{"id":6258,"date":"2008-11-05T18:00:00","date_gmt":"2008-11-05T17:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/unkategorisiert\/ou-es-tu-nee\/"},"modified":"2019-03-03T18:06:18","modified_gmt":"2019-03-03T17:06:18","slug":"ou-es-tu-nee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/de\/recherche\/ou-es-tu-nee\/","title":{"rendered":"O\u00f9 es-tu n\u00e9e ?"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section admin_label=&#8220;section&#8220;][et_pb_row admin_label=&#8220;row&#8220;][et_pb_column type=&#8220;4_4&#8243;][et_pb_text admin_label=&#8220;Texte&#8220;]<\/p>\n<p>J\u2019ai 61 ans. Je suis n\u00e9e en Allemagne. De ma naissance \u00e0 5 mois, il semblerait que j\u2019ai v\u00e9cu avec cette femme qui m\u2019a donn\u00e9 la vie.\u00a0 Ensuite, elle d\u00e9cide de me confier aux autorit\u00e9s fran\u00e7aises d\u2019occupation sous le pr\u00e9texte que je serais la fille d\u2019un soldat fran\u00e7ais. Je vais donc allonger la liste des enfants abandonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Je vais\u00a0 faire de pouponni\u00e8re en pouponni\u00e8re\u00a0 jusqu\u2019en mai 48 o\u00f9 je vais \u00eatre transf\u00e9r\u00e9e en France dans le but d\u2019\u00eatre adopt\u00e9e, ce qui ne s\u2019est pas fait.<br \/>\nJe suis confi\u00e9e trois jours apr\u00e8s mon arriv\u00e9e en France \u00e0 une famille d\u2019accueil qui me dira longtemps que lorsque je suis arriv\u00e9e, je ne savais rien dire et que je ne comprenais rien\u2026et que j\u2019\u00e9tais donc pas tr\u00e8s intelligente \u2026. Imaginez-vous passer d\u2019Allemagne en France en 3 jours\u2026<br \/>\nTr\u00e8s vite, je comprends que je n\u2019y ai pas ma place et bien s\u00fbr, ma seule obsession sera de retrouver cette m\u00e8re. Une m\u00e8re ne peut pas abandonner un enfant, alors il faut la chercher. Dans la rue, je recherche le visage de cette femme.\u00a0 Je la vois partout\u2026 dans la rue, dans mes r\u00eaves. T\u00eate de boche sera souvent mon surnom. Tr\u00e8s petite, je comprends que je suis une enfant n\u00e9e de la honte, coupable d\u2019exister.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9cole, le jour de la rentr\u00e9e est mon obsession. Je ne connais m\u00eame pas mon lieu de naissance et les enfants rient quand je suis incapable de r\u00e9pondre \u00e0 la ma\u00eetresse, o\u00f9 es-tu n\u00e9e ? Fou rire complet dans la classe. Etre boche, \u00eatre l\u2019enfant de personne, \u00eatre moche sont des choses lourdes \u00e0 porter quand on est un enfant.<\/p>\n<p>A force de d\u00e9marches, j\u2019obtiens \u00e0 18 ans une carte d\u2019identit\u00e9 et \u00e0 ce moment l\u00e0 seulement, les services sociaux m\u2019apprennent que je suis de nationalit\u00e9 allemande et qu\u2019il va falloir \u00eatre naturalis\u00e9e\u00a0 pour obtenir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Au fond de moi, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 allemande. Cela aussi, on me l\u2019a pris.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 une demande aupr\u00e8s des services du premier Ministre, je parviens \u00e0 52 ans \u00e0 obtenir mon lieu de naissance. Je dois pr\u00e9ciser que de 18 \u00e0 52 ans, il a \u00e9t\u00e9 not\u00e9 sur ma carte d\u2019identit\u00e9\u2026 , mon permis de conduire, n\u00e9e\u00a0\u00a0 \u2026 Assistance Publique. Cela aussi, il faut le porter.<\/p>\n<p>Toutes les recherches que j\u2019ai faites n\u2019ont jamais abouti.<\/p>\n<p>J\u2019ai toujours r\u00eav\u00e9 d\u2019aller voir ma ville de naissance.<\/p>\n<p>J\u2019habite Orl\u00e9ans, et un de mes fils, Lo\u00efc doit se rendre \u00e0Mulhouse. C\u2019est curieux, le hasard fait bien les choses. Pourquoi Mulhouse ?<\/p>\n<p>Avec Lo\u00efc, nous partons donc pour Mulhouse. L&#8217;AFPA vient de lui proposer la possibilit\u00e9 de faire une formation Informatique. Il va lui falloir rester au moins 18 mois.<\/p>\n<p>S\u00e4ckingen, mon lieu de naissance n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 50 km de Mulhouse et il semble bien difficile de ne pas y aller. Pendant que Lo\u00efc passe sa journ\u00e9e au centre de l&#8217;AFPA, je m&#8217;empresse de prendre la route de S\u00e4ckingen en Allemagne. J&#8217;ai l&#8217;impression que la voiture y va seule. Je vais m&#8217;y rendre sans probl\u00e8me avec l&#8217;angoisse terrible de ce que je vais d\u00e9couvrir. D&#8217;apr\u00e8s les documents que j&#8217;ai en ma possession, je n&#8217;ai connu que les \u00e9tablissements militaires. Je sais donc que l&#8217;h\u00f4pital o\u00f9 je suis n\u00e9e sera triste d&#8217;apparence.<br \/>\nApr\u00e8s\u00a0 avoir franchi le centre ville, un h\u00f4pital est indiqu\u00e9 sur la gauche. Cela grimpe. A mon grand \u00e9tonnement, celui-ci est situ\u00e9 dans un d\u00e9cor de verdure magnifique et m\u00eame apaisant. Des malades s&#8217;y prom\u00e8nent.\u00a0 Moi qui ai toujours imagin\u00e9 qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un endroit tr\u00e8s sobre et plein de b\u00e2timents militaires\u2026. Mon c\u0153ur bat tr\u00e8s fort. J&#8217;ai franchi la premi\u00e8re \u00e9tape de mon combat pour\u00a0 la recherche de mes moments avec cette m\u00e8re qui m&#8217;a tant manqu\u00e9e.\u00a0 Je l&#8217;imagine sachant que ses yeux ont vu les m\u00eames montagnes que celles qui se trouvent en face de moi, qu&#8217;elle a march\u00e9 sur le m\u00eame sentier que je suis entrain de gravir. J&#8217;ai m\u00eame l&#8217;impression tr\u00e8s forte qu&#8217;elle est pr\u00e9sente et que nous allons nous rencontrer. C&#8217;est curieux, ce sentiment\u2026<br \/>\nIl y a un vieux monsieur qui est assis sur un banc. Lui doit savoir si cet h\u00f4pital est bien celui que je recherche\u2026 Il y a la barri\u00e8re de la langue et je n&#8217;ose pas lui demander. Heureusement, un h\u00e9licopt\u00e8re vient de d\u00e9coller et cela distrait mon attention.<\/p>\n<p>Je repars en fin d&#8217;apr\u00e8s-midi, tr\u00e8s triste de constater que l&#8217;on m&#8217;a vol\u00e9 non seulement ma vie, mais aussi mes montagnes, ma langue d&#8217;origine. J&#8217;ai un sentiment tr\u00e8s fort d&#8217;appartenir plus \u00e0 ce lieu qu&#8217;\u00e0 celui que l&#8217;on m&#8217;a impos\u00e9. J&#8217;ai un sentiment immense de r\u00e9volte. Je voudrais hurler au monde entier ma souffrance.<br \/>\nCe qui m&#8217;apaise un peu, c&#8217;est que je sais que je vais y retourner demain, avec Lo\u00efc.<\/p>\n<p>Le lendemain, je lui fais donc d\u00e9couvrir\u00a0 tout ce magnifique parcours pour aller jusqu&#8217;\u00e0 S\u00e4ckingen. La veille, je d\u00e9couvrais\u2026Ce jour-l\u00e0, j&#8217;allais chez moi. Je n&#8217;ai jamais su d&#8217;o\u00f9 j&#8217;\u00e9tais et soudainement, je comprends que je viens simplement de l\u00e0. Maintenant que je sais d&#8217;o\u00f9 je viens, je vais peut-\u00eatre mieux savoir o\u00f9 je vais.<br \/>\nLo\u00efc d\u00e9cide de se d\u00e9brouiller en anglais et en allemand aupr\u00e8s des autorit\u00e9s de l&#8217;H\u00f4pital qui lui confirment qu&#8217;il s&#8217;agit bien du m\u00eame h\u00f4pital et que la Chapelle not\u00e9e dans mon acte de bapt\u00eame est au 2\u00e8me \u00e9tage. Nous nous y rendons accompagn\u00e9s d&#8217;une infirmi\u00e8re qui nous montre le chemin.\u00a0 L\u00e0, cela est tr\u00e8s dur. Mes yeux restent fig\u00e9s devant les fonds baptismaux et je vois cette femme (sans visage) tenant son b\u00e9b\u00e9, accompagn\u00e9 de sa m\u00e8re que l&#8217;on m&#8217;a d\u00e9sign\u00e9 comme marraine. Pas de parrain.<\/p>\n<p>C&#8217;est un moment tr\u00e8s fort et tr\u00e8s angoissant. Lo\u00efc est formidable. Il\u00a0 respecte mes \u00e9motions. Je remercie cette m\u00e8re de m&#8217;avoir port\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 cet autel. En me faisant baptiser, elle a voulu sans doute me prot\u00e9ger, tout du moins, cela me fait du bien de le croire.\u00a0 Merci. Elle m&#8217;a permis de prendre un chemin, lequel je vais suivre toute ma vie malgr\u00e9 tous les doutes qui m&#8217;envahissent souvent.<\/p>\n<p>Je br\u00fble deux cierges, un pour elle, un pour moi. Je ressens le sentiment que je fais quelque chose pour elle, avec elle, car elle est l\u00e0, dans ce lieu religieux. Beaucoup de douleur monte en moi. C&#8217;est la premi\u00e8re fois que je m&#8217;autorise \u00e0 la sentir si proche de moi.<\/p>\n<p>Nous quittons la Chapelle et reprenons la voiture. Pour nous changer et ne pas nous d\u00e9payser\u2026 nous trouvons un Mac Do pour nous restaurer et dig\u00e9rer les \u00e9motions fortes du matin. Lo\u00efc s&#8217;efforce de se faire comprendre pour que nous puissions trouver le Centre ville. Ouf, une bande de jeunes assez sympathique<br \/>\nnous indique le chemin.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un rapide petit tour dans les magasins, nous nous devons de trouver l&#8217;H\u00f4tel de Ville. Probl\u00e8me, nous avions oubli\u00e9 de prendre un dictionnaire avec nous. Lo\u00efc t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 une de ses connaissances en Suisse qui lui donne la r\u00e9ponse. Cela se dit Ratha\u00fcs. Nous voici donc, dans le centre ville demandant aux gens qui se promenaient : Ratha\u00fcs ? Ouf, enfin une bonne indication, tout du moins, on le croyait. La personne \u00e0 l&#8217;accueil ne comprend pas l&#8217;anglais de Lo\u00efc. Il fait donc appel \u00e0 une coll\u00e8gue. Celle-ci nous indique sur un papier o\u00f9 aller. Bien s\u00fbr, nous voici reperdus et notre papier nous sert beaucoup pour demander notre chemin. Cela nous permet de d\u00e9couvrir un magnifique pont couvert en bois, fleuri d&#8217;une multitude de g\u00e9raniums, qui sert de passage pour\u00a0 traverser le Rhin et se retrouver\u00a0 d&#8217;Allemagne en Suisse en\u00a0 \u00e0 peine un quart d&#8217;heure. C&#8217;est le plus vieux pont\u00a0 de bois couvert d&#8217;Europe. Il date de 1 640.Enfin, nous voici devant l&#8217;enseigne Ratha\u00fcs. Un magnifique ch\u00e2teau avec son trompettiste en bronze en plein milieu d&#8217;une magnifique pelouse.<\/p>\n<p>Je prends mon souffle, et nous poussons la porte de l&#8217;Etat Civil. Je suis tr\u00e8s fi\u00e8re de montrer ma carte d&#8217;identit\u00e9 \u2026 je suis n\u00e9e \u00e0 S\u00e4ckingen. Je suis chez moi.<br \/>\nLo\u00efc arrive \u00e0 demander \u00e0 la secr\u00e9taire un extrait d&#8217;acte de naissance me concernant. Tr\u00e8s vite, cette dame arrive avec un vieux registre tout poussi\u00e9reux et vient transcrire sur son ordinateur les indications \u00e0 porter sur le document.<br \/>\nTr\u00e8s gentiment, elle me montre ce vieux livre pour que je puisse v\u00e9rifier qu&#8217;il s&#8217;agit bien de moi et j&#8217;apprends donc, que je suis n\u00e9e \u00e0 18 h 40, ce que j&#8217;ignorais jusqu&#8217;\u00e0 ce moment.\u00a0 Pr\u00e9cision qui a son importance pour moi.<\/p>\n<p>Lo\u00efc a l&#8217;id\u00e9e de demander s&#8217;il \u00e9tait possible de savoir si cette m\u00e8re \u00e9tait encore en vie. La secr\u00e9taire de Mairie donne deux coups de fils \u00e0 l&#8217;Ambassade de Konstanz, son lieu de naissance\u2026 Elle est encore en vie et elle porte aujourd&#8217;hui le nom de Bartholdi\u00a0 depuis le 20.02.1960. La secr\u00e9taire nous propose d&#8217;\u00e9crire elle-m\u00eame \u00e0 l&#8217;Etat civil de Konstanz pour obtenir son adresse actuelle. Elle donne donc mes coordonn\u00e9es postales et par email.<\/p>\n<p>Nous avons bien avanc\u00e9 pour notre journ\u00e9e. Demain, nous devons reprendre la route\u00a0 pour Orl\u00e9ans.<\/p>\n<p>Nous prenons conscience qu&#8217;il va falloir faire tr\u00e8s vite pour la retrouver car elle a\u00a0 87 ans, on n&#8217;a plus beaucoup de temps devant nous.<br \/>\nJe suis contente de pouvoir partager ces recherches avec Lo\u00efc. Je dois pr\u00e9ciser que Lo\u00efc est un enfant que nous avons adopt\u00e9 et que lui, a choisi de ne pas rechercher ses origines.J&#8217;ai le sentiment que lui peut comprendre ce que je vis. Je suis cependant un peu mal \u00e0 l&#8217;aise, car je me dis qu&#8217;il r\u00e9agit peut-\u00eatre ainsi par loyaut\u00e9 par rapport \u00e0 nous. C&#8217;est un gros point d&#8217;interrogation pour moi, m\u00eame s&#8217;il m&#8217;assure que pour lui sa famille, est bien celle dans laquelle il vit et o\u00f9 il se reconna\u00eet.<\/p>\n<p>Nous voici rentr\u00e9s \u00e0 Orl\u00e9ans. IL faut attendre la r\u00e9ponse de Konstanz qui vient tr\u00e8s vite. Ils sont \u00e0 Wila, mais nous n&#8217;avons pas d&#8217;autres pr\u00e9cisions, car il y a lieu pour l&#8217;\u00e9tat civil de prot\u00e9ger\u00a0 le lieu de r\u00e9sidence des personnes concern\u00e9es. Qu&#8217;allons-nous faire ?\u00a0 Partir dans cette ville et chercher les Bartholdi ? C&#8217;est risqu\u00e9. Ils sont \u00e2g\u00e9s. Ils n&#8217;ont pas de num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone\u2026 Cela se complique.<\/p>\n<p>Je confie mes recherches \u00e0 une association qui fait un travail formidable\u2026 cela concerne essentiellement les personnes de ma g\u00e9n\u00e9ration qui sont n\u00e9s de parents\u00a0 allemands et fran\u00e7ais pendant la salle guerre\u00a0 Je suis tr\u00e8s impatiente car\u00a0 les jours s&#8217;\u00e9coulent et je me dois d&#8217;arriver \u00e0 temps pour dire \u00e0 cette m\u00e8re : tu peux partir en paix, je t&#8217;ai retrouv\u00e9e, et permets-moi de t&#8217;embrasser. C\u2019est dommage, nous ne serions aim\u00e9es tr\u00e8s fort.<\/p>\n<p>Entre temps, j&#8217;avais fait des recherches sur mon parcours dans les pouponni\u00e8res allemandes sous autorit\u00e9s fran\u00e7aises de novembre 46 \u00e0 mai 48.<br \/>\nJe re\u00e7ois donc un courrier du Minist\u00e8re des Archives de l&#8217;Arm\u00e9e Allemande sous l&#8217;Occupation. Ils ont beaucoup d&#8217;informations me concernant, ce qui est rare. Pour obtenir ces renseignements, je dois me rendre \u00e0 Colmar car ils n&#8217;envoient aucun document par courrier et ne donnent\u00a0 rien par t\u00e9l\u00e9phone.<br \/>\nJe d\u00e9cide donc de partir le 19 d\u00e9cembre pour Colmar. Je pars seule cette fois.<br \/>\nJ&#8217;ai rendez-vous le 20 avec le secr\u00e9tariat du Minist\u00e8re des Arm\u00e9es pour consulter les diff\u00e9rents dossiers me concernant. J&#8217;y d\u00e9couvre des choses \u00e9mouvantes, difficiles \u00e0 ingurgiter, en un mot mon parcours. Les dossiers sont particuli\u00e8rement bien tenus, ce qui m&#8217;\u00e9tonne. Une copie de tous les documents m&#8217;est remise au moment de partir. J&#8217;ai donc avanc\u00e9 aujourd&#8217;hui. Comment ce pauvre b\u00e9b\u00e9 a pu faire face \u00e0 tout cela : blessures, ecz\u00e9ma particuli\u00e8rement grave, rachitique, avec cachexie, arcade sourcili\u00e8re ouverte, nez cass\u00e9, phlegmons \u00e0 divers endroits (je conserve d&#8217;ailleurs des traces profondes)\u2026.et de plus, sans amour, sans personne pour lui dire que cela ira peut-\u00eatre mieux demain\u2026.Heureusement, c&#8217;est le March\u00e9 de No\u00ebl \u00e0 Colmar. Je d\u00e9cide donc de me changer les id\u00e9es et de d\u00e9couvrir les magnifiques\u00a0 choses expos\u00e9es.<\/p>\n<p>Je suis encore \u00e0 Colmar, dans ma chambre, particuli\u00e8rement fatigu\u00e9e de cette dure journ\u00e9e d&#8217;\u00e9motions et de r\u00e9volte. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne\u2026 un monsieur de l&#8217;Association, Franck, me demande l&#8217;autorisation de prendre en mains les recherches concernant Anna Braunwarth. Il habite Strasbourg, et ma\u00eetrise parfaitement l&#8217;allemand.<\/p>\n<p>Sur ma route de retour, le mercredi donc, ce monsieur Franck me t\u00e9l\u00e9phone pour me dire que ma m\u00e8re a de nouveau d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 et qu&#8217;il se met en contact avec la mairie de M\u00fcnchwillem. Je suis un peu triste de repartir ainsi, car je sens que nous sommes sur le point de trouver\u00a0 et je dois bien rentrer. Tant pis, je referai le trajet plus tard s&#8217;il le faut.<\/p>\n<p>Je continue ma route et \u00e0 nouveau Franck m&#8217;appelle sur mon portable. J&#8217;ai l&#8217;id\u00e9e de m&#8217;arr\u00eater sur le c\u00f4t\u00e9 de la route. Je suis en train de quitter Belfort<br \/>\nElisabeth, j&#8217;ai des nouvelles \u00e0 vous donner. : Votre maman est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 91, mais j&#8217;ai une bonne nouvelle, vous \u00eates l&#8217;a\u00een\u00e9e d&#8217;une famille de 5 enfants\u2026<br \/>\nJe me rends compte que j&#8217;ai bien fait de m&#8217;arr\u00eater\u2026 et\u00a0 l\u00e0, il m&#8217;\u00e9nonce les pr\u00e9noms\u00a0 de chacun :<\/p>\n<p>Doris, n\u00e9e le<br \/>\nMarlies n\u00e9e le<br \/>\nClaudia n\u00e9e le<br \/>\nTitus Karl n\u00e9 le<\/p>\n<p>Je n&#8217;en crois pas mes yeux\u2026ni mes oreilles\u2026Bien s\u00fbr, ma premi\u00e8re pens\u00e9e est qu&#8217;il faut que je les contacte.<\/p>\n<p>J&#8217;ai beaucoup d&#8217;appr\u00e9hension. Ai-je le droit de venir perturber une famille qui doit ignorer ma pr\u00e9sence. Et pourtant, ce sont mes fr\u00e8res et s\u0153urs et c&#8217;est mon droit d&#8217;essayer de leur dire que je suis l\u00e0 s&#8217;ils le veulent bien. Ce ne sont que des demi-s\u0153urs et demi-fr\u00e8re me direz-vous\u2026. Mais si le lien se fait, on ne peut pas aimer que la moiti\u00e9 alors, ce seront des fr\u00e8re et s\u0153urs.<\/p>\n<p>Les filles sont peut-\u00eatre mari\u00e9es et on ne conna\u00eet pas leur nom d&#8217;\u00e9pouses. Franck a localis\u00e9 Titus. Il a l&#8217;adresse exacte. Il me conseille donc d&#8217;\u00e9crire \u00e0 Titus. Ce que je fais le 22 d\u00e9cembre. Je lui joins mon acte de naissance ainsi que celui de notre m\u00e8re pour lui prouver les liens qui nous unissent.<\/p>\n<p>Ce sont les F\u00eates de fin d&#8217;ann\u00e9e et je m&#8217;imagine tout ce petit monde en famille.\u00a0 Nous sommes le 5 janvier. Un samedi. Je demande \u00e0 Lo\u00efc de m&#8217;accompagner \u00e0 Paris voir les illuminations pour me changer les id\u00e9es.\u00a0 Il donne bien s\u00fbr son accord. On passe une bonne soir\u00e9e \u00e0 deux. On rentre aux alentours de minuit. Je vais bien s\u00fbr, en vitesse, sur mon ordinateur voir les derniers courriers.<\/p>\n<p>Nous sommes \u00e0 cette heure, le 6 janvier. Que vois-je : Urgent\u2026Ta s\u0153ur Marlies\u00a0\u00a0 Je n&#8217;en crois pas mes yeux. Heureusement, Lo\u00efc est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Alain, mon mari aussi.\u00a0 Voici ce que je lis ; Voici deux heures que je sais que j&#8217;ai une s\u0153ur\u2026 Celle-ci me demande de lui donner mon num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone. Elle ne parle pas le Fran\u00e7ais, mais sa fille parle un peu.<\/p>\n<p>Le lendemain, \u00e0 11 heures, Daniella, une des filles de Marlies me parle. Bien s\u00fbr<br \/>\nJe suis plus qu&#8217;\u00e9mue. Impressionnant ce moment. Cette ni\u00e8ce me donne quelques renseignements sur la famille et il faut d\u00e9j\u00e0 raccrocher. De l&#8217;apr\u00e8s midi, Daniella me refait un email me disant que sa maman voulait bien communiquer avec moi et qu&#8217;elle \u00e9tait contente de ma pr\u00e9sence et que tr\u00e8s vite, elle va faire le maximum pour envoyer des photos de la famille.<br \/>\nJe passe un dimanche assez perturb\u00e9 dans ma t\u00eate et sens que tout va aller vite maintenant.<br \/>\nLe mardi soir, tr\u00e8s tard, j&#8217;ai un email qui s&#8217;intitule : la famille s&#8217;agrandit.\u00a0 Comme je fais partie d&#8217;une association de parents adoptifs, je suis convaincue qu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;annonce de l&#8217;arriv\u00e9e d&#8217;un petit bonhomme venu de loin. Non, rien de cela. Cette fois, c&#8217;est la s\u0153ur qui me suit, Doris qui a la gentillesse de m&#8217;adresser un tr\u00e8s long message. Ouf, elle parle parfaitement le Fran\u00e7ais. C&#8217;est un v\u00e9ritable soulagement, on va enfin pouvoir communiquer. A travers son courrier, je sais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elle est ma s\u0153ur.<\/p>\n<p>Depuis ce jour, beaucoup d&#8217;emails vont s&#8217;\u00e9changer entre Doris et moi. Un peu moins avec Marlies, mais la barri\u00e8re de la langue n&#8217;y est que la seule raison.<br \/>\nEntre temps, Marlies aura la gentillesse de m&#8217;envoyer une tr\u00e8s grosse enveloppe de photos o\u00f9 je vais enfin pouvoir donner un visage \u00e0 cette m\u00e8re tant imagin\u00e9e\u2026ainsi que tout le reste de la famille<\/p>\n<p>En Mars de cette ann\u00e9e, j\u2019ai rejoint ma s\u0153ur Doris qui habite la Suisse . Avec son mari, nous sommes all\u00e9s, tout d\u2019abord \u00e0 Zurich prendre sur notre route un fr\u00e8re puis tous ensemble, nous sommes partis en Basse-Bavi\u00e8re d\u00e9couvrir une autre s\u0153ur. Nous avons pass\u00e9 un week-end de P\u00e2ques, pour moi inoubliable.<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 accueillie d\u2019une mani\u00e8re extraordinaire avec beaucoup de chaleur et de compr\u00e9hension et aussi d\u2019incompr\u00e9hension quant au silence de leur m\u00e8re.<br \/>\nDepuis, je commence \u00e0 trouver la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Au retour de Bavi\u00e8re, nous sommes all\u00e9s ensemble sur la tombe de notre m\u00e8re. A la minute, j\u2019ai pu faire mon deuil. La vue de sa tombe m\u2019est revenue \u00e0 beaucoup de moments pendant une petite semaine., mais maintenant je sais o\u00f9 elle est.<br \/>\nJe n\u2019ai aucune haine contre elle, sinon beaucoup de regret de n\u2019avoir pu lui dire qu\u2019on aurait pu s\u2019aimer. Elle m\u2019a laiss\u00e9 en cadeau des s\u0153urs et un fr\u00e8re et c\u2019est le plus beau des cadeaux. C\u2019est cela qui me fait avancer .<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019importante distance qui nous s\u00e9pare (780 km aller ), depuis mars de cette ann\u00e9e, nous avons pu nous rencontrer quatre week-end. C\u2019est formidable.<\/p>\n<p>Pour moi, je r\u00e9sumerai mon histoire ainsi : j\u2019avais une famille, un train est pass\u00e9, tout le monde est mont\u00e9 me laissant sur le chemin sans en savoir la raison. J\u2019ai march\u00e9, march\u00e9, j\u2019ai beaucoup tr\u00e9buch\u00e9, puis un jour, j\u2019ai aper\u00e7u le train au loin ce qui m\u2019a donn\u00e9 la force de continuer pour le rejoindre. Ab\u00eem\u00e9e par cette longue marche, j\u2019ai enfin r\u00e9ussi \u00e0 monter dans ce train et \u00e0 retrouver des s\u0153urs et un fr\u00e8re. Aujourd\u2019hui, je peux commencer \u00e0 vivre mieux. Dommage que cela ait demand\u00e9 tant d\u2019ann\u00e9es et tant de souffrance. On ne refait pas la vie, on la continue.<\/p>\n<p>Je souhaite \u00e0 tous ceux et celles qui sont en recherches, qu\u2019ils connaissent le m\u00eame bonheur,\u00a0 les m\u00eames retrouvailles. Il faut se battre et il y a toujours une petite r\u00e9ponse sur la route. Bien s\u00fbr, c\u2019est une histoire tr\u00e8s douloureuse pour nous tous, mais nous sommes tellement plus forts que les autres en fait, nous qui avons grandi dans l\u2019humilit\u00e9, aujourd\u2019hui, nous pouvons relever la t\u00eate.<\/p>\n<p>Elisabeth Demeulemeester<br \/>\nMaman de 6 enfants.<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai 61 ans. Je suis n\u00e9e en Allemagne. 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Je vais donc allonger la liste des enfants abandonn\u00e9s.<br \/><br \/>Je vais\u00a0 faire de pouponni\u00e8re en pouponni\u00e8re\u00a0 jusqu\u2019en mai 48 o\u00f9 je vais \u00eatre transf\u00e9r\u00e9e en France dans le but d\u2019\u00eatre adopt\u00e9e, ce qui ne s\u2019est pas fait.<br \/>Je suis confi\u00e9e trois jours apr\u00e8s mon arriv\u00e9e en France \u00e0 une famille d\u2019accueil qui me dira longtemps que lorsque je suis arriv\u00e9e, je ne savais rien dire et que je ne comprenais rien\u2026et que j\u2019\u00e9tais donc pas tr\u00e8s intelligente \u2026. Imaginez-vous passer d\u2019Allemagne en France en 3 jours\u2026<br \/>Tr\u00e8s vite, je comprends que je n\u2019y ai pas ma place et bien s\u00fbr, ma seule obsession sera de retrouver cette m\u00e8re. Une m\u00e8re ne peut pas abandonner un enfant, alors il faut la chercher. Dans la rue, je recherche le visage de cette femme.\u00a0 Je la vois partout\u2026 dans la rue, dans mes r\u00eaves. T\u00eate de boche sera souvent mon surnom. Tr\u00e8s petite, je comprends que je suis une enfant n\u00e9e de la honte, coupable d\u2019exister.<br \/><br \/>A l\u2019\u00e9cole, le jour de la rentr\u00e9e est mon obsession. Je ne connais m\u00eame pas mon lieu de naissance et les enfants rient quand je suis incapable de r\u00e9pondre \u00e0 la ma\u00eetresse, o\u00f9 es-tu n\u00e9e ? Fou rire complet dans la classe. Etre boche, \u00eatre l\u2019enfant de personne, \u00eatre moche sont des choses lourdes \u00e0 porter quand on est un enfant.<br \/><br \/>A force de d\u00e9marches, j\u2019obtiens \u00e0 18 ans une carte d\u2019identit\u00e9 et \u00e0 ce moment l\u00e0 seulement, les services sociaux m\u2019apprennent que je suis de nationalit\u00e9 allemande et qu\u2019il va falloir \u00eatre naturalis\u00e9e\u00a0 pour obtenir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Au fond de moi, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 allemande. Cela aussi, on me l\u2019a pris.<br \/><br \/>Suite \u00e0 une demande aupr\u00e8s des services du premier Ministre, je parviens \u00e0 52 ans \u00e0 obtenir mon lieu de naissance. Je dois pr\u00e9ciser que de 18 \u00e0 52 ans, il a \u00e9t\u00e9 not\u00e9 sur ma carte d\u2019identit\u00e9\u2026 , mon permis de conduire, n\u00e9e\u00a0\u00a0 \u2026 Assistance Publique. Cela aussi, il faut le porter.<br \/><br \/>Toutes les recherches que j\u2019ai faites n\u2019ont jamais abouti.<br \/><br \/>J\u2019ai toujours r\u00eav\u00e9 d\u2019aller voir ma ville de naissance.<br \/><br \/>J\u2019habite Orl\u00e9ans, et un de mes fils, Lo\u00efc doit se rendre \u00e0Mulhouse. C\u2019est curieux, le hasard fait bien les choses. Pourquoi Mulhouse ?<br \/><br \/>Avec Lo\u00efc, nous partons donc pour Mulhouse. L'AFPA vient de lui proposer la possibilit\u00e9 de faire une formation Informatique. Il va lui falloir rester au moins 18 mois. <br \/><br \/>S\u00e4ckingen, mon lieu de naissance n'est qu'\u00e0 50 km de Mulhouse et il semble bien difficile de ne pas y aller. Pendant que Lo\u00efc passe sa journ\u00e9e au centre de l'AFPA, je m'empresse de prendre la route de S\u00e4ckingen en Allemagne. J'ai l'impression que la voiture y va seule. Je vais m'y rendre sans probl\u00e8me avec l'angoisse terrible de ce que je vais d\u00e9couvrir. D'apr\u00e8s les documents que j'ai en ma possession, je n'ai connu que les \u00e9tablissements militaires. Je sais donc que l'h\u00f4pital o\u00f9 je suis n\u00e9e sera triste d'apparence. <br \/>Apr\u00e8s\u00a0 avoir franchi le centre ville, un h\u00f4pital est indiqu\u00e9 sur la gauche. Cela grimpe. A mon grand \u00e9tonnement, celui-ci est situ\u00e9 dans un d\u00e9cor de verdure magnifique et m\u00eame apaisant. Des malades s'y prom\u00e8nent.\u00a0 Moi qui ai toujours imagin\u00e9 qu'il s'agissait d'un endroit tr\u00e8s sobre et plein de b\u00e2timents militaires\u2026. Mon c\u0153ur bat tr\u00e8s fort. J'ai franchi la premi\u00e8re \u00e9tape de mon combat pour\u00a0 la recherche de mes moments avec cette m\u00e8re qui m'a tant manqu\u00e9e.\u00a0 Je l'imagine sachant que ses yeux ont vu les m\u00eames montagnes que celles qui se trouvent en face de moi, qu'elle a march\u00e9 sur le m\u00eame sentier que je suis entrain de gravir. J'ai m\u00eame l'impression tr\u00e8s forte qu'elle est pr\u00e9sente et que nous allons nous rencontrer. C'est curieux, ce sentiment\u2026<br \/>Il y a un vieux monsieur qui est assis sur un banc. Lui doit savoir si cet h\u00f4pital est bien celui que je recherche\u2026 Il y a la barri\u00e8re de la langue et je n'ose pas lui demander. Heureusement, un h\u00e9licopt\u00e8re vient de d\u00e9coller et cela distrait mon attention.<br \/><br \/>Je repars en fin d'apr\u00e8s-midi, tr\u00e8s triste de constater que l'on m'a vol\u00e9 non seulement ma vie, mais aussi mes montagnes, ma langue d'origine. J'ai un sentiment tr\u00e8s fort d'appartenir plus \u00e0 ce lieu qu'\u00e0 celui que l'on m'a impos\u00e9. J'ai un sentiment immense de r\u00e9volte. Je voudrais hurler au monde entier ma souffrance.<br \/>Ce qui m'apaise un peu, c'est que je sais que je vais y retourner demain, avec Lo\u00efc.<br \/><br \/>Le lendemain, je lui fais donc d\u00e9couvrir\u00a0 tout ce magnifique parcours pour aller jusqu'\u00e0 S\u00e4ckingen. La veille, je d\u00e9couvrais\u2026Ce jour-l\u00e0, j'allais chez moi. Je n'ai jamais su d'o\u00f9 j'\u00e9tais et soudainement, je comprends que je viens simplement de l\u00e0. Maintenant que je sais d'o\u00f9 je viens, je vais peut-\u00eatre mieux savoir o\u00f9 je vais.<br \/>Lo\u00efc d\u00e9cide de se d\u00e9brouiller en anglais et en allemand aupr\u00e8s des autorit\u00e9s de l'H\u00f4pital qui lui confirment qu'il s'agit bien du m\u00eame h\u00f4pital et que la Chapelle not\u00e9e dans mon acte de bapt\u00eame est au 2\u00e8me \u00e9tage. Nous nous y rendons accompagn\u00e9s d'une infirmi\u00e8re qui nous montre le chemin.\u00a0 L\u00e0, cela est tr\u00e8s dur. Mes yeux restent fig\u00e9s devant les fonds baptismaux et je vois cette femme (sans visage) tenant son b\u00e9b\u00e9, accompagn\u00e9 de sa m\u00e8re que l'on m'a d\u00e9sign\u00e9 comme marraine. Pas de parrain. <br \/><br \/>C'est un moment tr\u00e8s fort et tr\u00e8s angoissant. Lo\u00efc est formidable. Il\u00a0 respecte mes \u00e9motions. Je remercie cette m\u00e8re de m'avoir port\u00e9e jusqu'\u00e0 cet autel. En me faisant baptiser, elle a voulu sans doute me prot\u00e9ger, tout du moins, cela me fait du bien de le croire.\u00a0 Merci. Elle m'a permis de prendre un chemin, lequel je vais suivre toute ma vie malgr\u00e9 tous les doutes qui m'envahissent souvent.<br \/><br \/>\u00a0Je br\u00fble deux cierges, un pour elle, un pour moi. Je ressens le sentiment que je fais quelque chose pour elle, avec elle, car elle est l\u00e0, dans ce lieu religieux. Beaucoup de douleur monte en moi. C'est la premi\u00e8re fois que je m'autorise \u00e0 la sentir si proche de moi.<br \/><br \/>Nous quittons la Chapelle et reprenons la voiture. Pour nous changer et ne pas nous d\u00e9payser\u2026 nous trouvons un Mac Do pour nous restaurer et dig\u00e9rer les \u00e9motions fortes du matin. Lo\u00efc s'efforce de se faire comprendre pour que nous puissions trouver le Centre ville. Ouf, une bande de jeunes assez sympathique<br \/>nous indique le chemin.<br \/><br \/>\u00a0Apr\u00e8s un rapide petit tour dans les magasins, nous nous devons de trouver l'H\u00f4tel de Ville. Probl\u00e8me, nous avions oubli\u00e9 de prendre un dictionnaire avec nous. Lo\u00efc t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 une de ses connaissances en Suisse qui lui donne la r\u00e9ponse. Cela se dit Ratha\u00fcs. Nous voici donc, dans le centre ville demandant aux gens qui se promenaient : Ratha\u00fcs ? Ouf, enfin une bonne indication, tout du moins, on le croyait. La personne \u00e0 l'accueil ne comprend pas l'anglais de Lo\u00efc. Il fait donc appel \u00e0 une coll\u00e8gue. Celle-ci nous indique sur un papier o\u00f9 aller. Bien s\u00fbr, nous voici reperdus et notre papier nous sert beaucoup pour demander notre chemin. Cela nous permet de d\u00e9couvrir un magnifique pont couvert en bois, fleuri d'une multitude de g\u00e9raniums, qui sert de passage pour\u00a0 traverser le Rhin et se retrouver\u00a0 d'Allemagne en Suisse en\u00a0 \u00e0 peine un quart d'heure. C'est le plus vieux pont\u00a0 de bois couvert d'Europe. Il date de 1 640.Enfin, nous voici devant l'enseigne Ratha\u00fcs. Un magnifique ch\u00e2teau avec son trompettiste en bronze en plein milieu d'une magnifique pelouse.<br \/><br \/>Je prends mon souffle, et nous poussons la porte de l'Etat Civil. Je suis tr\u00e8s fi\u00e8re de montrer ma carte d'identit\u00e9 \u2026 je suis n\u00e9e \u00e0 S\u00e4ckingen. Je suis chez moi.<br \/>Lo\u00efc arrive \u00e0 demander \u00e0 la secr\u00e9taire un extrait d'acte de naissance me concernant. Tr\u00e8s vite, cette dame arrive avec un vieux registre tout poussi\u00e9reux et vient transcrire sur son ordinateur les indications \u00e0 porter sur le document. <br \/>Tr\u00e8s gentiment, elle me montre ce vieux livre pour que je puisse v\u00e9rifier qu'il s'agit bien de moi et j'apprends donc, que je suis n\u00e9e \u00e0 18 h 40, ce que j'ignorais jusqu'\u00e0 ce moment.\u00a0 Pr\u00e9cision qui a son importance pour moi.<br \/><br \/>Lo\u00efc a l'id\u00e9e de demander s'il \u00e9tait possible de savoir si cette m\u00e8re \u00e9tait encore en vie. La secr\u00e9taire de Mairie donne deux coups de fils \u00e0 l'Ambassade de Konstanz, son lieu de naissance\u2026 Elle est encore en vie et elle porte aujourd'hui le nom de Bartholdi\u00a0 depuis le 20.02.1960. La secr\u00e9taire nous propose d'\u00e9crire elle-m\u00eame \u00e0 l'Etat civil de Konstanz pour obtenir son adresse actuelle. Elle donne donc mes coordonn\u00e9es postales et par email. <br \/><br \/>Nous avons bien avanc\u00e9 pour notre journ\u00e9e. Demain, nous devons reprendre la route\u00a0 pour Orl\u00e9ans.<br \/><br \/>Nous prenons conscience qu'il va falloir faire tr\u00e8s vite pour la retrouver car elle a\u00a0 87 ans, on n'a plus beaucoup de temps devant nous.<br \/>Je suis contente de pouvoir partager ces recherches avec Lo\u00efc. Je dois pr\u00e9ciser que Lo\u00efc est un enfant que nous avons adopt\u00e9 et que lui, a choisi de ne pas rechercher ses origines.J'ai le sentiment que lui peut comprendre ce que je vis. Je suis cependant un peu mal \u00e0 l'aise, car je me dis qu'il r\u00e9agit peut-\u00eatre ainsi par loyaut\u00e9 par rapport \u00e0 nous. C'est un gros point d'interrogation pour moi, m\u00eame s'il m'assure que pour lui sa famille, est bien celle dans laquelle il vit et o\u00f9 il se reconna\u00eet. \u00a0<br \/><br \/>Nous voici rentr\u00e9s \u00e0 Orl\u00e9ans. IL faut attendre la r\u00e9ponse de Konstanz qui vient tr\u00e8s vite. Ils sont \u00e0 Wila, mais nous n'avons pas d'autres pr\u00e9cisions, car il y a lieu pour l'\u00e9tat civil de prot\u00e9ger\u00a0 le lieu de r\u00e9sidence des personnes concern\u00e9es. Qu'allons-nous faire ?\u00a0 Partir dans cette ville et chercher les Bartholdi ? C'est risqu\u00e9. Ils sont \u00e2g\u00e9s. Ils n'ont pas de num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone\u2026 Cela se complique.<br \/><br \/>Je confie mes recherches \u00e0 une association qui fait un travail formidable\u2026 cela concerne essentiellement les personnes de ma g\u00e9n\u00e9ration qui sont n\u00e9s de parents\u00a0 allemands et fran\u00e7ais pendant la salle guerre\u00a0 Je suis tr\u00e8s impatiente car\u00a0 les jours s'\u00e9coulent et je me dois d'arriver \u00e0 temps pour dire \u00e0 cette m\u00e8re : tu peux partir en paix, je t'ai retrouv\u00e9e, et permets-moi de t'embrasser. C\u2019est dommage, nous ne serions aim\u00e9es tr\u00e8s fort.<br \/><br \/>Entre temps, j'avais fait des recherches sur mon parcours dans les pouponni\u00e8res allemandes sous autorit\u00e9s fran\u00e7aises de novembre 46 \u00e0 mai 48.<br \/>Je re\u00e7ois donc un courrier du Minist\u00e8re des Archives de l'Arm\u00e9e Allemande sous l'Occupation. Ils ont beaucoup d'informations me concernant, ce qui est rare. Pour obtenir ces renseignements, je dois me rendre \u00e0 Colmar car ils n'envoient aucun document par courrier et ne donnent\u00a0 rien par t\u00e9l\u00e9phone.<br \/>Je d\u00e9cide donc de partir le 19 d\u00e9cembre pour Colmar. Je pars seule cette fois. <br \/>J'ai rendez-vous le 20 avec le secr\u00e9tariat du Minist\u00e8re des Arm\u00e9es pour consulter les diff\u00e9rents dossiers me concernant. J'y d\u00e9couvre des choses \u00e9mouvantes, difficiles \u00e0 ingurgiter, en un mot mon parcours. Les dossiers sont particuli\u00e8rement bien tenus, ce qui m'\u00e9tonne. Une copie de tous les documents m'est remise au moment de partir. J'ai donc avanc\u00e9 aujourd'hui. Comment ce pauvre b\u00e9b\u00e9 a pu faire face \u00e0 tout cela : blessures, ecz\u00e9ma particuli\u00e8rement grave, rachitique, avec cachexie, arcade sourcili\u00e8re ouverte, nez cass\u00e9, phlegmons \u00e0 divers endroits (je conserve d'ailleurs des traces profondes)\u2026.et de plus, sans amour, sans personne pour lui dire que cela ira peut-\u00eatre mieux demain\u2026.Heureusement, c'est le March\u00e9 de No\u00ebl \u00e0 Colmar. Je d\u00e9cide donc de me changer les id\u00e9es et de d\u00e9couvrir les magnifiques\u00a0 choses expos\u00e9es.<br \/><br \/>Je suis encore \u00e0 Colmar, dans ma chambre, particuli\u00e8rement fatigu\u00e9e de cette dure journ\u00e9e d'\u00e9motions et de r\u00e9volte. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne\u2026 un monsieur de l'Association, Franck, me demande l'autorisation de prendre en mains les recherches concernant Anna Braunwarth. Il habite Strasbourg, et ma\u00eetrise parfaitement l'allemand. <br \/><br \/>Sur ma route de retour, le mercredi donc, ce monsieur Franck me t\u00e9l\u00e9phone pour me dire que ma m\u00e8re a de nouveau d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 et qu'il se met en contact avec la mairie de M\u00fcnchwillem. Je suis un peu triste de repartir ainsi, car je sens que nous sommes sur le point de trouver\u00a0 et je dois bien rentrer. Tant pis, je referai le trajet plus tard s'il le faut.<br \/><br \/>Je continue ma route et \u00e0 nouveau Franck m'appelle sur mon portable. J'ai l'id\u00e9e de m'arr\u00eater sur le c\u00f4t\u00e9 de la route. Je suis en train de quitter Belfort<br \/>Elisabeth, j'ai des nouvelles \u00e0 vous donner. : Votre maman est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 91, mais j'ai une bonne nouvelle, vous \u00eates l'a\u00een\u00e9e d'une famille de 5 enfants\u2026<br \/>Je me rends compte que j'ai bien fait de m'arr\u00eater\u2026 et\u00a0 l\u00e0, il m'\u00e9nonce les pr\u00e9noms\u00a0 de chacun :<br \/><br \/>Doris, n\u00e9e le <br \/>Marlies n\u00e9e le <br \/>Claudia n\u00e9e le <br \/>Titus Karl n\u00e9 le <br \/><br \/>Je n'en crois pas mes yeux\u2026ni mes oreilles\u2026Bien s\u00fbr, ma premi\u00e8re pens\u00e9e est qu'il faut que je les contacte.<br \/><br \/>J'ai beaucoup d'appr\u00e9hension. Ai-je le droit de venir perturber une famille qui doit ignorer ma pr\u00e9sence. Et pourtant, ce sont mes fr\u00e8res et s\u0153urs et c'est mon droit d'essayer de leur dire que je suis l\u00e0 s'ils le veulent bien. Ce ne sont que des demi-s\u0153urs et demi-fr\u00e8re me direz-vous\u2026. Mais si le lien se fait, on ne peut pas aimer que la moiti\u00e9 alors, ce seront des fr\u00e8re et s\u0153urs.<br \/><br \/>Les filles sont peut-\u00eatre mari\u00e9es et on ne conna\u00eet pas leur nom d'\u00e9pouses. Franck a localis\u00e9 Titus. Il a l'adresse exacte. Il me conseille donc d'\u00e9crire \u00e0 Titus. Ce que je fais le 22 d\u00e9cembre. Je lui joins mon acte de naissance ainsi que celui de notre m\u00e8re pour lui prouver les liens qui nous unissent.<br \/><br \/>Ce sont les F\u00eates de fin d'ann\u00e9e et je m'imagine tout ce petit monde en famille.\u00a0 Nous sommes le 5 janvier. Un samedi. Je demande \u00e0 Lo\u00efc de m'accompagner \u00e0 Paris voir les illuminations pour me changer les id\u00e9es.\u00a0 Il donne bien s\u00fbr son accord. On passe une bonne soir\u00e9e \u00e0 deux. On rentre aux alentours de minuit. Je vais bien s\u00fbr, en vitesse, sur mon ordinateur voir les derniers courriers.<br \/><br \/>Nous sommes \u00e0 cette heure, le 6 janvier. Que vois-je : Urgent\u2026Ta s\u0153ur Marlies\u00a0\u00a0 Je n'en crois pas mes yeux. Heureusement, Lo\u00efc est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Alain, mon mari aussi.\u00a0 Voici ce que je lis ; Voici deux heures que je sais que j'ai une s\u0153ur\u2026 Celle-ci me demande de lui donner mon num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone. Elle ne parle pas le Fran\u00e7ais, mais sa fille parle un peu.<br \/><br \/>Le lendemain, \u00e0 11 heures, Daniella, une des filles de Marlies me parle. Bien s\u00fbr<br \/>Je suis plus qu'\u00e9mue. Impressionnant ce moment. Cette ni\u00e8ce me donne quelques renseignements sur la famille et il faut d\u00e9j\u00e0 raccrocher. De l'apr\u00e8s midi, Daniella me refait un email me disant que sa maman voulait bien communiquer avec moi et qu'elle \u00e9tait contente de ma pr\u00e9sence et que tr\u00e8s vite, elle va faire le maximum pour envoyer des photos de la famille. <br \/>Je passe un dimanche assez perturb\u00e9 dans ma t\u00eate et sens que tout va aller vite maintenant.<br \/>Le mardi soir, tr\u00e8s tard, j'ai un email qui s'intitule : la famille s'agrandit.\u00a0 Comme je fais partie d'une association de parents adoptifs, je suis convaincue qu'il s'agit de l'annonce de l'arriv\u00e9e d'un petit bonhomme venu de loin. Non, rien de cela. Cette fois, c'est la s\u0153ur qui me suit, Doris qui a la gentillesse de m'adresser un tr\u00e8s long message. Ouf, elle parle parfaitement le Fran\u00e7ais. C'est un v\u00e9ritable soulagement, on va enfin pouvoir communiquer. A travers son courrier, je sais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elle est ma s\u0153ur. <br \/><br \/>Depuis ce jour, beaucoup d'emails vont s'\u00e9changer entre Doris et moi. Un peu moins avec Marlies, mais la barri\u00e8re de la langue n'y est que la seule raison.<br \/>Entre temps, Marlies aura la gentillesse de m'envoyer une tr\u00e8s grosse enveloppe de photos o\u00f9 je vais enfin pouvoir donner un visage \u00e0 cette m\u00e8re tant imagin\u00e9e\u2026ainsi que tout le reste de la famille<br \/><br \/>En Mars de cette ann\u00e9e, j\u2019ai rejoint ma s\u0153ur Doris qui habite la Suisse . Avec son mari, nous sommes all\u00e9s, tout d\u2019abord \u00e0 Zurich prendre sur notre route un fr\u00e8re puis tous ensemble, nous sommes partis en Basse-Bavi\u00e8re d\u00e9couvrir une autre s\u0153ur. Nous avons pass\u00e9 un week-end de P\u00e2ques, pour moi inoubliable.<br \/>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 accueillie d\u2019une mani\u00e8re extraordinaire avec beaucoup de chaleur et de compr\u00e9hension et aussi d\u2019incompr\u00e9hension quant au silence de leur m\u00e8re.<br \/>Depuis, je commence \u00e0 trouver la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Au retour de Bavi\u00e8re, nous sommes all\u00e9s ensemble sur la tombe de notre m\u00e8re. A la minute, j\u2019ai pu faire mon deuil. La vue de sa tombe m\u2019est revenue \u00e0 beaucoup de moments pendant une petite semaine., mais maintenant je sais o\u00f9 elle est.<br \/>\u00a0Je n\u2019ai aucune haine contre elle, sinon beaucoup de regret de n\u2019avoir pu lui dire qu\u2019on aurait pu s\u2019aimer. Elle m\u2019a laiss\u00e9 en cadeau des s\u0153urs et un fr\u00e8re et c\u2019est le plus beau des cadeaux. C\u2019est cela qui me fait avancer .<br \/><br \/>Malgr\u00e9 l\u2019importante distance qui nous s\u00e9pare (780 km aller ), depuis mars de cette ann\u00e9e, nous avons pu nous rencontrer quatre week-end. C\u2019est formidable.<br \/><br \/>Pour moi, je r\u00e9sumerai mon histoire ainsi : j\u2019avais une famille, un train est pass\u00e9, tout le monde est mont\u00e9 me laissant sur le chemin sans en savoir la raison. J\u2019ai march\u00e9, march\u00e9, j\u2019ai beaucoup tr\u00e9buch\u00e9, puis un jour, j\u2019ai aper\u00e7u le train au loin ce qui m\u2019a donn\u00e9 la force de continuer pour le rejoindre. Ab\u00eem\u00e9e par cette longue marche, j\u2019ai enfin r\u00e9ussi \u00e0 monter dans ce train et \u00e0 retrouver des s\u0153urs et un fr\u00e8re. Aujourd\u2019hui, je peux commencer \u00e0 vivre mieux. Dommage que cela ait demand\u00e9 tant d\u2019ann\u00e9es et tant de souffrance. On ne refait pas la vie, on la continue.<br \/><br \/>Je souhaite \u00e0 tous ceux et celles qui sont en recherches, qu\u2019ils connaissent le m\u00eame bonheur,\u00a0 les m\u00eames retrouvailles. Il faut se battre et il y a toujours une petite r\u00e9ponse sur la route. Bien s\u00fbr, c\u2019est une histoire tr\u00e8s douloureuse pour nous tous, mais nous sommes tellement plus forts que les autres en fait, nous qui avons grandi dans l\u2019humilit\u00e9, aujourd\u2019hui, nous pouvons relever la t\u00eate.<br \/><br \/>Elisabeth Demeulemeester<br \/>Maman de 6 enfants.<\/p>","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[172,175],"tags":[],"class_list":["post-6258","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recherche","category-wiedervereinigung"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>O\u00f9 es-tu n\u00e9e ? - CSF - HOG<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/de\/recherche\/wiedervereinigung\/ou-es-tu-nee\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"de_DE\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"O\u00f9 es-tu n\u00e9e ? - CSF - HOG\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"J\u2019ai 61 ans. 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