2 novembre 2011

Jean-Paul Simon Hose

Mise à jour le Vendredi, 16 Décembre 2011 10:35
 
Mon père

Tout en ne connaissant pas mon père, je me sens constamment propulsée par lui.

Bien que n’étant pas présent, il est là.

Pourtant, je ne peux rien en dire, sinon qu’il a existé.

Il était là et bien réel durant l’occupation.

Quelqu’un m’a dit :

« C’était la kommandantur. Des sentinelles étaient postées tout autour du château, de jour comme de nuit.

Les soldats occupaient tout le premier étage. Ils étaient jeunes. Ils étaient gentils. »

Cependant, on a dit « ouf » lorsqu’ils sont partis à 9 H 00 le matin.

Les Américains faisaient leur arrivée à 11 H 00.

Et ainsi tu m’as quittée,

Je n’ose dire abandonnée,

Tu as suivi ton armée

Suivi les ordres donnés

Était-ce toi qui commandais ?

C’est ainsi !

Je pourrais t’en vouloir

Je t’en ai beaucoup voulu

Je t’en veux encore

De quoi exactement ?

Je ne sais pas très bien.

D’avoir aimé ma mère ?

D’avoir fait autre chose que la guerre ?

D’avoir pris le risque de faire un enfant ?

Y as-tu pensé ?

A quoi, à qui as-tu pensé ?

Est-ce que tu pouvais encore penser ?

Pourtant, c’était une époque propice à la réflexion,

Sur l’être humain, sur la condition humaine.

Le monde avait perdu ses repères,

L’époque favorisait la condition inhumaine.

Je me suis retrouvée dans une condition inhumaine :

Petit être embarrassant, encombrant, inconcevable ;

Cela me fait drôle de dire « inconcevable », alors que j’ai été bel et bien conçue,

Sans doute inconsciemment, involontairement, mais conçue quand même.

Donc mon existence était, est concevable.

J’ai le droit d’exister.

En fait, je n’ai pas encore réussi à t’en vouloir réellement.

Je n’en ai pas eu le loisir, occupée que j’étais à en vouloir à ma mère ;

A celle que j’ai cru ma mère,

A celle qui l’était en réalité.

A celui qui aurait pu être mon père,

A celui qui en a fait office à ta place.

Comment ont-ils pu ?

Comment ont-ils osé ?

M’abandonner à d’autres.

M’affubler de prénoms sans explication

Me faire porter un nom autre que celui que j‘aurai dû porter.

Quel était ce nom que j’aurai dû porter ?

Quel était le nom de mon père ?

Quel était ton nom ?

J’en ai beaucoup voulu aux femmes de la famille

J’ai oublié d’en vouloir aux hommes de la famille.

Encore aujourd’hui, je ne sais rien de toi.

J’aimerai tant connaître ton identité, ton nom,

Ta façon de penser, de vivre les évènements

Obligés que vous étiez vous autres allemands

D’adhérer à des thèses dépassant l’entendement

Pouvais-tu appliquer les ordres tranquillement ?

Mais peu importe les circonstances,

Tu étais mon père,

Tu es mon père,

Et je t’aime.

Aussi, ne t’inquiète pas,

Abandonnée, je ne l’étais pas complètement,

J’ai eu un papa

J’ai eu une maman,

Ils ont fait ce qu’ils ont pu, toujours à mes côtés.

Et mon identité, à l’heure actuelle, est constituée,

Certes, de tes gènes, de ceux de ma mère,

Et surtout et principalement

Des personnalités de mon papa et de ma maman,

Des valeurs transmises par eux.

Et malgré la douleur de la situation et du secret gardé

Ont tout à leur honneur leur mission accomplie.

Quand bien même, j’aimerais vraiment un jour apprendre à te connaître.

Geneviève.

 
Enfance et Mémoire

Ce samedi 20 novembre 2010 s’est tenu, à Caen, le quatrième colloque de notre association « Cœurs sans frontières ».

Comme chaque fois, l’arrivée devant cet impressionnant Mémorial provoque les mêmes sentiments d’émotion, de tristesse, de respect et d’espoir.

Ce haut lieu de mémoire se présente sous la forme d’un long parallélépipède horizontal brisé en son centre. On n’a aucune peine à imaginer, jaillissant de cette faille, un envol de blanches colombes.

Rappelons la devise gravée dans la pierre de sa façade :

LA DOULEUR M'A BRISEE, LA FRATERNITE M'A RELEVEE,
DE MA BLESSURE A JAILLI UN FLEUVE DE LIBERTE.

L’ouverture des travaux de ce colloque a été marquée par le discours d’accueil de Monsieur Grimaldi, Directeur de ce Mémorial. Il n’a pas prononcé un texte convenu, de circonstance, mais au contraire, son intervention, improvisée, sortait du cœur et traduisait l’esprit du lieu.

Au cours de celui-ci, Monsieur Grimaldi a tenu à rapporter une anecdote. Alors qu’il se trouvait au Mémorial, parmi le public, il remarqua une petite fille. Cette enfant venait des Etats-Unis. Elle venait de photographier, parmi les objets et souvenirs exposés, une chaussure d’enfant. Il lui demanda alors pourquoi cet intérêt particulier pour cet objet. L’enfant répondit alors «parce qu’elle est jolie».

Monsieur Grimaldi expliqua alors gentiment que cette chaussure avait appartenu à une petite fille gazée à Auschwitz.... La petite rétorqua

«Oh ! je suis triste » puis repartit faire d’autres photos.....

Ce fut alors au tour de notre Président Jean-Jacques Delorme d’ouvrir cette journée. Si le premier colloque s’était tenu un 11 novembre (2007), date hautement symbolique, celui-ci a eu lieu un 20 novembre qui est, faut-il le rappeler, la date de la journée mondiale de l’enfance.

Coïncidence de dates ? Oui bien sûr, mais désormais nos colloques se dérouleront à des dates les plus proches possibles de cette journée commémorative qui nous concerne directement.

Pourquoi associer Mémoire et Enfance ? Parce que si le devoir de mémoire est indispensable et incontournable, il s’adresse essentiellement à la jeunesse.

On ne peut alors que se réjouir que la moitié des visiteurs du Mémorial ait moins de vingt ans.

Dans ce contexte, comment ne pas souscrire aux paroles de Jean-Jacques Delorme à l’issue de son discours d’ouverture : «Notre action consiste aussi à nous tourner vers la jeunesse, cette jeunesse qui sera demain l’avenir de l’humanité, nous sommes, nous serons à ses côtés ».

Il n’aura échappé à personne que nous, les serviteurs de la mémoire, nous sommes toujours des enfants. Enfants de la guerre,

la plupart d’entre nous sont, au mieux, des égratignés, au pire des traumatisés et même, parfois, des êtres détruits. Combien parmi nous ont prononcé le mot magique « Papa » dans leur jeunesse privée d’enfance ?

Ce colloque, plus précisément baptisé Journée d’étude historique, avait pour thème principal «Le secret, une histoire de famille».

Il n’est pas question de reprendre ici le détail de toutes les interventions.

Il serait, par ailleurs, injuste d’en citer quelques unes compte tenu que toutes étaient d‘un très haut niveau. Comme chaque année, la richesse et la variété des thèmes exposés, l’authenticité et la conviction des intervenants parfois paralysés par les larmes, ont fait que, de l’avis général, cette journée fut un excellent cru.

Une exception toutefois pour signaler l’intervention de Madame Catherine Goulletquer, psycho-généalogiste. Ceci, tout simplement parce que le thème abordé est le dénominateur commun à toutes les

détresses, à toutes les situations qui nous concernent. Cette Dame est pour que la vérité soit dite, car, si le passé est gravé dans le marbre, la perception que l’on en a peut et doit évoluer. La fin d’un tabou doit être le début d’une nouvelle vie.

Certains, peu informés, pourraient s’étonner de voir des enfants d’allemands se réunir dans un Mémorial consacré aux atrocités de la deuxième guerre mondiale.

Tout d’abord, ce lieu de commémoration est trop souvent, dans l’opinion,

perçu comme le musée du débarquement. Cette appréciation pour le moins réductrice, ne correspond ni à sa vocation, ni à son esprit. Son rôle est d’accompagner l’obligatoire travail de mémoire en présentant les faits avec objectivité et pragmatisme.

Qui, il y a quelques années, aurait imaginé dans ce haut lieu, une association d’enfants de la guerre écoutant avec plaisir et recueillement, la brillante prestation de la chorale allemande «Männergesangverein Egenhausen-Schwarzwald Baden Wurttemberg»?

Ce moment de rêve s’est déroulé le soir de cette journée, dans le cadre de l’immense hall du Mémorial sous une très grande photo en noir et blanc des décombres de la ville de Caen, après les bombardements.

Rappelons que cette ville fut détruite à quatre-vingts pour cent. Comme il se doit, cette soirée s’est achevée, devant une assistance debout, par la magistrale interprétation de l’hymne européen.

Bien entendu, les travaux de Cœurs sans frontières ne se limitent pas à cette seule journée du 20 Novembre 2010.

Dès la veille, dans l’après –midi, s’est tenue la statutaire réunion de son comité directeur. En début de soirée, à l’hôtel où nous avons nos habitudes, a eu lieu un pot d’accueil. Occasion des retrouvailles des «anciens» et présentation de membres qui ne se connaissaient pas encore. La chorale allemande a alors tenu à nous offrir un premier aperçu de son talent.

Puis ce fut le dîner. Moment propice aux échanges où le dilemme est de s’asseoir à une table par affinités ou, a contrario, découvrir le charme de faire connaissance avec de nouveaux compagnons. Là encore la chorale a eu la délicatesse de nous offrir un nouvel intermède.

Le dimanche 21 au matin s’est déroulée la non moins statutaire assemblée générale de notre association.

Puis ce fut le déjeuner dans le restaurant du Mémorial. Repas de qualité, comme d’habitude. Un certain trouble fut cependant observé parmi les convives masculins lors du passage des miss régionales, candidates à l’élection de miss France. Il convient de préciser que cet épisode n’a pas été organisé par Cœurs sans frontières.

Afin de ne pas être accusé de partialité, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître un défaut à ce colloque, il est passé trop vite.

Jean WILLEMIN
 
Un enfant de la guerre à l’honneur

remise médaille :

Armand Pouille enfant de la guerre, nommé auprès de Madame le Recteur de l’Académie de Lille, en qualité de Conseiller de l’Enseignement Technologique a reçu le 8 janvier 2011 la médaille de Bronze de l’enseignement technique, discipline Génie Civil – travaux Publics, délivrée par le Ministère de l’Education Nationale.

medaille pouille

Discours lors de la remise de la médaille :

Issu d’une famille minière modeste, après des études de commerce, il fait ses premières armes dans le secteur agricole bancaire comme inspecteur. Mais très vite il s’aperçoit que cette fonction ne lui convient pas. Le style de l’inspection par lui-même le mettait mal à l’aise vis-à-vis des autres collaborateurs qu’il était chargé d’inspecter. L’opportunité lui est présentée de rentrer dans un tout autre domaine, le négoce de matériaux. Il a pu mettre en application les techniques de vente qu’il avait apprises à l’école de commerce. Cela l’emmènera même au fin fond de l’Afrique comme directeur commercial. De retour en métropole, les années ont passé et après un nouveau parcours à l’université de Valenciennes, il dirige une agence de voyages sur Lille. Ta fonction t’a emmené dans différents coins du globe..

Déjà il s’orientait vers la formation professionnelle pour adultes, il croyait déjà à la possibilité de se former tout au long de la vie. Il reprit de nouvelles études universitaires en 1999 où il passe brillamment un DESS en Sciences Humaines/Sciences de l’Education et ensuite un DEA, dans la même discipline de la formation pour adultes. Là, sa carrière professionnelle va prendre une nouvelle orientation, après avoir été directeur d’un centre de formation professionnel pour adultes, il intégrera le monde des travaux publics où il exercera en qualité d’ingénieur sécurité.

C’est à partir de cette époque qu’il consacrera une bonne part de ses disponibilités dans des Lycées techniques secteur Génie Civil – Travaux Publics comme intervenant auprès des étudiants où ses valeurs humaines sont largement reconnues. Il vient d’être nommé Conseiller de l’Enseignement Technologique auprès de Madame le Recteur de l’Académie de Lille. Il est par ailleurs Jury d’examens dans de nombreuses disciplines et plus particulièrement dans le cadre des épreuves du BTS Travaux Publics il pose son regard professionnel sur les rapports en milieu professionnel que les candidats soutiennent.

Ses activités ne s’arrêtent pas là, car entre temps, après avoir soutenu son DEA, il se découvre une passion : l’écriture. Son mémoire de DEA servant de base de travail, il écrit et développe un thème qui lui est cher : le compagnonnage, ses valeurs, ses méthodes de formation. Son premier livre « Des maçons médiévaux aux compagnons d’aujourd’hui » sera édité par Grancher à Paris en 2002.

En 2009 reprend sa plume, qu’il n’a jamais quittée, car depuis 2002 il participe à la rédaction de plusieurs magazines en qualité d’historien, spécialisé en ethnologie. Intéressé par l’histoire des hommes, de leur vie, et par les différents rites et symboles qui organisent nos civilisations, il édite en août 2010 aux éditions Vega à Paris un livre qui s’intitule « Connaître et Comprendre la Franc-Maçonnerie » livre qui permet à tout un chacun de mieux comprendre cette association largement décriée depuis des siècles.

Blackboulé dans sa petite enfance par une naissance en Allemagne pendant la guerre, les années passeront avec un poids difficile à supporter : être l’enfant d’un militaire allemand. Après des découvertes tardives, il décide de reprendre des recherches sur sa naissance et il comprend enfin, grâce aux efforts et aux conseils de son Fanck R. qu’il est un franco-allemand et qu’en fait l’Europe il la vit depuis toujours.

Cette aventure fait maintenant l’objet d’un troisième livre qui retrace ce mal vivre d’après guerre et la joie d’avoir retrouvé fièrement ses vraies origines qui font de lui un enfant allemand. Ce livre s’intitule Klietz 1945 « le mal vivre d’après guerre » - (Un amour défendu entre une française et un militaire Allemand).

Monsieur HAZARD

Inspecteur général de l'Education Nationale

 

                     V I E U X   M A I S   A C T U E L S   D E M O N S

 

 

 

                                                 Quelqu’un a dit; “l’Histoire est le récit des événements tels que l’on aurait voulu qu’ils se passent”. Ceci n’a rien de péjoratif pour la plupart des Historiens qui, en leur âme et conscience, compte des données accumulées, font un remarquable et indispensable travail de Mémoire.

                                      Cependant, au fil des temps, le gigantesque café du commerce que constitue l’opinion publique poursuit son travail de fourmi et tire des conclusions parfois à l’emporte-pièce.

                                       Heureusement, il y a ceux qui ont compris que les Guerres ne sont jamais faites par ceux qui les décident mais par des malheureux, mobilisés ou endoctrinés, envoyés au casse-pipe.

Parmi ceux-ci, on peut citer d’authentiques résistants français de la première heure qui ont adopté, en connaissance de cause, des « enfants de boches » abandonnés au nom du meurtrier qu’en dira-t’on.

Il y a ceux qui cherchent à comprendre ce qui s’est malheureusement passé en ayant l’utopie de croire que l’on pourra empêcher que cela ne se reproduise.                       

                                         Cœurs sans frontières, dès sa création, s’est fixé un objectif très simple, regrouper non pas les « enfants de boches » mais les enfants des guerres.

En effet, de tous les conflits qui endeuillent au quotidien notre planète, naissent des enfants de l’amour, fruits de parents n’appartenant pas au même camp.

Combien sommes-nous, produits des guerres ? Il est impossible d’en donner ne fût-ce qu’une estimation mondiale. Les lois, non écrites, des tabous sont un efficace éteignoir !

Comment ? vous avez dit « Office mondial des enfants des guerres » vous rêvez !

 

 

                                                    Cœurs sans frontières donc, association franco-allemande, a été créée pour faciliter le contact entre ces victimes et les aider à retrouver leur Père, que ces enfants soient nés d’une Maman française et d’un Papa allemand ou d’une Maman allemande et d’un Papa français.

Bien entendu, cette association est déjà très associée, sur le plan de l’éthique, à certaines de ses homologues qui se créent dans d’autres pays européens, comme, par exemple, la Belgique.

                                             Pour cette mission, notre association s’est statutairement imposé une règle incontournable, l’exclusion de toute approche politique ou religieuse.

Ce choix, très important, n’est pas un article destiné à enjoliver les statuts mais nous prémunir contre une menace permanente.

                                              Dans la pensée unique et dans les mentalités de café du commerce évoquées plus haut, il y a encore, soixante dix ans après, des gens qui, lorsque l’on leur dit « enfant de boche » traduisent «  nazi » !

Ce n’est pas à nous qu’il faut expliquer que l’on peut fort bien être le fruit d’amours intenses entre un soldat de la Wehrmacht et d’une

jeune fille française qui n’avait pas tapissé sa chambre de photos d’Hitler.

D’ailleurs, ces hommes, contraints de nous combattre, n’avaient pas obligatoirement le coup de foudre exclusivement pour des personnes blondes fidèles clones du type aryen.

 

                                               Heureusement, une majorité semble se dégager de gens humains et tolérants qui comprennent notre détresse et la respectent.

Mais on va voir que les moins nombreux butés obscurantistes évoqués ci-dessus ne sont pas les plus dangereux, ils ne sont que bêtes, tant pis pour eux.

                                               Mais il y a plus pervers !  Notre Président, Homme de dialogue et de main tendue, participe à de nombreux colloques ou conférences de presse. Or, il lui est arrivé, dans ces occasions, à sa grande stupeur, d’être abordé par des personnes venues lui exprimer leur admiration en précisant la fierté que nous devions ressentir d’être des enfants du Troisième Reich !!!!    Répugnant non ?

Bien entendu, notre Président à immédiatement « remis les pendules à l’heure » et clos l’entretien.

                                                Dans la construction européenne d’associations d’enfants de la guerre, deux viennent de voir le jour dans un pays du nord de l’Europe. Malheureusement, elles semblent animées par des nostalgiques du régime nazi et sont aux antipodes des idées humanistes que nous essayons modestement de faire passer.

                                                  Très récemment, on a pu trouver sur internet, un sordide lien entre la relation de l’attribution de la nationalité allemande à un enfant de la guerre (article publié par un grand quotidien national) et le nom d’un chantre du révisionnisme, voire du négationnisme français....

                                                     Pour les enfants de la guerre, pour les sympathisants de Cœurs sans frontières, pour tous ceux qui rêvent d’un monde sans nuage, il est impératif de rester extrêmement vigilants sur ce point.

                                                     De même que notre association, bien que tournée vers l’avenir, défend à juste titre le devoir de mémoire, elle doit rester strictement en dehors du débat politique, mais, dans ce cadre, et ce n’est pas incompatible, elle doit dénoncer ces résurgences idéologiques malsaines.

Cœurs sans frontières est totalement opposée aux thèses néo-nazies et au révisionnisme. C’est clair.

                                                      Le devoir de mémoire, indispensable, à l’intention, en particulier, des jeunes générations, devrait être accompagné d’une mise en garde contre le risque permanent d’un retour de ce qui a fait notre malheur.


                            

               Le Comité Directeur de Cœurs Sans Frontières. Janvier 2010.                                   

 

Mise à jour le Samedi, 30 Janvier 2010 21:47
 
Mon Vécu


Sans entrer dans les détails, je voudrais situer le contexte de ma naissance et parler de ma Mère. Ses " malheurs " ont commencé vers 1930, alors qu'elle n'avait que sept ans, elle a perdu sa Mère. Son Père, peu fait semble t'il pour assumer cette situation, a privilégié les études de sa Fille, elle a été pensionnaire de 17 écoles au gré des mutations professionnelles de celui-ci. Il était inspecteur instructeur aux PTT.
Dans un total vide affectif (la prétendue famille étant absente) en proie aux aléas de la guerre (exode) elle a connu mon Père en 1943.

Je suis né en 1944, mais mon Père était déjà reparti sur le front russe. Ma Mère a tenté de lui faire passer des messages par des soldats allemands mais elle ne saura jamais s'ils lui furent parvenus.

Dans le début des années 1950, ma Mère a entrepris des recherches en la personne d'un autre soldat allemand, grand ami de mon Père. Hélas, elle a appris rapidement que cet ami avait été tué et reposait au cimetière allemand de Dagneux dans l'Ain.
Vers la fin des années 1950, mon Père étant berlinois, ma Mère a alors pris contact avec un commerçant en tapisseries de luxe de Berlin. Celui ci a fait tout son possible et a même rencontré mon Père. C'est alors que fut édifié le mur de Berlin or, mon Père résidait dans le secteur soviétique. Tout contact devenait donc très dangereux.
En 2004 , j'ai fini par connaître la WASt que j'ai bien sûr immédiatement consultée. Après plusieurs mois de recherches, le couperet est tombé, mon Père est décédé fin 1990 à Berlin.
En 2007, je me suis rendu à l'Ambassade d'Allemagne à Paris, car je souhaite toujours savoir où mon Père est inhumé. Malgré un bon acceuil et la promesse de rechercher, ses services ont " dégagé en touche " sur la WASt qui, en 2008 m'a signifié l'impossibilité de me renseigner.
Par le commerçant berlinois, nous avons appris que mon Père a été marié deux fois et que j'ai deux demi-soeurs.dont, bien évidemment, j'ignore tout.

Quand j'étais gosse, quelques messieurs se sont intéressés à ma Mère mais mon existence les a fait fuir...(une fille-mère, quelle horreur !)

Ma Mère a donc vécu toujours seule, elle approche les 90 ans et se porte très bien.

Quant à moi, j'ai toujours feint l'indifférence pour ne pas culpabiliser ma Mère mais l'absence de Père m'a beaucoup affecté. Dans une région où l'on est volontiers curieux, je suis allé exercer ma vie professionnelle ailleurs. .

Je connais, bien entendu, le nom et le prénom de mon Père, ainsi que ses dates et lieux de naissance et de décès. Je possède deux photos d'identité de lui. Ma Mère m'a confié un certain nombre de lettres de lui et m'a rédigé un véritable dossier sur cette relation.

C'est peu mais c'est beaucoup par rapport à certaines personnes. J'en connais une qui ne sait qu'une seule chose, son Père était allemand. C'est tout ce que sa Mère a bien voulu lui dire !

Jean K

Mise à jour le Dimanche, 18 Octobre 2009 09:38
 
Réflexions personnelles



Comme pour un grand nombre d'entre nous, le point de départ de notre "réveil" est la diffusion sur FR3, le 13 mars 2003, de l'émission " Passé sous silence"
accompagnée de la projection du magnifique film " Enfants de Boches ".

Le commentaire de fin de cette émission regrette que la poignée de mains historique entre le Chancelier Helmut KOHL et le Président François MITTERRAND n'ait pas été l'occasion d'aborder le problème des " enfants de la guerre ". La tolérance et l'honnêteté intellectuelle ont leurs limites.

Sachant qu'en France les associations ont le vent en poupe, je suis parti à la recherche d'une éventuelle structure de ce genre nous concernant.

En 09/2003, j'ai publié dans le mensuel " Notre Temps ", une annonce pour rechercher si une association existait. Aucune réponse positive, par contre, 5 personnes m'ont demandé si j'avais reçu une réponse ! J'ai avisé ces 5 personnes de l'échec de ma recherche.

En 04/2003 et en 09/2003, j'ai posé la question à Madame Elisabeth WOLF, citée dans l'émission du 13/03/2003, mais elle n'a pas souhaité me répondre.

En 06/2003, j'ai sollicité France Télévisions à Paris et Madame Delphine WASSER m'a indiqué ne pouvoir répondre à ma question MAIS m'a donné les coordonnées de la WASt.

En 06/2004, suite à leurs émissions sur France Inter et Canal+, dans le cadre du 60° anniversaire du débarquement, j'ai posé ma question à Messieurs Daniel MERMET et Karl ZERO. Aucun des deux n'a souhaité me répondre.

En 10/2004, suite à une émission de Madame Mireille DUMAS, j'ai à nouveau sollicité France Télévisions, et Madame Delphine WASSER n'a pu que me confirmer son courrier de 06/2003 en me redonnant les coordonnées de la WASt.

En 03/2009, une des 5 personnes à qui j'avais répondu négativement en 09/2003 m'a " renvoyé l'ascenseur " en me donnant les coordonnées de " Coeurs sans frontières ". J'ai, bien entendu, retransmis aussitôt l'information aux 4 autres personnes. Hélas, l'une d'entre elles est décédée entre temps.

Espérons que ceux qui rechercheront, désormais, une association seront mieux renseignés et dirigés vers " Coeurs sans frontières ".
Le seul organisme, pour ce qui me concerne, qui réponde sur ce sujet, est FRANCE TELEVISIONS.

NOUS FAIRE CONNAITRE SEMBLE ETRE UNE PRIORITE..

+ + + +

J'ai particulièrement apprécié votre éditorial du 03/07/2008 ainsi, surtout, que votre discours du 18/12/2008.

J'ignorais les déjections de Monsieur Georges FRECHE nous concernant. ( je connaissais les autres, hélas !) Etrange dans la bouche de quelqu'un qui s'évertue à essayer de faire croire qu'il est de gauche !
Par ailleurs, il semblerait que les malheureuses qui ont été tondues l'aient plutôt été par des " collabos " soucieux, le vent ayant tourné, de se donner un nouveau visage, sous le regard bienveillant de la gendarmerie qui avait peut-être, elle aussi, des choses à se reprocher...
Par contre, des " enfants de boches ", abandonnés, ont été recueillis, en connaissance de cause par des Résistants..
..
L'esprit de " Coeurs sans frontières ", tel que je l'ai perçu, me paraît excellent.
Sortir de notre " tabou ", être reconnus pour ce que nous sommes, ni plus ni moins, me paraît équitable. Il n'est pas question de renier le passé., les faits sont là.
Expliquer simplement à l'opinion que des enfants de la guerre, il y en a dans le monde entier depuis que l'Homme a inventé les guerres.

On ne peut qu'être affligé par tous ces moralisateurs qui nous jugent, avec le recul de l'Histoire. Nos Mères n'ont en aucun cas succombé au charme de ces soldats allemands pour des raisons idéologiques ou politiques mais tout simplement par l'amour le plus pur que l'on puisse éprouver à cet âge.
Prenons exemple sur nos amis vietnamiens où les enfants de mères vietnamiennes et de Pères étasuniens ont droit de cité et où les américains en général, sont les bienvenus.

Nous sommes probablement des victimes mais surtout un récurrent phénomène de société mondial !

Sans vouloir, en aucun cas, nous dissocier de nos parents, force est de constater que nos détracteurs, détenteurs de la morale, sont fort embarrassés lorsque l'on leur demande quelle est notre part de responsabilité dans cette situation.

Un de mes ex-collègues, mais surtout Ami, âgé de 82 ans, a été, le 14/09/1944, pris dans un rafle à Belfort. Il avait 17ans. Il a été contraint au travail forcé en Allemagne.
Il a réalisé une autobiographie sur sa captivité dont la devise merveilleuse est " NI HAINE NI OUBLI " !!! Quelle ouverture d'esprit !
Compte tenu de la qualité de nos relations amicales, j'ai jugé honnête de lui raconter ma vie. Notre amitié s'est renforcée depuis !!!

+ + + +

En Mai 1968, un des slogans les plus à la mode était : " FAITES L'AMOUR , PAS LA GUERRE ! " ... 25 ans auparavant, nos Mères n'ont pas attendu les soixanthuitards (dont nous sommes) pour appliquer ce précepte !!!

Notre désir d'être admis dans la société ne saurait effacer les autres, en particulier les Résistants. Simplement il serait bon, sans agressivité, de combattre la pensée unique selon laquelle il n'y aurait eu, pendant ce conflit, que des Résistants.
Or, il y en avait ; environ 5000 en 1940, environ 200000 en Juin 1944
(Marianne du 28/06/2004), 10 millions en 1945 et 63 millions en 2009 !!!
L'être humain aime bien réécrire l'Histoire !!!
On aura remarqué que, à longueur d'année, des ouvrages, des films sortent sur des faits de résistance. Sans douter de la sincérité de ces documents, les personnes dans notre situation ne peuvent qu'éprouver une certaine lassitude face à ce que je ressens, peut-être à tort, comme une forme de prosélytisme tant ces récits sont présentés comme une évidence.
On notera que, généralement, les vrais grands Résistants sont les plus discrets sur cette tragique époque.

Notre but doit donc être d'expliquer les choses dans une démarche de tolérance et de respect réciproque sans esprit revanchard. Regardons vers l'avenir.

+ + + +

Je ne peux que souscrire à votre vision européenne. Dans les années 1960, sur mon Vélosolex, j'avais apposé un autocollant " Europe Unie " !
Ayant touché aussi à la philatélie, j'ai mis sous cadre le timbre poste saluant les accords de l'Elysée signés le 23/01/1963 par le Général de GAULLE et le Chancelier ADENAUER. Pour moi, cela symbolise le mieux la réconciliation.

Il m'est parfois arrivé, dans mon analyse de tout cela, de considérer ma Mère comme une " européenne avant l'heure ".

Hélas l'Europe stagne. Les réelles volontés politiques n'apparaissent pas clairement. Le point fort qui a précédé la prétendue campagne pour les élections de juin 2009, a été l'éventuelle sauvegarde des plaques minéralogiques départementales !! quelle ambition..
Le pire est que, même si l'Europe fonctionnait parfaitement comme le modèle étasunien, elle serait malmenée par la mondialisation !

A défaut de voir enfin émerger l'Europe de demain, " Coeurs sans frontières " pourra peut-être contribuer à réaliser " l'Europe des coeurs " ! ce qui ne serait déjà pas si mal.

+ + + +

Concernant notre reconnaissance, je n'ai pas encore analysé tous les avantages de l'éventuelle attribution de la nationalité allemande mais ce ne peut qu'aller dans le bon sens.
La possibilité d'associer le nom de son Père biologique à son patronyme n'est pas à négliger.
Une reconnaissance plus matérielle ne serait pas inintéressante surtout si on peut en faire profiter indirectement sa Mère. Sur dénonciation d'un probablement " bon français ", ma Mère s'est retrouvée interdite de concours d'entrée dans la fonction publique ! Si les archives de l'occupation étaient rendues publiques, quelle panique !

Là encore, on risque de remplacer une injustice par une autre....combien d'entre nous sont, en effet, en mesure de justifier, officiellement et matériellement, de leur situation ?
Sans parler des malheureux dont la Mère a profité de la loi permettant l'accouchement sous X, instaurée par le Maréchal PETAIN, et qui, eux, n'ont même pas conscience de leur situation.

+ + + +

Dans un autre ordre d'idées, ma Mère pense, mais cela ne relève que de la supposition, que mon Père, né à Berlin, pourrait avoir de lointaines origines françaises.
Il était protestant, or, à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes, de nombreuses familles françaises protestantes de l'ouest de la France se sont enfuies et réfugiées en Allemagne, et en particulier, dans le Brandenburg.... Son nom, KASTAUN, pourrait être une déformation de CASTAN.

+ + + +

Je vous remercie d'avoir eu la patience de venir jusque là.
Bien entendu les opinions que j'ai exprimées n'engagent que moi.

Je vais vous faire une confidence ; c'est la première fois que je me dévoile aussi franchement sur ce délicat sujet mais, croyez moi, cela fait du bien !!!

Lorsque l'on a vécu ces évènements, on a l'impression que l'on est des extra-terrestres jusqu'au jour où l'on découvre que d'autres ont aussi un passé différent de la " normale ".......mais SURTOUT, on remarque vite que ceux qui nous stigmatisent sont rarement les mieux placés pour le faire.

Nous ne devons en aucun cas nous présenter en "conquérants " Nous devons nous garder de toute provocation, mais sans esprit de " repentance ". Non ! nous ne sommes pas des coupables, simplement des éléments constitutifs de la société.

Si ce problème était si insupportable, il serait plus judicieux de supprimer les guerres que ses effets collatéraux.

Au moment où on commence à découvrir les effets parfois positifs du métissage, au moment où des personnalités de toutes sortes, aux racines très variées, émergent dans tous les domaines, diaboliser des enfants de boches qui n'ont rien demandé à personne est vraiment ridicule.


Jean K

Mise à jour le Samedi, 08 Août 2009 17:17
 
Mais qui est mon père ?
Mise à jour le Vendredi, 27 Mars 2009 23:06
Lire la suite...
 
<< Début < Préc 1 2 Suivant > Fin >>

Page 1 de 2