{"id":6606,"date":"2010-12-25T17:20:08","date_gmt":"2010-12-25T16:20:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/unkategorisiert\/une-photographie-l-grise-r-la-l-tondue-de-chartres-r-par-robert-capa\/"},"modified":"2017-10-14T16:01:50","modified_gmt":"2017-10-14T14:01:50","slug":"une-photographie-l-grise-r-la-l-tondue-de-chartres-r-par-robert-capa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/de\/dokumente-de\/verschiedene\/une-photographie-l-grise-r-la-l-tondue-de-chartres-r-par-robert-capa\/","title":{"rendered":"Une photographie \u00ab grise \u00bb : la \u00ab tondue de Chartres \u00bb, par Robert Capa"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section admin_label=&#8220;section&#8220;][et_pb_row admin_label=&#8220;row&#8220;][et_pb_column type=&#8220;4_4&#8243;][et_pb_text admin_label=&#8220;Texte&#8220; background_layout=&#8220;light&#8220; text_orientation=&#8220;left&#8220; header_text_color=&#8220;#e02b20&#8243; text_text_color=&#8220;#e02b20&#8243; use_border_color=&#8220;on&#8220; border_color=&#8220;#e02b20&#8243; border_style=&#8220;solid&#8220; saved_tabs=&#8220;all&#8220;]<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Dieser Artikel wurde noch nicht ins Deutsche \u00fcbersetzt<\/strong><\/span><\/p>\n<p>[\/et_pb_text][et_pb_text admin_label=&#8220;Texte&#8220;]<\/p>\n<div class=\"Section1\">\n<p class=\"ecxmsonormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify;\"><strong>par G\u00e9rard Leray, historien<\/strong><\/p>\n<p class=\"ecxmsonormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"ecxmsonormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-385\" src=\"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/102911JJD041A.jpg\" width=\"480\" height=\"322\" border=\"0\" srcset=\"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/102911JJD041A.jpg 480w, https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/102911JJD041A-300x201.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"ecxmsonormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: 9pt;\">De gauche \u00e0 droite\u00a0: JJ Delorme \u2013 <strong>G\u00e9rard Leray<\/strong> \u2013 Philippe Grimbert<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><u><br \/>\nPremi\u00e8re partie<\/u>. 16 ao\u00fbt 1944 \u00e0 Chartres. Aux premi\u00e8res heures de la d\u00e9livrance du chef-lieu de l\u2019Eure-et-Loir par l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, le c\u00e9l\u00e8bre reporter-photographe hongrois Robert Capa assiste \u00e0 l\u2019exhibition humiliante d\u2019une famille de \u00ab\u00a0<em>collabos<\/em>\u00a0\u00bb au milieu d\u2019une foule vengeresse. Au centre de la sc\u00e8ne, une femme tondue de vingt-trois ans porte dans ses bras un b\u00e9b\u00e9 qu\u2019elle a eu avec un soldat allemand. Parce qu\u2019elle est magnifique, dramatiquement magnifique, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019instinct de Capa, \u00e0 son g\u00e9nie du cadrage et de la composition triangulaire des personnages, la photographie dite de la \u00ab\u00a0<em>Tondue de Chartres\u00a0<\/em>\u00bb est connue dans le monde entier. En apparence, le clich\u00e9 semble opposer le bien et le mal. En r\u00e9alit\u00e9, <span style=\"color: black;\">il illustre parfaitement la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de la Lib\u00e9ration et de l\u2019\u00ab\u00a0<em>\u00e9puration sauvage\u00a0<\/em>\u00bb, ni compl\u00e8tement blanche, ni totalement noire, dans une ville o\u00f9 la R\u00e9sistance fut presque inexistante pendant l\u2019occupation allemande, exception faite du r\u00f4le de Jean Moulin en &#8230;1940.<\/span><\/p>\n<p><u>Deuxi\u00e8me partie<\/u>. De plus, comment ne pas \u00e9prouver de la compassion envers Simone Touseau, femme amoureuse, emprisonn\u00e9e pendant vingt-six mois, condamn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9gradation nationale, et qui sombra dans l\u2019alcoolisme pour mourir dans sa quarante-cinqui\u00e8me ann\u00e9e ? Mais le malaise augmente encore lorsque l\u2019historien d\u00e9couvre que la jeune chartraine avait des convictions nazies. Titulaire du baccalaur\u00e9at, elle travailla volontairement au service de l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne \u00e0 Chartres puis outre-Rhin. Pire, apr\u00e8s Stalingrad, Simone Touseau adh\u00e9ra au Parti populaire fran\u00e7ais dirig\u00e9 par le collaborationniste Jacques Doriot. Elle fut \u00e9galement accus\u00e9e d\u2019avoir d\u00e9nonc\u00e9 plusieurs voisins \u00e0 la Gestapo, dont deux moururent dans le camp de concentration de Mauthausen.<\/p>\n<p><u>Troisi\u00e8me partie<\/u>. Depuis au moins trois d\u00e9cennies, des journalistes en qu\u00eate de sensationnalisme tentent de retrouver le b\u00e9b\u00e9 sur la photographie de Capa, aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de plus de soixante-six ans. Puissent-ils abandonner leur projet afin de ne pas raviver sa douleur indicible.<\/p>\n<p><strong>La photo de la honte<\/strong><\/p>\n<p><strong>La photographie dite de \u00ab\u00a0la Tondue de Chartres\u00a0\u00bb a beau \u00eatre mondialement connue et figurer dans de nombreux manuels scolaires, personne ne conna\u00eet vraiment l\u2019histoire extraordinaire de ses acteurs et t\u00e9moins.<\/strong><\/p>\n<p>Elle est l\u2019une des photographies les plus remarquables de la Lib\u00e9ration en France, l\u2019une des plus dramatiques aussi. Elle est l\u2019\u0153uvre d\u2019Endre Erno Friedmann, alias Robert Capa (1913-1954), reporter d\u2019origine hongroise, qui sera naturalis\u00e9 am\u00e9ricain apr\u00e8s-guerre et futur co-fondateur de l\u2019agence Magnum. Dix semaines apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9, \u00e0 l\u2019aube du 6 juin 1944, \u00e0 Omaha Beach avec la premi\u00e8re vague d\u2019assaut am\u00e9ricaine, simplement arm\u00e9 de deux Zeiss Ikon Contax, Capa arrive le mercredi 16 ao\u00fbt dans le centre ville de Chartres avec les lib\u00e9rateurs d\u2019outre-atlantique.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9puration a commenc\u00e9 depuis le matin. Des \u00ab\u00a0collabos\u00a0\u00bb, hommes et femmes, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et rassembl\u00e9s dans la cour dite \u00ab\u00a0des communs\u00a0\u00bb dans l\u2019enceinte de la pr\u00e9fecture de l\u2019\u00e9poque rue Collin-d\u2019Harleville (aujourd\u2019hui r\u00e9sidence priv\u00e9e du pr\u00e9fet d\u2019Eure-et-Loir). Trois collaborationnistes (Rousseau, Cou\u00e9 et M\u00e9nardeau) y sont sommairement ex\u00e9cut\u00e9s entre 7 et 10 heures et demie du matin. Plus tard, un coiffeur proc\u00e8de \u00e0 la tonte d\u2019une dizaine de femmes coupables de \u00ab\u00a0collaboration horizontale\u00a0\u00bb. Capa appara\u00eet juste apr\u00e8s. Il immortalise les sujets humili\u00e9s avant et pendant leur exposition \u00e0 la foule hyst\u00e9rique qui hurle derri\u00e8re les grilles.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne c\u00e9l\u00e8bre se d\u00e9roule l\u2019apr\u00e8s-midi. Les responsables FFI locaux ordonnent qu\u2019on reconduise une famille honteuse jusqu\u2019\u00e0 son domicile des num\u00e9ros 18 et 20 de la rue de Beauvais (rebaptis\u00e9e apr\u00e8s-guerre en rue du Docteur-Jacques-de-Fourmestraux). \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Robert Capa quitte pr\u00e9cipitamment la pr\u00e9fecture pour se placer en avant de la procession. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il se tient au milieu de la chauss\u00e9e, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la rue du Cheval-Blanc.<\/p>\n<p>Au fond, un grand drapeau tricolore flotte, accroch\u00e9 au portail de la pr\u00e9fecture\u00a0; au second plan, sur l\u2019actuelle place Jean-Moulin situ\u00e9e au carrefour de la rue Sainte-M\u00eame, \u00e0 gauche, on devine le flanc invisible du coll\u00e8ge d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral de filles devenu coll\u00e8ge Jean-Moulin, \u00e0 droite, on aper\u00e7oit la fa\u00e7ade (avec les briques apparentes du 1er \u00e9tage) de l\u2019\u00e9tude notariale de Ma\u00eetre Mathieu, transform\u00e9e aujourd\u2019hui en r\u00e9sidence de l\u2019\u00e9v\u00eaque. Quand la troupe arrive sur lui, le photographe actionne le d\u00e9clencheur de son Contax.<\/p>\n<p>Au centre du clich\u00e9, Simone Touseau, jeune femme de vingt-trois ans, compl\u00e8tement ras\u00e9e, porte son b\u00e9b\u00e9 dans les bras. On lui a br\u00fbl\u00e9 le front au fer rouge. Au premier plan sur la droite, le p\u00e8re de Simone, Georges Touseau, chemine avec b\u00e9ret et baluchon. Derri\u00e8re lui, marche Germaine Touseau, son \u00e9pouse, dont on distingue la t\u00eate, tondue elle aussi\u2026 Aupr\u00e8s d\u2019eux, trois policiers et plusieurs dizaines de civils \u2013 une majorit\u00e9 de femmes -, rigolards et vengeurs. Pendant ce temps, les combats contre l\u2019arm\u00e9e allemande en retraite continuent en ville. Ils cesseront seulement le 19 ao\u00fbt.<\/p>\n<p><strong>Simone et Erich<\/strong><\/p>\n<p>Que reproche-t-on \u00e0 la famille Touseau par ailleurs honorablement connue\u00a0avant-guerre gr\u00e2ce \u00e0 sa branche Villette, de lointaine extraction chartraine, mainvilloise et coudryonne, et \u00e0 sa boutique de cr\u00e8merie-poissonnerie install\u00e9e jusqu\u2019en 1936 \u00e0 l\u2019angle de la place Marceau et de la rue de la Pie ? Retour en arri\u00e8re au temps de l\u2019occupation.<\/p>\n<p>En 1941, baccalaur\u00e9at en poche, la jeune Simone a obtenu un emploi d\u2019interpr\u00e8te dans les services allemands d\u2019occupation, d\u2019abord \u00e0 la caserne Marceau, puis au centre de placement allemand situ\u00e9 35 de la rue de la Tonnellerie, enfin au Front Stalag 153, si\u00e8ge de la Feldkommandantur, \u00e0 l\u2019angle du boulevard Chasles et de la rue Mathurin-R\u00e9gnier dans les locaux r\u00e9quisitionn\u00e9s du groupe d\u2019assurances <em>Les Travailleurs Fran\u00e7ais<\/em>. Cette m\u00eame ann\u00e9e, elle tombe amoureuse du soldat allemand qui g\u00e8re la librairie militaire allemande (Frontbuchhandlung) install\u00e9e au 26 de la rue du Bois-Merrain. La r\u00e9putation de Simone est faite, d\u2019autant que son amoureux fr\u00e9quente presque quotidiennement le domicile familial des Touseau rue de Beauvais.<\/p>\n<p>Fin 1942, le soldat est mut\u00e9 sur le front de l\u2019Est sovi\u00e9tique. Quand Simone apprend qu\u2019\u00ab\u00a0Erich\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 et ramen\u00e9 en convalescence dans la r\u00e9gion de Munich, elle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 s\u2019engager comme travailleuse volontaire dans la capitale de Bavi\u00e8re, o\u00f9 elle retrouve effectivement son amant en septembre 1943. Et o\u00f9 elle tombe enceinte\u2026, ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre rapatri\u00e9e en France fin novembre 1943.<\/p>\n<p><strong>De la rue des Lisses \u00e0 Mauthausen<\/strong><\/p>\n<p>Mais il y a pire. Dans la nuit du 24 au 25 f\u00e9vrier 1943, cinq voisins des Touseau, dans un rayon de vingt m\u00e8tres autour du domicile de ces derniers, sont arr\u00eat\u00e9s par la police de s\u00fbret\u00e9 allemande (SD ou Gestapo). Ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s par un informateur comme \u00ab\u00a0ennemis de l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb parce qu\u2019ils \u00e9coutent la radio anglaise.<\/p>\n<p>Henri Godard, Didier H\u00e9e, Ren\u00e9 Ligneul, Fernand Guilbault et Edouard Babouin sont conduits \u00e0 la prison de la rue des Lisses toute proche. Godard est lib\u00e9r\u00e9 le lendemain\u00a0: il ne poss\u00e8de pas de poste de radio TSF\u00a0! Par contre, les quatre autres sont transf\u00e9r\u00e9s successivement \u00e0 Orl\u00e9ans et Compi\u00e8gne avant leur d\u00e9portation au sinistre camp de concentration autrichien de Mauthausen. Fernand Guilbault et Edouard Babouin ne reviendront jamais de captivit\u00e9\u00a0: ils meurent respectivement le 4 d\u00e9cembre 1943 et le 31 juillet 1944\u2026<\/p>\n<p>En ce mois d\u2019ao\u00fbt 1944, des accusations gravissimes de collaboration active sont lanc\u00e9es par le voisinage contre la famille Touseau. Surtout contre Simone et sa m\u00e8re Germaine qui se sont vant\u00e9es durant l\u2019occupation d\u2019\u00eatre anticommunistes et anglophobes. En plus, au printemps 1943, Simone a adh\u00e9r\u00e9 au Parti Populaire Fran\u00e7ais (PPF) de Jacques Doriot, le plus nazi des collaborationnistes fran\u00e7ais\u2026 Pour Henri Godard et les \u00e9pouses des voisins d\u00e9port\u00e9s, il n\u2019y a donc aucun doute\u00a0: les membres de la famille Touseau sont les d\u00e9nonciateurs de la rafle de l\u2019hiver 1943. Mais une conviction sans aucune preuve mat\u00e9rielle\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements du 16 ao\u00fbt, les deux femmes sont incarc\u00e9r\u00e9es \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat de Chartres jusqu\u2019en octobre 1944, date de leur transfert pour le camp d\u2019internement de Pithiviers. Georges Touseau (pr\u00e9sent\u00e9 comme un brave homme qui ne sait pas tenir les femmes de sa maison) et sa fille a\u00een\u00e9e Annette (\u00e0 qui \u00e9choit la garde du b\u00e9b\u00e9 de Simone) \u00e9chappent \u00e0 la mesure carc\u00e9rale. Mais tous les quatre sont officiellement \u00ab\u00a0pr\u00e9venus d\u2019avoir post\u00e9rieurement au 16 juin 1940 soit sciemment apport\u00e9 en France ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger une aide directe ou indirecte \u00e0 l\u2019Allemagne ou \u00e0 ses alli\u00e9s, soit port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de la nation ou \u00e0 la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, d\u00e9lit pr\u00e9vu par l\u2019ordonnance du 26 d\u00e9cembre 1944.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9gradation nationale<\/strong><\/p>\n<p>Le 1er mars 1945, le juge d\u2019instruction chartrain Maurice Billard fait rapatrier Simone et Germaine \u00e0 la prison de Chartres. L\u2019enqu\u00eate pour atteinte \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 ext\u00e9rieure de l\u2019Etat peut commencer. Lors des interrogatoires et des confrontations avec les t\u00e9moins, les Touseau clament farouchement leur innocence. Ils sont d\u00e9fendus par deux avou\u00e9s associ\u00e9s Claude Br\u00e9tillard et Claude Gerbet. La proc\u00e9dure dure jusqu\u2019au printemps 1946. Le dossier boucl\u00e9 est alors transmis \u00e0 la cour de justice de la Seine \u00e0 Paris et, le 30 avril, Simone et Germaine sont conduites \u00e0 la prison de Fresnes dans l\u2019attente de leur proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Le 28 novembre 1946, la d\u00e9cision finale de justice est ainsi formul\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Il ressort qu\u2019il n\u2019existe pas contre les nomm\u00e9s Touseau Georges, Touseau Annette, Simone et Villette Germaine femme Touseau charges suffisantes d\u2019avoir commis le crime relev\u00e9 \u00e0 leur encontre (\u2026). En cons\u00e9quence, d\u00e9cidons le classement de cette affaire. Et requ\u00e9rons main lev\u00e9e de mandats de d\u00e9p\u00f4t d\u00e9cern\u00e9s contre Touseau Simone et Villette Germaine, femme Touseau. Toutefois, renvoyons Touseau Simone devant la Chambre Civique.\u00a0\u00bb Simone et sa m\u00e8re sont lib\u00e9r\u00e9es le lendemain.<\/p>\n<p>L\u2019ultime rendez-vous judiciaire se produit le 8 mars 1947. Simone Touseau est condamn\u00e9e par la 5\u00e8me Chambre civique de la Cour de Paris \u00e0 dix ans de d\u00e9gradation nationale, mais est dispens\u00e9e de l\u2019interdiction de s\u00e9jour.<\/p>\n<p><strong>L\u2019autre piste<\/strong><\/p>\n<p>La suite est une longue descente aux enfers. Pendant sa d\u00e9tention, Simone avait appris la mort \u2013 en juillet 1944 \u2013 de son \u00ab\u00a0fianc\u00e9\u00a0\u00bb allemand sur le front sovi\u00e9tique. Pour couper les ponts avec le cauchemar chartrain, les Touseau, sauf Annette, quittent le chef-lieu de l\u2019Eure-et-Loir et s\u2019installent \u00e0 Saint-Arnoult-en-Yvelines. Simone se marie avec un comptable, a deux nouveaux enfants. Mais le couple chavire, se s\u00e9pare. Simone a sombr\u00e9 dans l\u2019alcoolisme. Elle d\u00e9c\u00e8de le 21 f\u00e9vrier 1966 \u00e0 Chartres \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quarante-quatre ans et demi. Son p\u00e8re Georges ne lui survit gu\u00e8re, qui meurt le 12 octobre 1969. Vient ensuite le tour de Germaine le jour de l\u2019an 1980. Annette, la s\u0153ur a\u00een\u00e9e, a disparu le 30 avril 1997. Les quatre Touseau sont inhum\u00e9s dans deux tombes distinctes dans le cimeti\u00e8re de Mainvilliers, commune p\u00e9riph\u00e9rique de Chartres.<\/p>\n<p>Quant au b\u00e9b\u00e9 sur la photographie de Robert Capa, \u00e2g\u00e9 aujourd\u2019hui de plus de 66 ans, l\u2019auteur de cet article est parvenu \u00e0 le retrouver et \u00e0 s\u2019entretenir avec lui. Mais la douleur est trop immense, indicible. Promesse lui a \u00e9t\u00e9 faite de ne pas r\u00e9v\u00e9ler son identit\u00e9. Et elle sera tenue.<\/p>\n<p>Reste \u00e0 r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme de l\u2019arrestation des voisins de la famille Touseau. Qui est r\u00e9ellement \u00e0 l\u2019origine des d\u00e9nonciations\u00a0? Une piste tr\u00e8s s\u00e9rieuse existe sous la forme d\u2019une myst\u00e9rieuse \u00ab\u00a0collabo\u00a0\u00bb de nationalit\u00e9 suisse, auxiliaire gestapiste, qui a s\u00e9vi \u00e0 Chartres pendant l\u2019Occupation\u2026 L\u2019enqu\u00eate est (presque) termin\u00e9e. Le livre racontant la v\u00e9ritable histoire de la Tondue de Chartres sortira d\u00e9but 2011.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<\/div>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dieser Artikel wurde noch nicht ins Deutsche \u00fcbersetzt par G\u00e9rard Leray, historien \u00a0 De gauche \u00e0 droite\u00a0: JJ Delorme \u2013 G\u00e9rard Leray \u2013 Philippe Grimbert Premi\u00e8re partie. 16 ao\u00fbt 1944 \u00e0 Chartres. Aux premi\u00e8res heures de la d\u00e9livrance du chef-lieu de l\u2019Eure-et-Loir par l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, le c\u00e9l\u00e8bre reporter-photographe hongrois Robert Capa assiste \u00e0 l\u2019exhibition humiliante [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":249,"featured_media":385,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"<div class=\"Section1\"><p class=\"ecxmsonormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify;\"><strong>par G\u00e9rard Leray, historien<\/strong><\/p><p class=\"ecxmsonormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p><p class=\"ecxmsonormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\"><img class=\" size-full wp-image-385\" src=\"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/102911JJD041A.jpg\" width=\"480\" height=\"322\" border=\"0\" \/><\/span><\/strong><\/p><p class=\"ecxmsonormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: 9pt;\">De gauche \u00e0 droite\u00a0: JJ Delorme \u2013 <strong>G\u00e9rard Leray<\/strong> \u2013 Philippe Grimbert<\/span><\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\"><u><br \/> Premi\u00e8re partie<\/u>. 16 ao\u00fbt 1944 \u00e0 Chartres. Aux premi\u00e8res heures de la d\u00e9livrance du chef-lieu de l\u2019Eure-et-Loir par l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, le c\u00e9l\u00e8bre reporter-photographe hongrois Robert Capa assiste \u00e0 l\u2019exhibition humiliante d\u2019une famille de \u00ab\u00a0<em>collabos<\/em>\u00a0\u00bb au milieu d\u2019une foule vengeresse. Au centre de la sc\u00e8ne, une femme tondue de vingt-trois ans porte dans ses bras un b\u00e9b\u00e9 qu\u2019elle a eu avec un soldat allemand. Parce qu\u2019elle est magnifique, dramatiquement magnifique, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019instinct de Capa, \u00e0 son g\u00e9nie du cadrage et de la composition triangulaire des personnages, la photographie dite de la \u00ab\u00a0<em>Tondue de Chartres\u00a0<\/em>\u00bb est connue dans le monde entier. En apparence, le clich\u00e9 semble opposer le bien et le mal. En r\u00e9alit\u00e9, <span style=\"color: black;\">il illustre parfaitement la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de la Lib\u00e9ration et de l\u2019\u00ab\u00a0<em>\u00e9puration sauvage\u00a0<\/em>\u00bb, ni compl\u00e8tement blanche, ni totalement noire, dans une ville o\u00f9 la R\u00e9sistance fut presque inexistante pendant l\u2019occupation allemande, exception faite du r\u00f4le de Jean Moulin en ...1940.<br \/> <br \/> <u>Deuxi\u00e8me partie<\/u>. De plus, comment ne pas \u00e9prouver de la compassion envers Simone Touseau, femme amoureuse, emprisonn\u00e9e pendant vingt-six mois, condamn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9gradation nationale, et qui sombra dans l\u2019alcoolisme pour mourir dans sa quarante-cinqui\u00e8me ann\u00e9e ? Mais le malaise augmente encore lorsque l\u2019historien d\u00e9couvre que la jeune chartraine avait des convictions nazies. Titulaire du baccalaur\u00e9at, elle travailla volontairement au service de l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne \u00e0 Chartres puis outre-Rhin. Pire, apr\u00e8s Stalingrad, Simone Touseau adh\u00e9ra au Parti populaire fran\u00e7ais dirig\u00e9 par le collaborationniste Jacques Doriot. Elle fut \u00e9galement accus\u00e9e d\u2019avoir d\u00e9nonc\u00e9 plusieurs voisins \u00e0 la Gestapo, dont deux moururent dans le camp de concentration de Mauthausen.<br \/> <br \/> <u>Troisi\u00e8me partie<\/u>. Depuis au moins trois d\u00e9cennies, des journalistes en qu\u00eate de sensationnalisme tentent de retrouver le b\u00e9b\u00e9 sur la photographie de Capa, aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de plus de soixante-six ans. Puissent-ils abandonner leur projet afin de ne pas raviver sa douleur indicible.<br \/> <br \/> <br \/> <strong>La photo de la honte<\/strong><\/span><\/p><p><strong>La photographie dite de \u00ab\u00a0la Tondue de Chartres\u00a0\u00bb a beau \u00eatre mondialement connue et figurer dans de nombreux manuels scolaires, personne ne conna\u00eet vraiment l\u2019histoire extraordinaire de ses acteurs et t\u00e9moins.<\/strong><\/p><p>Elle est l\u2019une des photographies les plus remarquables de la Lib\u00e9ration en France, l\u2019une des plus dramatiques aussi. Elle est l\u2019\u0153uvre d\u2019Endre Erno Friedmann, alias Robert Capa (1913-1954), reporter d\u2019origine hongroise, qui sera naturalis\u00e9 am\u00e9ricain apr\u00e8s-guerre et futur co-fondateur de l\u2019agence Magnum. Dix semaines apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9, \u00e0 l\u2019aube du 6 juin 1944, \u00e0 Omaha Beach avec la premi\u00e8re vague d\u2019assaut am\u00e9ricaine, simplement arm\u00e9 de deux Zeiss Ikon Contax, Capa arrive le mercredi 16 ao\u00fbt dans le centre ville de Chartres avec les lib\u00e9rateurs d\u2019outre-atlantique.<\/p><p>L\u2019\u00e9puration a commenc\u00e9 depuis le matin. Des \u00ab\u00a0collabos\u00a0\u00bb, hommes et femmes, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et rassembl\u00e9s dans la cour dite \u00ab\u00a0des communs\u00a0\u00bb dans l\u2019enceinte de la pr\u00e9fecture de l\u2019\u00e9poque rue Collin-d\u2019Harleville (aujourd\u2019hui r\u00e9sidence priv\u00e9e du pr\u00e9fet d\u2019Eure-et-Loir). Trois collaborationnistes (Rousseau, Cou\u00e9 et M\u00e9nardeau) y sont sommairement ex\u00e9cut\u00e9s entre 7 et 10 heures et demie du matin. Plus tard, un coiffeur proc\u00e8de \u00e0 la tonte d\u2019une dizaine de femmes coupables de \u00ab\u00a0collaboration horizontale\u00a0\u00bb. Capa appara\u00eet juste apr\u00e8s. Il immortalise les sujets humili\u00e9s avant et pendant leur exposition \u00e0 la foule hyst\u00e9rique qui hurle derri\u00e8re les grilles.<\/p><p>La sc\u00e8ne c\u00e9l\u00e8bre se d\u00e9roule l\u2019apr\u00e8s-midi. Les responsables FFI locaux ordonnent qu\u2019on reconduise une famille honteuse jusqu\u2019\u00e0 son domicile des num\u00e9ros 18 et 20 de la rue de Beauvais (rebaptis\u00e9e apr\u00e8s-guerre en rue du Docteur-Jacques-de-Fourmestraux). \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Robert Capa quitte pr\u00e9cipitamment la pr\u00e9fecture pour se placer en avant de la procession. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Il se tient au milieu de la chauss\u00e9e, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la rue du Cheval-Blanc.<\/p><p>Au fond, un grand drapeau tricolore flotte, accroch\u00e9 au portail de la pr\u00e9fecture\u00a0; au second plan, sur l\u2019actuelle place Jean-Moulin situ\u00e9e au carrefour de la rue Sainte-M\u00eame, \u00e0 gauche, on devine le flanc invisible du coll\u00e8ge d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral de filles devenu coll\u00e8ge Jean-Moulin, \u00e0 droite, on aper\u00e7oit la fa\u00e7ade (avec les briques apparentes du 1er \u00e9tage) de l\u2019\u00e9tude notariale de Ma\u00eetre Mathieu, transform\u00e9e aujourd\u2019hui en r\u00e9sidence de l\u2019\u00e9v\u00eaque. Quand la troupe arrive sur lui, le photographe actionne le d\u00e9clencheur de son Contax.<\/p><p>Au centre du clich\u00e9, Simone Touseau, jeune femme de vingt-trois ans, compl\u00e8tement ras\u00e9e, porte son b\u00e9b\u00e9 dans les bras. On lui a br\u00fbl\u00e9 le front au fer rouge. Au premier plan sur la droite, le p\u00e8re de Simone, Georges Touseau, chemine avec b\u00e9ret et baluchon. Derri\u00e8re lui, marche Germaine Touseau, son \u00e9pouse, dont on distingue la t\u00eate, tondue elle aussi\u2026 Aupr\u00e8s d\u2019eux, trois policiers et plusieurs dizaines de civils \u2013 une majorit\u00e9 de femmes -, rigolards et vengeurs. Pendant ce temps, les combats contre l\u2019arm\u00e9e allemande en retraite continuent en ville. Ils cesseront seulement le 19 ao\u00fbt.<\/p><p><strong>Simone et Erich<\/strong><\/p><p>Que reproche-t-on \u00e0 la famille Touseau par ailleurs honorablement connue\u00a0avant-guerre gr\u00e2ce \u00e0 sa branche Villette, de lointaine extraction chartraine, mainvilloise et coudryonne, et \u00e0 sa boutique de cr\u00e8merie-poissonnerie install\u00e9e jusqu\u2019en 1936 \u00e0 l\u2019angle de la place Marceau et de la rue de la Pie ? Retour en arri\u00e8re au temps de l\u2019occupation.<\/p><p>En 1941, baccalaur\u00e9at en poche, la jeune Simone a obtenu un emploi d\u2019interpr\u00e8te dans les services allemands d\u2019occupation, d\u2019abord \u00e0 la caserne Marceau, puis au centre de placement allemand situ\u00e9 35 de la rue de la Tonnellerie, enfin au Front Stalag 153, si\u00e8ge de la Feldkommandantur, \u00e0 l\u2019angle du boulevard Chasles et de la rue Mathurin-R\u00e9gnier dans les locaux r\u00e9quisitionn\u00e9s du groupe d\u2019assurances <em>Les Travailleurs Fran\u00e7ais<\/em>. Cette m\u00eame ann\u00e9e, elle tombe amoureuse du soldat allemand qui g\u00e8re la librairie militaire allemande (Frontbuchhandlung) install\u00e9e au 26 de la rue du Bois-Merrain. La r\u00e9putation de Simone est faite, d\u2019autant que son amoureux fr\u00e9quente presque quotidiennement le domicile familial des Touseau rue de Beauvais.<\/p><p>Fin 1942, le soldat est mut\u00e9 sur le front de l\u2019Est sovi\u00e9tique. Quand Simone apprend qu\u2019\u00ab\u00a0Erich\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 et ramen\u00e9 en convalescence dans la r\u00e9gion de Munich, elle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 s\u2019engager comme travailleuse volontaire dans la capitale de Bavi\u00e8re, o\u00f9 elle retrouve effectivement son amant en septembre 1943. Et o\u00f9 elle tombe enceinte\u2026, ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre rapatri\u00e9e en France fin novembre 1943.<\/p><p><strong>De la rue des Lisses \u00e0 Mauthausen<\/strong><\/p><p>Mais il y a pire. Dans la nuit du 24 au 25 f\u00e9vrier 1943, cinq voisins des Touseau, dans un rayon de vingt m\u00e8tres autour du domicile de ces derniers, sont arr\u00eat\u00e9s par la police de s\u00fbret\u00e9 allemande (SD ou Gestapo). Ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s par un informateur comme \u00ab\u00a0ennemis de l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb parce qu\u2019ils \u00e9coutent la radio anglaise.<\/p><p>Henri Godard, Didier H\u00e9e, Ren\u00e9 Ligneul, Fernand Guilbault et Edouard Babouin sont conduits \u00e0 la prison de la rue des Lisses toute proche. Godard est lib\u00e9r\u00e9 le lendemain\u00a0: il ne poss\u00e8de pas de poste de radio TSF\u00a0! Par contre, les quatre autres sont transf\u00e9r\u00e9s successivement \u00e0 Orl\u00e9ans et Compi\u00e8gne avant leur d\u00e9portation au sinistre camp de concentration autrichien de Mauthausen. Fernand Guilbault et Edouard Babouin ne reviendront jamais de captivit\u00e9\u00a0: ils meurent respectivement le 4 d\u00e9cembre 1943 et le 31 juillet 1944\u2026<\/p><p>En ce mois d\u2019ao\u00fbt 1944, des accusations gravissimes de collaboration active sont lanc\u00e9es par le voisinage contre la famille Touseau. Surtout contre Simone et sa m\u00e8re Germaine qui se sont vant\u00e9es durant l\u2019occupation d\u2019\u00eatre anticommunistes et anglophobes. En plus, au printemps 1943, Simone a adh\u00e9r\u00e9 au Parti Populaire Fran\u00e7ais (PPF) de Jacques Doriot, le plus nazi des collaborationnistes fran\u00e7ais\u2026 Pour Henri Godard et les \u00e9pouses des voisins d\u00e9port\u00e9s, il n\u2019y a donc aucun doute\u00a0: les membres de la famille Touseau sont les d\u00e9nonciateurs de la rafle de l\u2019hiver 1943. Mais une conviction sans aucune preuve mat\u00e9rielle\u2026<\/p><p>Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements du 16 ao\u00fbt, les deux femmes sont incarc\u00e9r\u00e9es \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat de Chartres jusqu\u2019en octobre 1944, date de leur transfert pour le camp d\u2019internement de Pithiviers. Georges Touseau (pr\u00e9sent\u00e9 comme un brave homme qui ne sait pas tenir les femmes de sa maison) et sa fille a\u00een\u00e9e Annette (\u00e0 qui \u00e9choit la garde du b\u00e9b\u00e9 de Simone) \u00e9chappent \u00e0 la mesure carc\u00e9rale. Mais tous les quatre sont officiellement \u00ab\u00a0pr\u00e9venus d\u2019avoir post\u00e9rieurement au 16 juin 1940 soit sciemment apport\u00e9 en France ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger une aide directe ou indirecte \u00e0 l\u2019Allemagne ou \u00e0 ses alli\u00e9s, soit port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de la nation ou \u00e0 la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, d\u00e9lit pr\u00e9vu par l\u2019ordonnance du 26 d\u00e9cembre 1944.<\/p><p><strong>D\u00e9gradation nationale<\/strong><\/p><p>Le 1er mars 1945, le juge d\u2019instruction chartrain Maurice Billard fait rapatrier Simone et Germaine \u00e0 la prison de Chartres. L\u2019enqu\u00eate pour atteinte \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 ext\u00e9rieure de l\u2019Etat peut commencer. Lors des interrogatoires et des confrontations avec les t\u00e9moins, les Touseau clament farouchement leur innocence. Ils sont d\u00e9fendus par deux avou\u00e9s associ\u00e9s Claude Br\u00e9tillard et Claude Gerbet. La proc\u00e9dure dure jusqu\u2019au printemps 1946. Le dossier boucl\u00e9 est alors transmis \u00e0 la cour de justice de la Seine \u00e0 Paris et, le 30 avril, Simone et Germaine sont conduites \u00e0 la prison de Fresnes dans l\u2019attente de leur proc\u00e8s.<\/p><p>Le 28 novembre 1946, la d\u00e9cision finale de justice est ainsi formul\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Il ressort qu\u2019il n\u2019existe pas contre les nomm\u00e9s Touseau Georges, Touseau Annette, Simone et Villette Germaine femme Touseau charges suffisantes d\u2019avoir commis le crime relev\u00e9 \u00e0 leur encontre (\u2026). En cons\u00e9quence, d\u00e9cidons le classement de cette affaire. Et requ\u00e9rons main lev\u00e9e de mandats de d\u00e9p\u00f4t d\u00e9cern\u00e9s contre Touseau Simone et Villette Germaine, femme Touseau. Toutefois, renvoyons Touseau Simone devant la Chambre Civique.\u00a0\u00bb Simone et sa m\u00e8re sont lib\u00e9r\u00e9es le lendemain.<\/p><p>L\u2019ultime rendez-vous judiciaire se produit le 8 mars 1947. Simone Touseau est condamn\u00e9e par la 5\u00e8me Chambre civique de la Cour de Paris \u00e0 dix ans de d\u00e9gradation nationale, mais est dispens\u00e9e de l\u2019interdiction de s\u00e9jour.<\/p><p><strong>L\u2019autre piste<\/strong><\/p><p>La suite est une longue descente aux enfers. Pendant sa d\u00e9tention, Simone avait appris la mort \u2013 en juillet 1944 \u2013 de son \u00ab\u00a0fianc\u00e9\u00a0\u00bb allemand sur le front sovi\u00e9tique. Pour couper les ponts avec le cauchemar chartrain, les Touseau, sauf Annette, quittent le chef-lieu de l\u2019Eure-et-Loir et s\u2019installent \u00e0 Saint-Arnoult-en-Yvelines. Simone se marie avec un comptable, a deux nouveaux enfants. Mais le couple chavire, se s\u00e9pare. Simone a sombr\u00e9 dans l\u2019alcoolisme. Elle d\u00e9c\u00e8de le 21 f\u00e9vrier 1966 \u00e0 Chartres \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quarante-quatre ans et demi. Son p\u00e8re Georges ne lui survit gu\u00e8re, qui meurt le 12 octobre 1969. Vient ensuite le tour de Germaine le jour de l\u2019an 1980. Annette, la s\u0153ur a\u00een\u00e9e, a disparu le 30 avril 1997. Les quatre Touseau sont inhum\u00e9s dans deux tombes distinctes dans le cimeti\u00e8re de Mainvilliers, commune p\u00e9riph\u00e9rique de Chartres.<\/p><p>Quant au b\u00e9b\u00e9 sur la photographie de Robert Capa, \u00e2g\u00e9 aujourd\u2019hui de plus de 66 ans, l\u2019auteur de cet article est parvenu \u00e0 le retrouver et \u00e0 s\u2019entretenir avec lui. Mais la douleur est trop immense, indicible. Promesse lui a \u00e9t\u00e9 faite de ne pas r\u00e9v\u00e9ler son identit\u00e9. Et elle sera tenue.<\/p><p>Reste \u00e0 r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme de l\u2019arrestation des voisins de la famille Touseau. Qui est r\u00e9ellement \u00e0 l\u2019origine des d\u00e9nonciations\u00a0? Une piste tr\u00e8s s\u00e9rieuse existe sous la forme d\u2019une myst\u00e9rieuse \u00ab\u00a0collabo\u00a0\u00bb de nationalit\u00e9 suisse, auxiliaire gestapiste, qui a s\u00e9vi \u00e0 Chartres pendant l\u2019Occupation\u2026 L\u2019enqu\u00eate est (presque) termin\u00e9e. Le livre racontant la v\u00e9ritable histoire de la Tondue de Chartres sortira d\u00e9but 2011.<\/p><p class=\"MsoNormal\">\u00a0<\/p><p class=\"MsoNormal\">\u00a0<\/p><\/div>","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[199,215],"tags":[],"class_list":["post-6606","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dokumente-de","category-verschiedene"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Une photographie \u00ab grise \u00bb : la \u00ab tondue de Chartres \u00bb, par Robert Capa - CSF - HOG<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/de\/dokumente-de\/verschiedene\/une-photographie-l-grise-r-la-l-tondue-de-chartres-r-par-robert-capa\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"de_DE\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Une photographie \u00ab grise \u00bb : la \u00ab tondue de Chartres \u00bb, par Robert Capa - CSF - HOG\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Dieser Artikel wurde noch nicht ins Deutsche \u00fcbersetzt par G\u00e9rard Leray, historien \u00a0 De gauche \u00e0 droite\u00a0: JJ Delorme \u2013 G\u00e9rard Leray \u2013 Philippe Grimbert Premi\u00e8re partie. 16 ao\u00fbt 1944 \u00e0 Chartres. 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