{"id":239,"date":"2008-12-18T08:40:06","date_gmt":"2008-12-18T07:40:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/vie-de-lassociation\/colloque-2008\/les-femmes-tondues-en-dordogne\/"},"modified":"2017-10-14T16:06:30","modified_gmt":"2017-10-14T14:06:30","slug":"les-femmes-tondues-en-dordogne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/fr\/documents\/les-femmes-tondues-en-dordogne\/","title":{"rendered":"Les femmes tondues en Dordogne"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section admin_label=\u00a0\u00bbsection\u00a0\u00bb][et_pb_row admin_label=\u00a0\u00bbrow\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime;][et_pb_text admin_label=\u00a0\u00bbTexte\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"mosimage_caption size-full wp-image-238\" style=\"border: 1px solid black;\" src=\"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/wp-content\/uploads\/2008\/12\/jacky-tronel.jpg\" alt=\" \" width=\"550\" border=\"1\" srcset=\"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/wp-content\/uploads\/2008\/12\/jacky-tronel.jpg 600w, https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/wp-content\/uploads\/2008\/12\/jacky-tronel-480x263.jpg 480w\" sizes=\"(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) 600px, 100vw\" \/><\/p>\n<p class=\"MsoTitle\"><span style=\"font-size: 20pt; color: purple;\">L\u2019\u00e9puration en Dordogne et les femmes tondues<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">Quand Jean-Jacques Delorme m\u2019a contact\u00e9 et m\u2019a demand\u00e9 de participer \u00e0 ce colloque, je lui ai tout de suite pr\u00e9cis\u00e9 que je ne suis pas un sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00c9puration, des femmes tondues et des enfants de la Guerre. Mais il a insist\u00e9\u2026 et je me suis laiss\u00e9 convaincre\u00a0! En fait, mes travaux portent sur l\u2019Histoire p\u00e9nitentiaire et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur la prison militaire de Paris repli\u00e9e \u00e0 Mauzac, en Dordogne. C\u2019est en lien avec cette prison sous Vichy, devenue prison de l\u2019\u00c9puration d\u00e8s le mois de juin 1944, que je me suis int\u00e9ress\u00e9 aux femmes tondues \u00e0 la lib\u00e9ration, au point d\u2019y consacrer un dossier dans la revue d\u2019histoire <strong><em>Arkheia<\/em><\/strong>.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong><span style=\"font-size: 14pt; color: purple;\">L\u2019\u00e9puration en Dordogne et les femmes tondues<\/span> <\/strong><span style=\"color: #333333;\">s\u2019articule en trois parties\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">1. <\/span><span style=\"color: #333333;\">L\u2019\u00e9puration extra-judiciaire, dite \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb\u00a0: contexte\u2026 tontes spontan\u00e9es ou planifi\u00e9es\u00a0?<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">2. <\/span><span style=\"color: #333333;\">L\u2019\u00e9puration judiciaire ou \u00ab\u00a0l\u00e9gale\u00a0\u00bb\u00a0: la mise en place des CDL et des cours de justice\u2026<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">3. <\/span><span style=\"color: #333333;\">L\u2019internement des femmes\u00a0: regard sur les prisons de l\u2019\u00e9puration en Dordogne.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><strong><em><span style=\"font-size: 14pt; color: purple;\">1. L\u2019\u00e9puration extra-judiciaire\u00a0dite \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb\u00a0: le contexte et les faits<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">\u00c9voquer la violence des ch\u00e2timents inflig\u00e9s aux femmes suppos\u00e9es coupables de collaboration participe au travail de m\u00e9moire. Toutefois, pour bien appr\u00e9hender la p\u00e9riode, il est n\u00e9cessaire de replacer les \u00e9v\u00e9nements dont on parle dans leur contexte, non pour justifier et l\u00e9gitimer, bien \u00e9videmment, mais pour tenter de comprendre, tout simplement. La Dordogne est un d\u00e9partement qui a \u00e9norm\u00e9ment souffert de l\u2019occupation allemande, plus particuli\u00e8rement \u00e0 partir de mars 1944, avec les crimes de la division \u00ab\u00a0Brehmer\u00a0\u00bb qui avait pour mission de traquer les r\u00e9sistants et les Juifs, puis, au d\u00e9but du mois de juin 1944, avec le passage de la division SS \u00ab\u00a0Das Reich\u00a0\u00bb, qui s\u2019illustra \u00e0 Tulle puis \u00e0 Oradour-sur-Glane. Les exactions de la <em>Hilfspolizei <\/em>(police suppl\u00e9tive), plus connue sous le nom de <em>Brigade Nord-Africaine<\/em> ou <em>Phalange nord-africaine<\/em> ont \u00e9t\u00e9 terribles\u00a0: pillages, tortures, assassinats\u2026 Cela dit, nous pouvons \u00e9tablir une relation de causes \u00e0 effets ind\u00e9niable\u00a0: si les actions \u00e9puratoires de 1944 ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8res en Dordogne, elles l\u2019ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la mesure des crimes perp\u00e9tr\u00e9s par les nazis et leurs suppl\u00e9tifs. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">Prenons l\u2019exemple de Mussidan \u2013 2.500 habitants environ avant Guerre \u2013 chef-lieu de canton situ\u00e9 au nord-ouest de Bergerac. L\u2019une de ses habitantes, <\/span><strong><span style=\"color: #333399;\">Ren\u00e9e Guimberteau<\/span><\/strong><span style=\"color: #333333;\">, relate dans son journal, pratiquement au jour le jour, les \u00e9v\u00e9nements tels qu\u2019elle les a v\u00e9cus. En voici quelques extraits\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">16 janvier 1944\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Il y a eu une rafle ce matin, 35 personnes ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9es. \u00c7a va mal.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">27 mars\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Hier il y a eu une grosse rafle o\u00f9 420 hommes ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s. Tous les bois de la Double br\u00fblent depuis hier. C\u2019est horrible.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">11 avril\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0L\u2019usine <strong><em>Bois et Fer<\/em><\/strong> a \u00e9t\u00e9 rafl\u00e9e ce matin. Une grande partie des ouvriers est partie pour l\u2019Allemagne.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">12 juin\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Le maquis a attaqu\u00e9 un train blind\u00e9 allemand qui partait pour le front (\u2026) La bataille a \u00e9t\u00e9 dure, jusque dans les rues de la ville (\u2026) Le maquis a d\u00fb se retirer apr\u00e8s 6 h. de combat acharn\u00e9. [Aussit\u00f4t apr\u00e8s, les Allemands ont rafl\u00e9 environ 350 hommes. 52 otages ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s puis fusill\u00e9s. Parmi eux, deux gar\u00e7ons de 16 ans]. Les boches, avec leur cruaut\u00e9 coutumi\u00e8re, les ont l\u00e2chement d\u00e9figur\u00e9s et pi\u00e9tin\u00e9s avant de les assassiner.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">10 ao\u00fbt\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Les boches ont chass\u00e9 le maquis dans toute la r\u00e9gion (\u2026) \u00c0 St-Junien, ils ont assassin\u00e9 tous les hommes du bourg, 18 environ. Ils ont br\u00fbl\u00e9 des maisons qui avaient h\u00e9berg\u00e9 des maquis, \u201cdes terroristes\u201d comme ils disent (\u2026) \u00c0 certains terroristes qu\u2019ils ont pris avant de les massacrer, ils leur ont arrach\u00e9 la langue, les yeux et couper les oreilles. C\u2019est une terreur sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire. Mais nous sommes gonfl\u00e9s de vengeance et elle approche.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">22 ao\u00fbt\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Quelle f\u00eate aujourd\u2019hui. Toute la population de Mussidan et des environs, d\u00e9cor\u00e9e de cocardes et de rubans tricolores, a acclam\u00e9 l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise de R\u00e9sistance. On a d\u00e9fil\u00e9 dans toutes les rues, drapeaux en t\u00eate, et au chant de la Marseillaise (\u2026) Dans la soir\u00e9e, l\u2019enl\u00e8vement des collaborateurs a eu lieu. Malheureusement il pleuvait \u00e0 torrents et nous n\u2019avons pas pu les voir.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">24 ao\u00fbt\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui la f\u00eate bat son plein. Un grand d\u00e9fil\u00e9 a eu lieu au cimeti\u00e8re o\u00f9 des gerbes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es sur les tombes des fusill\u00e9s du 11 juin (\u2026) La promenade des collaboratrices n\u2019a pas eu lieu car la foule les aurait esquint\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">2 septembre 1944\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Ce matin on a bien ri. Les F.F.I. ont tondu sur la place des collaboratrices (\u2026) Il y avait un monde fou. On les a promen\u00e9es dans toutes les rues puis ramen\u00e9es en prison.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: black;\">L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce t\u00e9moignage r\u00e9side d\u2019abord dans le fait qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9, \u00ab\u00a0\u00e0 chaud\u00a0\u00bb, par une femme, et qu\u2019il rend compte de la mont\u00e9e des tensions. Le r\u00e9cit chronologique des \u00e9v\u00e9nements traduit bien la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une p\u00e9riode \u00ab\u00a0extra-ordinaire\u00a0\u00bb. On constate \u00e9galement que la r\u00e9pression sauvage, c\u00f4t\u00e9 allemand, vient en r\u00e9action aux actions de gu\u00e9rilla des maquis. Les exactions inqualifiables dont les nazis et leurs suppl\u00e9tifs se rendent coupables alimentent une haine grandissante du \u00ab\u00a0boche\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab <\/span><span style=\"color: navy;\">Nous sommes gonfl\u00e9s de vengeance et elle approche<\/span><span style=\"color: black;\"> \u00bb\u2026 La tension accumul\u00e9e se lib\u00e8re et se d\u00e9cha\u00eene \u00e0 la fin du mois d\u2019ao\u00fbt, une fois le d\u00e9partement lib\u00e9r\u00e9 de ses occupants.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: black;\">La question est maintenant de savoir si les manifestations de liesse populaire, qui int\u00e8grent les c\u00e9r\u00e9monies de tontes publiques, sont le fruit d\u2019un mouvement populaire, spontan\u00e9 ou non\u2026<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: black;\">La presse de l\u2019\u00e9poque rec\u00e8le quantit\u00e9 de t\u00e9moignages nous renseignant sur l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit qui r\u00e9gnait parmi la population lib\u00e9r\u00e9e, mais \u00e9galement sur les partis politiques qui se partageaient alors le pouvoir.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: black;\">Voies Nouvelles<\/span><\/em><span style=\"color: black;\">, \u00e9dition du 7-8 septembre 1944\u00a0: <\/span><em><span style=\"color: navy;\">\u00ab<\/span><\/em><span style=\"color: navy;\"> C\u2019est f\u00eate ces jours-ci pour le badaud peuple de P\u00e9rigueux. Et d\u00e9fil\u00e9s ! Et fanfares ! On reprend le go\u00fbt de sourire apr\u00e8s avoir tant serrer les poings et froncer le sourcil. Les P\u00e9rigourdins furent bien \u00e9baubis l\u2019autre soir au passage d\u2019un singulier cort\u00e8ge. Un \u00eatre \u00e9trange, bizarrement humain, menait la danse. \u00c0 force d\u2019\u00e9carquiller les yeux, on reconnut des formes f\u00e9minines et sous un cr\u00e2ne en boule d\u2019ivoire marqu\u00e9 de peinture infamante, des yeux torves, une bouche baveuse : la hideur d\u2019un d\u00e9chet. \u2018C\u2019est la femme aux bicots\u00a0!\u2019 expliquaient les gosses au passage. Il n\u2019y avait pas un regard de piti\u00e9 pour elle (\u2026) Et l\u2019on pouvait songer aux d\u00e9fil\u00e9s semblables qu\u2019avaient vus les m\u00eames rues au Moyen-\u00e2ge \u00e0 une \u00e9poque ardente et bonne enfant o\u00f9 l\u2019on promenait les adult\u00e8res nues, autour de la ville, juch\u00e9es \u00e0 rebours sur un \u00e2ne. <\/span><em> <span style=\"color: black;\">Voies Nouvelles<\/span><\/em><span style=\"color: black;\">, \u00e9dition du 7-8 septembre 1944. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Les tontes de la Lib\u00e9ration n\u2019ont pas \u00e9pargn\u00e9 les hommes. \u00c0 Bergerac, une m\u00e8re et son fils font les frais de la coupe \u00e0 la mode, baptis\u00e9e \u00ab\u00a0coupe 44\u00a0\u00bb. Dans l\u2019\u00e9dition de <em>France Libre<\/em> du 8 septembre 1944, sous le titre \u00ab\u00a0<em>Un ch\u00e2timent<\/em> \u00bb, on peut lire : \u00ab\u00a0<em>Samedi dernier, un camion a ramen\u00e9, tondus, une m\u00e8che grotesque bouffant sur le sommet du cr\u00e2ne, la croix gamm\u00e9e tatou\u00e9e sur le front, la patronne de \u201c\u00a0La Civette\u00a0\u201d et son fils. Sur leur masque bl\u00eame, ce n\u2019\u00e9tait plus le vice triomphant qui s\u2019\u00e9talait mais l\u2019ignominie du ch\u00e2timent. Nous n\u2019apprendrons pas aux Bergeracois qui \u00e9taient cet homme et cette femme, ni ce qu\u2019ils ont fait pendant la guerre. Le scandale qu\u2019ils ont d\u00e9cha\u00een\u00e9 sous l\u2019occupation \u00e9tait si grand qu\u2019il criait vengeance. Les faire marcher au pas de l\u2019oie avec de tels stigmates, sous les hu\u00e9es de la foule, \u00e9tait un commencement de punition m\u00e9rit\u00e9e. Quand le crime a \u00e9t\u00e9 public, la r\u00e9paration doit aussi \u00eatre publique<\/em> \u00bb. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Dans <strong><em>1944 en Dordogne<\/em><\/strong> (\u00e9ditions Pilote 24, P\u00e9rigueux, 1993), Jacques Lagrange voit dans \u00ab\u00a0<em>l\u2019acharnement que certains mettent \u00e0 poursuivre les belles de P\u00e9rigueux, de Bergerac et de Sarlat<\/em> \u00bb la preuve que \u00ab\u00a0<em>ce mouvement est essentiellement populaire. Avec ce qu\u2019il a de spontan\u00e9, de sauvage, de cruel, il n\u2019\u00e9chappe pas au cort\u00e8ge des faits divers accompagnant toute r\u00e9volution.<\/em> \u00bb Or, si l\u2019on en croit les documents d\u2019archives consult\u00e9s ainsi que les entretiens r\u00e9alis\u00e9s, il appara\u00eet nettement que l\u2019\u00c9puration a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fl\u00e9chie, organis\u00e9e, planifi\u00e9e. Parfois, ces \u00ab\u00a0ex\u00e9cutions capillaires\u00a0\u00bb (tontes publiques) sont ordonn\u00e9es sur d\u00e9cisions de petits chefs de maquis locaux. Pareille mesure touche L\u00e9onie B., Solange T., Jeanine L. et Jeanine D. (17 ans), les 12, 13 et 23 septembre 1944. Dans leurs dossiers respectifs, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du \u00ab\u00a0jugement\u00a0\u00bb appara\u00eet en toutes lettres : \u00ab\u00a0<em>\u00c0 tondre<\/em> \u00bb. Plus de trois mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration de la Dordogne, le 6 d\u00e9cembre 1944, le lieutenant Jean M\u00e9thou, officier du BSM, ordonne la tonte publique de Rose S., couturi\u00e8re, \u00ab\u00a0<em>prostitu\u00e9e d\u2019habitude<\/em> \u00bb. La sentence est finalement ex\u00e9cut\u00e9e \u00e0 la prison de Bergerac.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">En d\u00e9pit de quelques d\u00e9bordements dont on ne peut nier qu\u2019ils sont le fait d\u2019actions populaires spontan\u00e9es, l\u2019\u00c9puration a, le plus souvent, \u00e9t\u00e9 mise en place, pour ne pas dire mise en sc\u00e8ne. C\u2019est le cas des tontes de \u00ab\u00a0collaboratrices\u00a0\u00bb qui ont lieu \u00e0 Bergerac sur les marches du palais de Justice. Le choix du lieu n\u2019est pas innocent. Sous le porche d\u2019un tribunal o\u00f9 justice est rendue, des femmes soup\u00e7onn\u00e9es de s\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0compromises avec les Boches\u00a0\u00bb sont ch\u00e2ti\u00e9es, publiquement. Les marches les plus hautes font office de podium, et du haut de cette estrade improvis\u00e9e, officient les \u00ab\u00a0coiffeurs\u00a0\u00bb en blouse blanche. Ils pr\u00e9sident \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie qualifi\u00e9e par Alain Brossat de \u00ab\u00a0<em>carnaval moche<\/em> \u00bb. Le rituel public de la tonte, \u00e9crit-il, est \u00ab\u00a0<em>une f\u00eate, un jeu, une exhibition, une c\u00e9r\u00e9monie<\/em> (\u2026) <em>Pour souligner qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un jeu, d\u2019un \u201c\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u201d, le marquage, \u00e9bauche de d\u00e9guisement, joue un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la c\u00e9r\u00e9monie des tontes ; le \u201c\u00a0degr\u00e9 z\u00e9ro\u00a0\u201d du travestissement, c\u2019est la croix gamm\u00e9e que l\u2019on trace \u00e0 la peinture, au goudron, que l\u2019on \u201c\u00a0sculpte\u00a0\u201d avec des ciseaux sur le cr\u00e2ne, que l\u2019on dessine sur le visage, les seins, les fesses, voire le corps entier de la tondue.<\/em> \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Les partis politiques encouragent la chasse aux collabos, g\u00e9n\u00e9ralement suivie du spectacle des tontes publiques. Le mercredi 29 ao\u00fbt, 3 000 personnes assistent \u00e0 un rassemblement qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0<em>premier meeting populaire du Front National <\/em>\u00bb, place de la R\u00e9publique, \u00e0 Bergerac. Les orateurs se succ\u00e8dent et en cl\u00f4ture s\u2019exprime le repr\u00e9sentant des FTPF, Yves P\u00e9ron, <em>alias<\/em> Caillou, ancien prisonnier politique intern\u00e9 \u00e0 Gurs, Mauzac et Nontron, futur d\u00e9put\u00e9 communiste de la Dordogne. Il demande que \u00ab\u00a0<em>justice soit faite contre les tra\u00eetres, les tortionnaires de nos patriotes emprisonn\u00e9s <\/em>\u00bb et d\u00e9clare : \u00ab\u00a0<em>Tous les complices des boches doivent \u00eatre ch\u00e2ti\u00e9s et le ch\u00e2timent c\u2019est la mort<\/em> \u00bb. L\u2019assistance, enthousiaste, \u00ab\u00a0<em>applaudit fr\u00e9n\u00e9tiquement<\/em> \u00bb. Dans cette m\u00eame \u00e9dition du 2 septembre 1944, sous le titre \u00ab\u00a0<em>Sus aux tra\u00eetres\u00a0!<\/em> \u00bb, le journal <em>Bergerac Libre<\/em> rapporte qu\u2019en Bergeracois les 155 premi\u00e8res arrestations sont loin d\u2019\u00eatre d\u00e9finitives\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les enqu\u00eates et interrogatoires se poursuivent activement. Les femmes ayant eu des relations avec les boches ont \u00e9t\u00e9 tondues. D\u2019autres suivront bient\u00f4t. Avec le concours de la population, nous esp\u00e9rons arriver bient\u00f4t \u00e0 assainir notre ville.<\/em> \u00bb Le journal communiste reconna\u00eet que \u00ab\u00a0<em>des omissions ou des erreurs ont pu \u00eatre commises<\/em> \u00bb lors de la confection des listes de suspects et la constitution des dossiers. C\u2019est donc \u00ab\u00a0<em>pour rem\u00e9dier aux unes et aux autres que nous prions le public de nous faire conna\u00eetre le nom des personnes ayant eu une attitude antifran\u00e7aise, appuy\u00e9 de faits pr\u00e9cis<\/em> \u00bb. L\u2019appel \u00e0 d\u00e9lation est on ne peut plus clair.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le journal <em>Les Voies Nouvelles<\/em> du 19 septembre 1944 reconna\u00eet bien \u00ab\u00a0<em>quelques exc\u00e8s<\/em> \u00bb, mais qu\u2019il ne faut \u00ab\u00a0<em>ni grossir, ni exag\u00e9rer<\/em> \u00bb, s\u2019empresse d\u2019ajouter l\u2019auteur de l\u2019article. \u00ab\u00a0<em>Oui, les r\u00e9actions du peuple sont rudes, mais saines. Oui, des gens ont \u00e9t\u00e9 hu\u00e9s et malmen\u00e9s dans les rues, mais c\u2019\u00e9taient des tra\u00eetres. Oui, il a pu y avoir des erreurs, mais elles ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9par\u00e9es. N\u2019oublions pas que les exc\u00e8s possibles ont \u00e9t\u00e9 la r\u00e9action spontan\u00e9e et au grand jour d\u2019un peuple trop longtemps opprim\u00e9, affam\u00e9, trahi. Ses d\u00e9bordements ont des excuses. Voyons-y un sursaut de vitalit\u00e9 et de justice, un r\u00e9veil de patriotisme.<\/em> \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">La presse gaulliste semble, quant \u00e0 elle, plus mesur\u00e9e, \u00e0 l\u2019exemple de l\u2019hebdomadaire <em>Combat r\u00e9publicain<\/em> du 17 septembre 1944, qui, sous le titre \u00ab\u00a0<em>Justice et humanit\u00e9<\/em> \u00bb, invite les magistrats \u00e0 juger avec justice, s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 mais humanit\u00e9. Il rappelle que \u00ab\u00a0<em>le moindre doute doit \u00eatre favorable \u00e0 l\u2019accus\u00e9 dont la d\u00e9fense doit \u00eatre assur\u00e9e comme il convient dans une R\u00e9publique qui est la gloire du monde civilis\u00e9, la R\u00e9publique des droits de l\u2019homme et du citoyen. Ne vaut-il pas mieux absoudre un coupable que de fusiller un innocent\u00a0!<\/em> \u00bb Les propos invitent \u00e0 l\u2019apaisement. Excessivement rare dans le contexte d\u2019une \u00e9puration que l\u2019on peut encore qualifi\u00e9e de \u00absauvage\u00bb, ce discours d\u00e9cal\u00e9 m\u00e9rite d\u2019\u00eatre signal\u00e9.<\/span><\/p>\n<h1><em><span style=\"font-size: 14pt; color: purple;\">2. L\u2019\u00e9puration l\u00e9gale ou judiciaire\u00a0: mise en place des CDL et des cours de justice<\/span><\/em><\/h1>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">En novembre 1943, l\u2019Assembl\u00e9e consultative d\u2019Alger met en place les dispositions principales de l\u2019\u00e9puration administrative, politique, puis celles visant la collaboration \u00e9conomique. Le 15 mars 1944, le Conseil national de la R\u00e9sistance (CNR) met sur pied un programme qui pr\u00e9voit la cr\u00e9ation de Comit\u00e9s d\u00e9partementaux de lib\u00e9ration (CDL). Dans un document du 23 mars 1944, le CNR d\u00e9finit les statuts des CDL. L\u2019article 5 stipule notamment que \u00ab\u00a0<em>pour faciliter la t\u00e2che des futurs pouvoirs publics<\/em> \u00bb, seront pr\u00e9par\u00e9es \u00ab\u00a0<em>les mesures imm\u00e9diates d\u2019\u00e9puration et de neutralisation des tra\u00eetres<\/em> \u00bb. Le jour venu, les consignes sont appliqu\u00e9es\u2026 plut\u00f4t deux fois qu\u2019une\u00a0!<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\">Les semaines qui pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019installation des cours de justice sont des p\u00e9riodes de grande confusion, de non-droit. Conscient de la situation, le pr\u00e9fet tente de reprendre les choses en main. Le 24 ao\u00fbt 1944, il ordonne que ne soit proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 aucune arrestation qu\u2019il n\u2019ait lui-m\u00eame command\u00e9e et pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0<em>seules les cours martiales ont qualit\u00e9 pour prononcer la peine de mort. Il sera donc renonc\u00e9 absolument \u00e0 toute ex\u00e9cution sommaire ou sans jugement.<\/em> \u00bb La cour martiale FFI est officiellement cr\u00e9\u00e9e par arr\u00eat\u00e9 du commissaire de la R\u00e9publique de la r\u00e9gion de Limoges, le 5 septembre 1944. Elle fonctionne \u00e0 P\u00e9rigueux jusqu\u2019au 20 octobre 1944. En 23 sessions de la cour martiale comparaissent 172 personnes : 33 condamnations \u00e0 mort sont prononc\u00e9es dont 32 sont suivies d\u2019ex\u00e9cution imm\u00e9diate (30 hommes et 2 femmes), 48 condamnations aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 ou \u00e0 temps (29 hommes et 19 femmes), 28 peines de prison (allant de 2 mois \u00e0 10 ans), 42 renvois devant d\u2019autres cours de justice et pour compl\u00e9ment d\u2019enqu\u00eate, 17 acquittements avec mise en libert\u00e9 imm\u00e9diate, et enfin, 5 sont \u00ab\u00a0<em>confi\u00e9s \u00e0 une Maison de r\u00e9\u00e9ducation <\/em>\u00bb. Pour 64\u00a0% des condamn\u00e9s \u00e0 mort, la nature des faits reproch\u00e9s touche \u00e0 la collaboration militaire (appartenance \u00e0 la Milice, \u00e0 la LVF, aux <em>Waffen SS<\/em>), 30\u00a0% \u00e0 la collaboration politique (appartenance \u00e0 des organismes de collaboration) et 4\u00a0% \u00e0 la collaboration \u00e9conomique (commerce de toute nature avec l\u2019ennemi).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le 27 octobre 1944, succ\u00e9dant \u00e0 la cour martiale, un nouveau tribunal militaire est install\u00e9 \u00e0 P\u00e9rigueux. Le 2 novembre, un \u00e9tat num\u00e9rique des arrestations \u00ab\u00a0<em>depuis la Lib\u00e9ration jusqu\u2019au 31 octobre 1944 <\/em>\u00bb recense 1248 arrestations, dont les suites se r\u00e9partissent ainsi\u00a0: 669 dossiers en cours d\u2019\u00e9tude, 252 relaxes, 172 non-lieux, 123 peines diverses et 32 condamnations \u00e0 mort. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le 6 novembre 1944, une juridiction civile, la cour de justice, est mise en place \u00e0 P\u00e9rigueux. Elle tient 119 audiences entre le 13 novembre 1944 et le 4 ao\u00fbt 1945. Dans son discours de cl\u00f4ture, le pr\u00e9sident Boissarie dresse le bilan suivant : la Cour de justice a eu \u00e0 examiner 851 dossiers et a statu\u00e9 sur 731 affaires. 123 peines de mort ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es (dont 81 par contumace) et 12 des condamnations \u00e0 mort ont \u00e9t\u00e9 suivies d\u2019ex\u00e9cution : 6 pour appartenance \u00e0 la L\u00e9gion nord-africaine, 6 pour meurtres et pillages, 3 pour participation \u00e0 des op\u00e9rations contre le maquis, 2 pour d\u00e9nonciations et le dernier, Paul Lapuyade, parce que responsable d\u00e9partemental de la LVF. Les autres condamnations se r\u00e9partissent de la fa\u00e7on suivante\u00a0: 444 peines d\u2019indignit\u00e9 nationale, 249 confiscations des biens, 140 emprisonnements, 120 acquittements, 78 condamnations aux travaux forc\u00e9s, 18 amendes et 16 peines de r\u00e9clusion. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Parall\u00e8lement \u00e0 la cour de justice, une chambre civique si\u00e8ge, du 28 novembre 1944 au 30 juillet 1945. \u00ab\u00a0<em>Cette Chambre est appel\u00e9e \u00e0 conna\u00eetre des agissements criminels de collaborateurs de l\u2019ennemi qui n\u2019ont pas toujours rev\u00eatu l\u2019aspect de faits individuels caract\u00e9ris\u00e9s, susceptibles de recevoir une qualification pr\u00e9cise<\/em> \u00bb peut-on lire dans <em>Les Voies Nouvelles<\/em> du 19 novembre 1944. Les principales affaires jug\u00e9es concernent des faits de collaboration politique et de collaboration \u00e9conomique. Les femmes sont les plus nombreuses \u00e0 compara\u00eetre (59\u00a0%). Au terme des 66 audiences, 176 personnes ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es \u00e0 l\u2019indignit\u00e9 nationale, punies de la d\u00e9gradation nationale, accompagn\u00e9e parfois de la confiscation partielle ou totale des biens, tandis que 71 ont \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9es. Force est de reconna\u00eetre que, toutes cours de justice et sexes confondus, les femmes n\u2019ont pas vraiment b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la mansu\u00e9tude des juges et des jur\u00e9s. Si les peines exemplaires qui leur ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9es ont sans doute contribu\u00e9 \u00e0 donner bonne conscience \u00e0 leurs \u00e9purateurs, les tontes publiques qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es ont, quant \u00e0 elles, rempli la fonction de catharsis. Vou\u00e9es \u00e0 la vindicte publique et humili\u00e9es, ces femmes n\u2019ont souvent rien compris du d\u00e9ferlement de violence dont elles ont fait l\u2019objet.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Puis une commission d\u2019\u00c9puration d\u00e9partementale est form\u00e9e qui, par voie d\u2019affiches et de presse, sollicite la collaboration du public. Elle conjure le citoyen de faire \u00ab\u00a0<em>\u0153uvre civique<\/em> \u00bb. Le quotidien bergeracois <em>France libre<\/em> du 26 septembre 1944 donne de la voix\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Allons messieurs, allons mesdames, un peu de courage! Il faut punir tous ceux qui ont trahi leur patrie. C\u2019est le moment de faire justice. Si vous attendez, il sera trop tard. Ayez donc le courage de signaler par \u00e9crit en signant lisiblement et en indiquant votre adresse, tous les faits de tractation avec l\u2019ennemi<\/em> (\u2026) <em>Tous ceux qui ont des renseignements int\u00e9ressants concernant des coupables et qui ne les communiquent pas \u00e0 la commission d\u2019\u00e9puration commettent une mauvaise action. Par peur des responsabilit\u00e9s, par \u00e9go\u00efsme, par l\u00e2chet\u00e9, ils emp\u00eachent la Justice de faire son \u0153uvre. Ce sont de mauvais Fran\u00e7ais<\/em> \u00bb. <\/span><\/p>\n<h1><em><span style=\"font-size: 14pt; color: purple;\">3. L\u2019internement des femmes\u00a0: regard sur les prisons de l\u2019\u00e9puration en Dordogne <\/span><\/em><\/h1>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Les principaux lieux de d\u00e9tention des prisonniers frapp\u00e9s d\u2019\u00e9puration se trouvent, pour la partie nord du d\u00e9partement, \u00e0 P\u00e9rigueux\u00a0: caserne du 35<sup>e<\/sup> RAD (R\u00e9giment d\u2019artillerie divisionnaire) et maison d\u2019arr\u00eat Beleyme ; pour la partie sud, \u00e0 Mauzac\u00a0: camps p\u00e9nitentiaires (Nord et Sud), situ\u00e9s \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019Est de Bergerac. Le 18 mai 1946, ces derniers enregistrent un pic de 1 740 d\u00e9tenus. Du 1<sup>er<\/sup> novembre 1940 au 2 mai 1945, le camp Nord a le statut de prison militaire, puis de centre p\u00e9nitentiaire, apr\u00e8s cette date. Du 22 octobre 1947 au 15 f\u00e9vrier 1951, le camp Sud fonctionne en tant que prison pour femmes. Aujourd\u2019hui, c\u2019est un centre de d\u00e9tention pour d\u00e9tenus en fin de peine.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u00c0 partir du 9 juin, les maquis de la r\u00e9gion de Bergerac conduisent au camp de Mauzac leurs prisonniers. Dans un rapport du 29 juin 1944, il est signal\u00e9 l\u2019incarc\u00e9ration \u00ab\u00a0<em>par ordre du Maquis<\/em> (\u2026) <em>de 229 d\u00e9tenus dont 48 femmes <\/em> \u00bb (21\u00a0%). L\u2019arrestation d\u2019un certain nombre d\u2019entre elles est li\u00e9e \u00e0 celle d\u2019un proche \u2013 conjoint, fils ou fr\u00e8re \u2013 parce qu\u2019\u00ab\u00a0<em>adh\u00e9rent \u00e0 un organisme de collaboration <\/em>\u00bb. Parmi les principaux, citons la L\u00e9gion fran\u00e7aise des combattants (LFC), le Service d\u2019ordre l\u00e9gionnaire (SOL), la L\u00e9gion des volontaires fran\u00e7ais contre le bolchevisme (LVF), le Parti populaire fran\u00e7ais (PPF) et la Milice.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 1944, les conditions de d\u00e9tention des personnes arr\u00eat\u00e9es et d\u00e9tenues \u00e0 P\u00e9rigueux \u2013\u00a0caserne du 35<sup>e<\/sup> RAD (R\u00e9giment d\u2019artillerie divisionnaire) et maison d\u2019arr\u00eat Beleyme \u2013 soul\u00e8vent ici et l\u00e0 des commentaires indign\u00e9s. Le 26 ao\u00fbt, Louis Feyfant, maire de P\u00e9rigueux, rencontre Maxime Roux, pr\u00e9fet de la Dordogne. Sur la question de l\u2019internement des \u00ab\u00a0collabos\u00a0\u00bb \u00e0 P\u00e9rigueux, le maire d\u00e9gage sa responsabilit\u00e9. Il exprime sa r\u00e9probation et pose un ultimatum : soit la situation change dans les 48 heures, soit il d\u00e9missionne sur le champ. Le pr\u00e9fet reconna\u00eet que \u00ab\u00a0<em>dans la p\u00e9riode insurrectionnelle pr\u00e9sente<\/em> \u00bb, des cas lui ont \u00e9t\u00e9 soumis d\u2019ex\u00e9cutions sommaires et d\u2019arrestations arbitraires. Il s\u2019en ouvre dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0<em>direction FFI<\/em> \u00bb. Roux \u00e9voque \u00ab\u00a0<em>les s\u00e9vices corporels<\/em> \u00bb que subiraient les prisonniers au 35<sup>e<\/sup>, \u00ab\u00a0<em>des simulacres d\u2019ex\u00e9cutions<\/em> (\u2026) <em>le suicide d\u2019une d\u00e9tenue<\/em> \u00bb. En fait de \u00ab\u00a0<em>suicide<\/em> \u00bb, il s\u2019agit d\u2019une femme qui se serait pr\u00e9cipit\u00e9e par la fen\u00eatre d\u2019un des \u00e9tages de la caserne afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 une tentative de viol. Pour marquer sa \u00ab\u00a0<em>volont\u00e9 formelle de faire cesser de tels exc\u00e8s<\/em> \u00bb, le pr\u00e9fet convoque une commission et pr\u00e9voit de visiter les locaux du 35<sup>e<\/sup> d\u2019Artillerie. Cette visite a lieu deux jours plus tard, le lundi 28 ao\u00fbt. La commission est compos\u00e9e du pr\u00e9fet, du maire de P\u00e9rigueux, du chef d\u2019\u00e9tat-major FFI, de deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Comit\u00e9 d\u00e9partemental de Lib\u00e9ration et de deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Comit\u00e9 communal. Dans le compte-rendu qui suit, le pr\u00e9fet rapporte que \u00ab\u00a0<em>la visite a \u00e9t\u00e9 faite avec la plus grande objectivit\u00e9 et n\u2019a donn\u00e9 lieu \u00e0 aucun incident<\/em> (\u2026)<em> L\u2019alimentation n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucune plainte\u2026<\/em> \u00bb. Ce rapport, dont on sait qu\u2019il ne refl\u00e8te pas la r\u00e9alit\u00e9, ne pr\u00e9sente d\u2019int\u00e9r\u00eat que parce qu\u2019il d\u00e9nombre pr\u00e9cis\u00e9ment la population intern\u00e9e : 366 prisonniers, dont 147 femmes (40,16 %) et 73 prisonniers allemands.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">La presse p\u00e9rigourdine se fait l\u2019\u00e9cho des communiqu\u00e9s \u00ab\u00a0ang\u00e9liques\u00a0\u00bb de la pr\u00e9fecture. Le journal <em>Les Voies Nouvelles<\/em> du 2 septembre 1944 titre : \u00ab\u00a0<em>\u00c0 l\u2019ombre des cachots du 35<sup>e<\/sup> \u2013 Interview aux prisonniers<\/em> \u00bb. En introduction il est rappel\u00e9 \u2013 fort justement \u2013 que le 35<sup>e<\/sup> \u00e9tait \u00ab\u00a0<em>il y a quelques jours encore, le lieu de torture des martyrs de la France et de la libert\u00e9. Aujourd\u2019hui, il est transform\u00e9 en prison, pour les hommes et les femmes qui ont pris le parti de l\u2019ennemi et sacrifi\u00e9 la patrie \u00e0 des ambitions personnelles ou int\u00e9ress\u00e9es<\/em> \u00bb. Aux prisonniers \u00ab\u00a0interview\u00e9s\u00a0\u00bb il est demand\u00e9 s\u2019ils sont bien trait\u00e9s depuis leur incarc\u00e9ration : \u00ab\u00a0<em>Ils r\u00e9pondirent tous affirmativement. Les cellules sont propres et la nourriture qui leur est accord\u00e9e est suffisante. Tous ont \u00e9t\u00e9 unanimes \u00e0 le d\u00e9clarer<\/em> (\u2026) <em>Nous avons demand\u00e9 \u00e0 plusieurs d\u2019entre eux s\u2019ils avaient \u00e0 se plaindre. Eux aussi furent unanimes \u00e0 rendre hommage \u00e0 leurs gardiens qui, comme le disait le commandant, ne font que leur devoir de Fran\u00e7ais.<\/em> \u00bb\u00a0 Le chroniqueur des <em>Voie Nouvelles<\/em> admet qu\u2019il a pu y avoir \u00ab\u00a0<em>des incidents<\/em> \u00bb au cours desquels les prisonniers furent maltrait\u00e9s. Mais \u00ab\u00a0<em>le personnel de la caserne ne peut en \u00eatre responsable ; car lors de leur transfert, la foule enfon\u00e7a des barrages de police, pour montrer sa haine envers de tels individus<\/em> (\u2026) <em>Si des exag\u00e9rations se sont produites dans le d\u00e9lire de la Lib\u00e9ration, les esprits quelque peu enfi\u00e9vr\u00e9s de nos compatriotes se sont apais\u00e9s et le peuple p\u00e9rigourdin a retrouv\u00e9 toute sa dignit\u00e9<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le 22 octobre 1947, 325 femmes arrivent \u00e0 Mauzac, en provenance du camp de Rouill\u00e9, pr\u00e8s de Poitiers. Du 22 octobre 1947 au 15 f\u00e9vrier 1951, 946 femmes sont incarc\u00e9r\u00e9es \u00e0 Mauzac\u00a0<sup>18<\/sup>. Le pic est atteint le 26 f\u00e9vrier 1948, avec une population de 547 d\u00e9tenues. Le 5 novembre 1948, en raison de la dissolution du centre p\u00e9nitentiaire de Jargeau (Loiret), 122 femmes sont repli\u00e9es sur Mauzac. Le 2 f\u00e9vrier 1949 a lieu le dernier transfert significatif. Il s\u2019agit d\u2019un groupe de 79 femmes issues de la prison de La Sant\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">L\u2019examen d\u2019un premier registre de 678 d\u00e9tenues nous renseigne pr\u00e9cis\u00e9ment sur les motifs d\u2019internement des femmes se trouvant \u00e0 Mauzac : <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Atteinte \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat : 31,8\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Trahison : 29,8\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Intelligence avec l\u2019ennemi, une puissance \u00e9trang\u00e8re ou l\u2019Allemagne : 26,8\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Relations, commerce avec l\u2019ennemi et faits de collaboration : 4,0\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Actes de nature \u00e0 exposer des Fran\u00e7ais \u00e0 subir des repr\u00e9sailles : 2,5\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 D\u00e9nonciation : 2,1\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Espionnage : 1,8\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Activit\u00e9 de nature \u00e0 nuire \u00e0 la d\u00e9fense nationale et port d\u2019arme contre la France : 0,9\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Recel de pillage : 0,3\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Ce m\u00eame registre permet d\u2019\u00e9tablir le tableau des peines suivant : <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Condamnations \u00e0 mort : 10,33\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 : 14,31\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 20 ans : 17,70\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 15 ans : 9,88\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 12 ans : 0,44\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 10 ans : 19,32\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 9 ans : 0,15\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 8 ans : 1,92\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 7 ans : 1,77\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 6 ans : 0,15\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 5 ans : 10,91\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 : 0,59\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 20 ans : 0,88\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 15 ans : 0,44\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 10 ans : 4,13\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 8 ans : 0,88\u00a0% <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 7 ans : 0,44\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 5 ans : 5,76\u00a0%<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">L\u2019\u00e9tude des cent premiers num\u00e9ros d\u2019\u00e9crou nous donne une fourchette d\u2019\u00e2ges allant de 19 \u00e0 67 ans, avec une moyenne de 43 ans. 50\u00a0% de cette population est \u00e2g\u00e9e de 19 \u00e0 40 ans (58\u00a0% a moins de 25 ans), 46\u00a0% a de 41 \u00e0 60 ans et 4\u00a0% a plus de 60 ans.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le 15 f\u00e9vrier 1951, le camp Sud est enti\u00e8rement vid\u00e9\u00a0: les 334 derni\u00e8res d\u00e9tenues \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb encore pr\u00e9sentes \u00e0 Mauzac sont transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 la maison centrale de Rennes, entra\u00eenant ainsi la fermeture d\u00e9finitive de la prison pour femmes de Mauzac.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #333399;\">Plus de soixante ans apr\u00e8s, parler d\u2019\u00c9puration reste sensible. <\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">En conclusion, je citerai Pierre Laborie, qui r\u00e9sume parfaitement l\u2019esprit de mon propos\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #333399;\">\u00ab\u00a0<em>Loin de justifier ou de condamner, c&rsquo;est d&rsquo;abord de comprendre dont il s&rsquo;agit ; c&rsquo;est, avant de se risquer \u00e0 dire<\/em> pourquoi, <em>chercher \u00e0 savoir<\/em> comment <em>les choses se sont pass\u00e9es.\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Helvetica; color: black;\">\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 12pt;\">Jacky Tronel<\/span><\/h3>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: 10pt; color: black;\">chercheur associ\u00e9 au projet \u00ab\u00a0Prison militaire du Cherche-Midi\u00a0\u00bb \u00e0 la Fondation Maison des Sciences de l\u2019Homme, Paris, membre du comit\u00e9 scientifique de la revue \u00ab\u00a0Histoire p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb, <\/span><\/em><em><span style=\"font-size: 10pt; color: #333333;\">coordinateur de r\u00e9daction de la revue d\u2019Histoire <strong>Arkheia <\/strong>(dossier sp\u00e9cial\u00a0:<strong> Les tondues de 1944 \u2013 L\u2019\u00e9puration et les femmes en Dordogne<\/strong>, mars 2006).<\/span><\/em><\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9puration en Dordogne et les femmes tondues Quand Jean-Jacques Delorme m\u2019a contact\u00e9 et m\u2019a demand\u00e9 de participer \u00e0 ce colloque, je lui ai tout de suite pr\u00e9cis\u00e9 que je ne suis pas un sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00c9puration, des femmes tondues et des enfants de la Guerre. 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Mais il a insist\u00e9\u2026 et je me suis laiss\u00e9 convaincre\u00a0! En fait, mes travaux portent sur l\u2019Histoire p\u00e9nitentiaire et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur la prison militaire de Paris repli\u00e9e \u00e0 Mauzac, en Dordogne. C\u2019est en lien avec cette prison sous Vichy, devenue prison de l\u2019\u00c9puration d\u00e8s le mois de juin 1944, que je me suis int\u00e9ress\u00e9 aux femmes tondues \u00e0 la lib\u00e9ration, au point d\u2019y consacrer un dossier dans la revue d\u2019histoire <strong><em>Arkheia<\/em><\/strong>.<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\" style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong><span style=\"font-size: 14pt; color: purple;\">L\u2019\u00e9puration en Dordogne et les femmes tondues<\/span> <\/strong><span style=\"color: #333333;\">s\u2019articule en trois parties\u00a0:<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">1. <\/span><span style=\"color: #333333;\">L\u2019\u00e9puration extra-judiciaire, dite \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb\u00a0: contexte\u2026 tontes spontan\u00e9es ou planifi\u00e9es\u00a0?<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">2. <\/span><span style=\"color: #333333;\">L\u2019\u00e9puration judiciaire ou \u00ab\u00a0l\u00e9gale\u00a0\u00bb\u00a0: la mise en place des CDL et des cours de justice\u2026<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">3. <\/span><span style=\"color: #333333;\">L\u2019internement des femmes\u00a0: regard sur les prisons de l\u2019\u00e9puration en Dordogne.<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><strong><em><span style=\"font-size: 14pt; color: purple;\">1. L\u2019\u00e9puration extra-judiciaire\u00a0dite \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb\u00a0: le contexte et les faits<\/span><\/em><\/strong><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">\u00c9voquer la violence des ch\u00e2timents inflig\u00e9s aux femmes suppos\u00e9es coupables de collaboration participe au travail de m\u00e9moire. Toutefois, pour bien appr\u00e9hender la p\u00e9riode, il est n\u00e9cessaire de replacer les \u00e9v\u00e9nements dont on parle dans leur contexte, non pour justifier et l\u00e9gitimer, bien \u00e9videmment, mais pour tenter de comprendre, tout simplement. La Dordogne est un d\u00e9partement qui a \u00e9norm\u00e9ment souffert de l\u2019occupation allemande, plus particuli\u00e8rement \u00e0 partir de mars 1944, avec les crimes de la division \u00ab\u00a0Brehmer\u00a0\u00bb qui avait pour mission de traquer les r\u00e9sistants et les Juifs, puis, au d\u00e9but du mois de juin 1944, avec le passage de la division SS \u00ab\u00a0Das Reich\u00a0\u00bb, qui s\u2019illustra \u00e0 Tulle puis \u00e0 Oradour-sur-Glane. Les exactions de la <em>Hilfspolizei <\/em>(police suppl\u00e9tive), plus connue sous le nom de <em>Brigade Nord-Africaine<\/em> ou <em>Phalange nord-africaine<\/em> ont \u00e9t\u00e9 terribles\u00a0: pillages, tortures, assassinats\u2026 Cela dit, nous pouvons \u00e9tablir une relation de causes \u00e0 effets ind\u00e9niable\u00a0: si les actions \u00e9puratoires de 1944 ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8res en Dordogne, elles l\u2019ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la mesure des crimes perp\u00e9tr\u00e9s par les nazis et leurs suppl\u00e9tifs. <\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">Prenons l\u2019exemple de Mussidan \u2013 2.500 habitants environ avant Guerre \u2013 chef-lieu de canton situ\u00e9 au nord-ouest de Bergerac. L\u2019une de ses habitantes, <\/span><strong><span style=\"color: #333399;\">Ren\u00e9e Guimberteau<\/span><\/strong><span style=\"color: #333333;\">, relate dans son journal, pratiquement au jour le jour, les \u00e9v\u00e9nements tels qu\u2019elle les a v\u00e9cus. En voici quelques extraits\u00a0:<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">16 janvier 1944\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Il y a eu une rafle ce matin, 35 personnes ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9es. \u00c7a va mal.\u00a0\u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">27 mars\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Hier il y a eu une grosse rafle o\u00f9 420 hommes ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s. Tous les bois de la Double br\u00fblent depuis hier. C\u2019est horrible.\u00a0\u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">11 avril\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0L\u2019usine <strong><em>Bois et Fer<\/em><\/strong> a \u00e9t\u00e9 rafl\u00e9e ce matin. Une grande partie des ouvriers est partie pour l\u2019Allemagne.\u00a0\u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">12 juin\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Le maquis a attaqu\u00e9 un train blind\u00e9 allemand qui partait pour le front (\u2026) La bataille a \u00e9t\u00e9 dure, jusque dans les rues de la ville (\u2026) Le maquis a d\u00fb se retirer apr\u00e8s 6 h. de combat acharn\u00e9. [Aussit\u00f4t apr\u00e8s, les Allemands ont rafl\u00e9 environ 350 hommes. 52 otages ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s puis fusill\u00e9s. Parmi eux, deux gar\u00e7ons de 16 ans]. Les boches, avec leur cruaut\u00e9 coutumi\u00e8re, les ont l\u00e2chement d\u00e9figur\u00e9s et pi\u00e9tin\u00e9s avant de les assassiner.\u00a0\u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">10 ao\u00fbt\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Les boches ont chass\u00e9 le maquis dans toute la r\u00e9gion (\u2026) \u00c0 St-Junien, ils ont assassin\u00e9 tous les hommes du bourg, 18 environ. Ils ont br\u00fbl\u00e9 des maisons qui avaient h\u00e9berg\u00e9 des maquis, \u201cdes terroristes\u201d comme ils disent (\u2026) \u00c0 certains terroristes qu\u2019ils ont pris avant de les massacrer, ils leur ont arrach\u00e9 la langue, les yeux et couper les oreilles. C\u2019est une terreur sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire. Mais nous sommes gonfl\u00e9s de vengeance et elle approche.\u00a0\u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">22 ao\u00fbt\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Quelle f\u00eate aujourd\u2019hui. Toute la population de Mussidan et des environs, d\u00e9cor\u00e9e de cocardes et de rubans tricolores, a acclam\u00e9 l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise de R\u00e9sistance. On a d\u00e9fil\u00e9 dans toutes les rues, drapeaux en t\u00eate, et au chant de la Marseillaise (\u2026) Dans la soir\u00e9e, l\u2019enl\u00e8vement des collaborateurs a eu lieu. Malheureusement il pleuvait \u00e0 torrents et nous n\u2019avons pas pu les voir.\u00a0\u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">24 ao\u00fbt\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui la f\u00eate bat son plein. Un grand d\u00e9fil\u00e9 a eu lieu au cimeti\u00e8re o\u00f9 des gerbes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es sur les tombes des fusill\u00e9s du 11 juin (\u2026) La promenade des collaboratrices n\u2019a pas eu lieu car la foule les aurait esquint\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: #333333;\">2 septembre 1944\u00a0: <\/span><span style=\"color: navy;\">\u00ab\u00a0Ce matin on a bien ri. Les F.F.I. ont tondu sur la place des collaboratrices (\u2026) Il y avait un monde fou. On les a promen\u00e9es dans toutes les rues puis ramen\u00e9es en prison.\u00a0\u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: black;\">L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce t\u00e9moignage r\u00e9side d\u2019abord dans le fait qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9, \u00ab\u00a0\u00e0 chaud\u00a0\u00bb, par une femme, et qu\u2019il rend compte de la mont\u00e9e des tensions. Le r\u00e9cit chronologique des \u00e9v\u00e9nements traduit bien la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une p\u00e9riode \u00ab\u00a0extra-ordinaire\u00a0\u00bb. On constate \u00e9galement que la r\u00e9pression sauvage, c\u00f4t\u00e9 allemand, vient en r\u00e9action aux actions de gu\u00e9rilla des maquis. Les exactions inqualifiables dont les nazis et leurs suppl\u00e9tifs se rendent coupables alimentent une haine grandissante du \u00ab\u00a0boche\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab <\/span><span style=\"color: navy;\">Nous sommes gonfl\u00e9s de vengeance et elle approche<\/span><span style=\"color: black;\"> \u00bb\u2026 La tension accumul\u00e9e se lib\u00e8re et se d\u00e9cha\u00eene \u00e0 la fin du mois d\u2019ao\u00fbt, une fois le d\u00e9partement lib\u00e9r\u00e9 de ses occupants.<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: black;\">La question est maintenant de savoir si les manifestations de liesse populaire, qui int\u00e8grent les c\u00e9r\u00e9monies de tontes publiques, sont le fruit d\u2019un mouvement populaire, spontan\u00e9 ou non\u2026<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\"><span style=\"color: black;\">La presse de l\u2019\u00e9poque rec\u00e8le quantit\u00e9 de t\u00e9moignages nous renseignant sur l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit qui r\u00e9gnait parmi la population lib\u00e9r\u00e9e, mais \u00e9galement sur les partis politiques qui se partageaient alors le pouvoir.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: black;\">Voies Nouvelles<\/span><\/em><span style=\"color: black;\">, \u00e9dition du 7-8 septembre 1944\u00a0: <\/span><em><span style=\"color: navy;\">\u00ab<\/span><\/em><span style=\"color: navy;\"> C\u2019est f\u00eate ces jours-ci pour le badaud peuple de P\u00e9rigueux. Et d\u00e9fil\u00e9s ! Et fanfares ! On reprend le go\u00fbt de sourire apr\u00e8s avoir tant serrer les poings et froncer le sourcil. Les P\u00e9rigourdins furent bien \u00e9baubis l\u2019autre soir au passage d\u2019un singulier cort\u00e8ge. Un \u00eatre \u00e9trange, bizarrement humain, menait la danse. \u00c0 force d\u2019\u00e9carquiller les yeux, on reconnut des formes f\u00e9minines et sous un cr\u00e2ne en boule d\u2019ivoire marqu\u00e9 de peinture infamante, des yeux torves, une bouche baveuse : la hideur d\u2019un d\u00e9chet. \u2018C\u2019est la femme aux bicots\u00a0!\u2019 expliquaient les gosses au passage. Il n\u2019y avait pas un regard de piti\u00e9 pour elle (\u2026) Et l\u2019on pouvait songer aux d\u00e9fil\u00e9s semblables qu\u2019avaient vus les m\u00eames rues au Moyen-\u00e2ge \u00e0 une \u00e9poque ardente et bonne enfant o\u00f9 l\u2019on promenait les adult\u00e8res nues, autour de la ville, juch\u00e9es \u00e0 rebours sur un \u00e2ne. <\/span><em> <span style=\"color: black;\">Voies Nouvelles<\/span><\/em><span style=\"color: black;\">, \u00e9dition du 7-8 septembre 1944. <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Les tontes de la Lib\u00e9ration n\u2019ont pas \u00e9pargn\u00e9 les hommes. \u00c0 Bergerac, une m\u00e8re et son fils font les frais de la coupe \u00e0 la mode, baptis\u00e9e \u00ab\u00a0coupe 44\u00a0\u00bb. Dans l\u2019\u00e9dition de <em>France Libre<\/em> du 8 septembre 1944, sous le titre \u00ab\u00a0<em>Un ch\u00e2timent<\/em> \u00bb, on peut lire : \u00ab\u00a0<em>Samedi dernier, un camion a ramen\u00e9, tondus, une m\u00e8che grotesque bouffant sur le sommet du cr\u00e2ne, la croix gamm\u00e9e tatou\u00e9e sur le front, la patronne de \u201c\u00a0La Civette\u00a0\u201d et son fils. Sur leur masque bl\u00eame, ce n\u2019\u00e9tait plus le vice triomphant qui s\u2019\u00e9talait mais l\u2019ignominie du ch\u00e2timent. Nous n\u2019apprendrons pas aux Bergeracois qui \u00e9taient cet homme et cette femme, ni ce qu\u2019ils ont fait pendant la guerre. Le scandale qu\u2019ils ont d\u00e9cha\u00een\u00e9 sous l\u2019occupation \u00e9tait si grand qu\u2019il criait vengeance. Les faire marcher au pas de l\u2019oie avec de tels stigmates, sous les hu\u00e9es de la foule, \u00e9tait un commencement de punition m\u00e9rit\u00e9e. Quand le crime a \u00e9t\u00e9 public, la r\u00e9paration doit aussi \u00eatre publique<\/em> \u00bb. <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Dans <strong><em>1944 en Dordogne<\/em><\/strong> (\u00e9ditions Pilote 24, P\u00e9rigueux, 1993), Jacques Lagrange voit dans \u00ab\u00a0<em>l\u2019acharnement que certains mettent \u00e0 poursuivre les belles de P\u00e9rigueux, de Bergerac et de Sarlat<\/em> \u00bb la preuve que \u00ab\u00a0<em>ce mouvement est essentiellement populaire. Avec ce qu\u2019il a de spontan\u00e9, de sauvage, de cruel, il n\u2019\u00e9chappe pas au cort\u00e8ge des faits divers accompagnant toute r\u00e9volution.<\/em> \u00bb Or, si l\u2019on en croit les documents d\u2019archives consult\u00e9s ainsi que les entretiens r\u00e9alis\u00e9s, il appara\u00eet nettement que l\u2019\u00c9puration a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fl\u00e9chie, organis\u00e9e, planifi\u00e9e. Parfois, ces \u00ab\u00a0ex\u00e9cutions capillaires\u00a0\u00bb (tontes publiques) sont ordonn\u00e9es sur d\u00e9cisions de petits chefs de maquis locaux. Pareille mesure touche L\u00e9onie B., Solange T., Jeanine L. et Jeanine D. (17 ans), les 12, 13 et 23 septembre 1944. Dans leurs dossiers respectifs, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du \u00ab\u00a0jugement\u00a0\u00bb appara\u00eet en toutes lettres : \u00ab\u00a0<em>\u00c0 tondre<\/em> \u00bb. Plus de trois mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration de la Dordogne, le 6 d\u00e9cembre 1944, le lieutenant Jean M\u00e9thou, officier du BSM, ordonne la tonte publique de Rose S., couturi\u00e8re, \u00ab\u00a0<em>prostitu\u00e9e d\u2019habitude<\/em> \u00bb. La sentence est finalement ex\u00e9cut\u00e9e \u00e0 la prison de Bergerac.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">En d\u00e9pit de quelques d\u00e9bordements dont on ne peut nier qu\u2019ils sont le fait d\u2019actions populaires spontan\u00e9es, l\u2019\u00c9puration a, le plus souvent, \u00e9t\u00e9 mise en place, pour ne pas dire mise en sc\u00e8ne. C\u2019est le cas des tontes de \u00ab\u00a0collaboratrices\u00a0\u00bb qui ont lieu \u00e0 Bergerac sur les marches du palais de Justice. Le choix du lieu n\u2019est pas innocent. Sous le porche d\u2019un tribunal o\u00f9 justice est rendue, des femmes soup\u00e7onn\u00e9es de s\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0compromises avec les Boches\u00a0\u00bb sont ch\u00e2ti\u00e9es, publiquement. Les marches les plus hautes font office de podium, et du haut de cette estrade improvis\u00e9e, officient les \u00ab\u00a0coiffeurs\u00a0\u00bb en blouse blanche. Ils pr\u00e9sident \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie qualifi\u00e9e par Alain Brossat de \u00ab\u00a0<em>carnaval moche<\/em> \u00bb. Le rituel public de la tonte, \u00e9crit-il, est \u00ab\u00a0<em>une f\u00eate, un jeu, une exhibition, une c\u00e9r\u00e9monie<\/em> (\u2026) <em>Pour souligner qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un jeu, d\u2019un \u201c\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u201d, le marquage, \u00e9bauche de d\u00e9guisement, joue un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la c\u00e9r\u00e9monie des tontes ; le \u201c\u00a0degr\u00e9 z\u00e9ro\u00a0\u201d du travestissement, c\u2019est la croix gamm\u00e9e que l\u2019on trace \u00e0 la peinture, au goudron, que l\u2019on \u201c\u00a0sculpte\u00a0\u201d avec des ciseaux sur le cr\u00e2ne, que l\u2019on dessine sur le visage, les seins, les fesses, voire le corps entier de la tondue.<\/em> \u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Les partis politiques encouragent la chasse aux collabos, g\u00e9n\u00e9ralement suivie du spectacle des tontes publiques. Le mercredi 29 ao\u00fbt, 3 000 personnes assistent \u00e0 un rassemblement qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0<em>premier meeting populaire du Front National <\/em>\u00bb, place de la R\u00e9publique, \u00e0 Bergerac. Les orateurs se succ\u00e8dent et en cl\u00f4ture s\u2019exprime le repr\u00e9sentant des FTPF, Yves P\u00e9ron, <em>alias<\/em> Caillou, ancien prisonnier politique intern\u00e9 \u00e0 Gurs, Mauzac et Nontron, futur d\u00e9put\u00e9 communiste de la Dordogne. Il demande que \u00ab\u00a0<em>justice soit faite contre les tra\u00eetres, les tortionnaires de nos patriotes emprisonn\u00e9s <\/em>\u00bb et d\u00e9clare : \u00ab\u00a0<em>Tous les complices des boches doivent \u00eatre ch\u00e2ti\u00e9s et le ch\u00e2timent c\u2019est la mort<\/em> \u00bb. L\u2019assistance, enthousiaste, \u00ab\u00a0<em>applaudit fr\u00e9n\u00e9tiquement<\/em> \u00bb. Dans cette m\u00eame \u00e9dition du 2 septembre 1944, sous le titre \u00ab\u00a0<em>Sus aux tra\u00eetres\u00a0!<\/em> \u00bb, le journal <em>Bergerac Libre<\/em> rapporte qu\u2019en Bergeracois les 155 premi\u00e8res arrestations sont loin d\u2019\u00eatre d\u00e9finitives\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les enqu\u00eates et interrogatoires se poursuivent activement. Les femmes ayant eu des relations avec les boches ont \u00e9t\u00e9 tondues. D\u2019autres suivront bient\u00f4t. Avec le concours de la population, nous esp\u00e9rons arriver bient\u00f4t \u00e0 assainir notre ville.<\/em> \u00bb Le journal communiste reconna\u00eet que \u00ab\u00a0<em>des omissions ou des erreurs ont pu \u00eatre commises<\/em> \u00bb lors de la confection des listes de suspects et la constitution des dossiers. C\u2019est donc \u00ab\u00a0<em>pour rem\u00e9dier aux unes et aux autres que nous prions le public de nous faire conna\u00eetre le nom des personnes ayant eu une attitude antifran\u00e7aise, appuy\u00e9 de faits pr\u00e9cis<\/em> \u00bb. L\u2019appel \u00e0 d\u00e9lation est on ne peut plus clair.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le journal <em>Les Voies Nouvelles<\/em> du 19 septembre 1944 reconna\u00eet bien \u00ab\u00a0<em>quelques exc\u00e8s<\/em> \u00bb, mais qu\u2019il ne faut \u00ab\u00a0<em>ni grossir, ni exag\u00e9rer<\/em> \u00bb, s\u2019empresse d\u2019ajouter l\u2019auteur de l\u2019article. \u00ab\u00a0<em>Oui, les r\u00e9actions du peuple sont rudes, mais saines. Oui, des gens ont \u00e9t\u00e9 hu\u00e9s et malmen\u00e9s dans les rues, mais c\u2019\u00e9taient des tra\u00eetres. Oui, il a pu y avoir des erreurs, mais elles ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9par\u00e9es. N\u2019oublions pas que les exc\u00e8s possibles ont \u00e9t\u00e9 la r\u00e9action spontan\u00e9e et au grand jour d\u2019un peuple trop longtemps opprim\u00e9, affam\u00e9, trahi. Ses d\u00e9bordements ont des excuses. Voyons-y un sursaut de vitalit\u00e9 et de justice, un r\u00e9veil de patriotisme.<\/em> \u00bb<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">La presse gaulliste semble, quant \u00e0 elle, plus mesur\u00e9e, \u00e0 l\u2019exemple de l\u2019hebdomadaire <em>Combat r\u00e9publicain<\/em> du 17 septembre 1944, qui, sous le titre \u00ab\u00a0<em>Justice et humanit\u00e9<\/em> \u00bb, invite les magistrats \u00e0 juger avec justice, s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 mais humanit\u00e9. Il rappelle que \u00ab\u00a0<em>le moindre doute doit \u00eatre favorable \u00e0 l\u2019accus\u00e9 dont la d\u00e9fense doit \u00eatre assur\u00e9e comme il convient dans une R\u00e9publique qui est la gloire du monde civilis\u00e9, la R\u00e9publique des droits de l\u2019homme et du citoyen. Ne vaut-il pas mieux absoudre un coupable que de fusiller un innocent\u00a0!<\/em> \u00bb Les propos invitent \u00e0 l\u2019apaisement. Excessivement rare dans le contexte d\u2019une \u00e9puration que l\u2019on peut encore qualifi\u00e9e de \u00absauvage\u00bb, ce discours d\u00e9cal\u00e9 m\u00e9rite d\u2019\u00eatre signal\u00e9.<\/span><\/p><h1><em><span style=\"font-size: 14pt; color: purple;\">2. L\u2019\u00e9puration l\u00e9gale ou judiciaire\u00a0: mise en place des CDL et des cours de justice<\/span><\/em><\/h1><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">En novembre 1943, l\u2019Assembl\u00e9e consultative d\u2019Alger met en place les dispositions principales de l\u2019\u00e9puration administrative, politique, puis celles visant la collaboration \u00e9conomique. Le 15 mars 1944, le Conseil national de la R\u00e9sistance (CNR) met sur pied un programme qui pr\u00e9voit la cr\u00e9ation de Comit\u00e9s d\u00e9partementaux de lib\u00e9ration (CDL). Dans un document du 23 mars 1944, le CNR d\u00e9finit les statuts des CDL. L\u2019article 5 stipule notamment que \u00ab\u00a0<em>pour faciliter la t\u00e2che des futurs pouvoirs publics<\/em> \u00bb, seront pr\u00e9par\u00e9es \u00ab\u00a0<em>les mesures imm\u00e9diates d\u2019\u00e9puration et de neutralisation des tra\u00eetres<\/em> \u00bb. Le jour venu, les consignes sont appliqu\u00e9es\u2026 plut\u00f4t deux fois qu\u2019une\u00a0!<\/span><\/p><p class=\"MsoBodyText\">Les semaines qui pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019installation des cours de justice sont des p\u00e9riodes de grande confusion, de non-droit. Conscient de la situation, le pr\u00e9fet tente de reprendre les choses en main. Le 24 ao\u00fbt 1944, il ordonne que ne soit proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 aucune arrestation qu\u2019il n\u2019ait lui-m\u00eame command\u00e9e et pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0<em>seules les cours martiales ont qualit\u00e9 pour prononcer la peine de mort. Il sera donc renonc\u00e9 absolument \u00e0 toute ex\u00e9cution sommaire ou sans jugement.<\/em> \u00bb La cour martiale FFI est officiellement cr\u00e9\u00e9e par arr\u00eat\u00e9 du commissaire de la R\u00e9publique de la r\u00e9gion de Limoges, le 5 septembre 1944. Elle fonctionne \u00e0 P\u00e9rigueux jusqu\u2019au 20 octobre 1944. En 23 sessions de la cour martiale comparaissent 172 personnes : 33 condamnations \u00e0 mort sont prononc\u00e9es dont 32 sont suivies d\u2019ex\u00e9cution imm\u00e9diate (30 hommes et 2 femmes), 48 condamnations aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 ou \u00e0 temps (29 hommes et 19 femmes), 28 peines de prison (allant de 2 mois \u00e0 10 ans), 42 renvois devant d\u2019autres cours de justice et pour compl\u00e9ment d\u2019enqu\u00eate, 17 acquittements avec mise en libert\u00e9 imm\u00e9diate, et enfin, 5 sont \u00ab\u00a0<em>confi\u00e9s \u00e0 une Maison de r\u00e9\u00e9ducation <\/em>\u00bb. Pour 64\u00a0% des condamn\u00e9s \u00e0 mort, la nature des faits reproch\u00e9s touche \u00e0 la collaboration militaire (appartenance \u00e0 la Milice, \u00e0 la LVF, aux <em>Waffen SS<\/em>), 30\u00a0% \u00e0 la collaboration politique (appartenance \u00e0 des organismes de collaboration) et 4\u00a0% \u00e0 la collaboration \u00e9conomique (commerce de toute nature avec l\u2019ennemi).<\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le 27 octobre 1944, succ\u00e9dant \u00e0 la cour martiale, un nouveau tribunal militaire est install\u00e9 \u00e0 P\u00e9rigueux. Le 2 novembre, un \u00e9tat num\u00e9rique des arrestations \u00ab\u00a0<em>depuis la Lib\u00e9ration jusqu\u2019au 31 octobre 1944 <\/em>\u00bb recense 1248 arrestations, dont les suites se r\u00e9partissent ainsi\u00a0: 669 dossiers en cours d\u2019\u00e9tude, 252 relaxes, 172 non-lieux, 123 peines diverses et 32 condamnations \u00e0 mort. <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le 6 novembre 1944, une juridiction civile, la cour de justice, est mise en place \u00e0 P\u00e9rigueux. Elle tient 119 audiences entre le 13 novembre 1944 et le 4 ao\u00fbt 1945. Dans son discours de cl\u00f4ture, le pr\u00e9sident Boissarie dresse le bilan suivant : la Cour de justice a eu \u00e0 examiner 851 dossiers et a statu\u00e9 sur 731 affaires. 123 peines de mort ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es (dont 81 par contumace) et 12 des condamnations \u00e0 mort ont \u00e9t\u00e9 suivies d\u2019ex\u00e9cution : 6 pour appartenance \u00e0 la L\u00e9gion nord-africaine, 6 pour meurtres et pillages, 3 pour participation \u00e0 des op\u00e9rations contre le maquis, 2 pour d\u00e9nonciations et le dernier, Paul Lapuyade, parce que responsable d\u00e9partemental de la LVF. Les autres condamnations se r\u00e9partissent de la fa\u00e7on suivante\u00a0: 444 peines d\u2019indignit\u00e9 nationale, 249 confiscations des biens, 140 emprisonnements, 120 acquittements, 78 condamnations aux travaux forc\u00e9s, 18 amendes et 16 peines de r\u00e9clusion. <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Parall\u00e8lement \u00e0 la cour de justice, une chambre civique si\u00e8ge, du 28 novembre 1944 au 30 juillet 1945. \u00ab\u00a0<em>Cette Chambre est appel\u00e9e \u00e0 conna\u00eetre des agissements criminels de collaborateurs de l\u2019ennemi qui n\u2019ont pas toujours rev\u00eatu l\u2019aspect de faits individuels caract\u00e9ris\u00e9s, susceptibles de recevoir une qualification pr\u00e9cise<\/em> \u00bb peut-on lire dans <em>Les Voies Nouvelles<\/em> du 19 novembre 1944. Les principales affaires jug\u00e9es concernent des faits de collaboration politique et de collaboration \u00e9conomique. Les femmes sont les plus nombreuses \u00e0 compara\u00eetre (59\u00a0%). Au terme des 66 audiences, 176 personnes ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es \u00e0 l\u2019indignit\u00e9 nationale, punies de la d\u00e9gradation nationale, accompagn\u00e9e parfois de la confiscation partielle ou totale des biens, tandis que 71 ont \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9es. Force est de reconna\u00eetre que, toutes cours de justice et sexes confondus, les femmes n\u2019ont pas vraiment b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la mansu\u00e9tude des juges et des jur\u00e9s. Si les peines exemplaires qui leur ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9es ont sans doute contribu\u00e9 \u00e0 donner bonne conscience \u00e0 leurs \u00e9purateurs, les tontes publiques qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es ont, quant \u00e0 elles, rempli la fonction de catharsis. Vou\u00e9es \u00e0 la vindicte publique et humili\u00e9es, ces femmes n\u2019ont souvent rien compris du d\u00e9ferlement de violence dont elles ont fait l\u2019objet.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Puis une commission d\u2019\u00c9puration d\u00e9partementale est form\u00e9e qui, par voie d\u2019affiches et de presse, sollicite la collaboration du public. Elle conjure le citoyen de faire \u00ab\u00a0<em>\u0153uvre civique<\/em> \u00bb. Le quotidien bergeracois <em>France libre<\/em> du 26 septembre 1944 donne de la voix\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Allons messieurs, allons mesdames, un peu de courage! Il faut punir tous ceux qui ont trahi leur patrie. C\u2019est le moment de faire justice. Si vous attendez, il sera trop tard. Ayez donc le courage de signaler par \u00e9crit en signant lisiblement et en indiquant votre adresse, tous les faits de tractation avec l\u2019ennemi<\/em> (\u2026) <em>Tous ceux qui ont des renseignements int\u00e9ressants concernant des coupables et qui ne les communiquent pas \u00e0 la commission d\u2019\u00e9puration commettent une mauvaise action. Par peur des responsabilit\u00e9s, par \u00e9go\u00efsme, par l\u00e2chet\u00e9, ils emp\u00eachent la Justice de faire son \u0153uvre. Ce sont de mauvais Fran\u00e7ais<\/em> \u00bb. <\/span><\/p><h1><em><span style=\"font-size: 14pt; color: purple;\">3. L\u2019internement des femmes\u00a0: regard sur les prisons de l\u2019\u00e9puration en Dordogne <\/span><\/em><\/h1><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Les principaux lieux de d\u00e9tention des prisonniers frapp\u00e9s d\u2019\u00e9puration se trouvent, pour la partie nord du d\u00e9partement, \u00e0 P\u00e9rigueux\u00a0: caserne du 35<sup>e<\/sup> RAD (R\u00e9giment d\u2019artillerie divisionnaire) et maison d\u2019arr\u00eat Beleyme ; pour la partie sud, \u00e0 Mauzac\u00a0: camps p\u00e9nitentiaires (Nord et Sud), situ\u00e9s \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019Est de Bergerac. Le 18 mai 1946, ces derniers enregistrent un pic de 1 740 d\u00e9tenus. Du 1<sup>er<\/sup> novembre 1940 au 2 mai 1945, le camp Nord a le statut de prison militaire, puis de centre p\u00e9nitentiaire, apr\u00e8s cette date. Du 22 octobre 1947 au 15 f\u00e9vrier 1951, le camp Sud fonctionne en tant que prison pour femmes. Aujourd\u2019hui, c\u2019est un centre de d\u00e9tention pour d\u00e9tenus en fin de peine.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u00c0 partir du 9 juin, les maquis de la r\u00e9gion de Bergerac conduisent au camp de Mauzac leurs prisonniers. Dans un rapport du 29 juin 1944, il est signal\u00e9 l\u2019incarc\u00e9ration \u00ab\u00a0<em>par ordre du Maquis<\/em> (\u2026) <em>de 229 d\u00e9tenus dont 48 femmes <\/em> \u00bb (21\u00a0%). L\u2019arrestation d\u2019un certain nombre d\u2019entre elles est li\u00e9e \u00e0 celle d\u2019un proche \u2013 conjoint, fils ou fr\u00e8re \u2013 parce qu\u2019\u00ab\u00a0<em>adh\u00e9rent \u00e0 un organisme de collaboration <\/em>\u00bb. Parmi les principaux, citons la L\u00e9gion fran\u00e7aise des combattants (LFC), le Service d\u2019ordre l\u00e9gionnaire (SOL), la L\u00e9gion des volontaires fran\u00e7ais contre le bolchevisme (LVF), le Parti populaire fran\u00e7ais (PPF) et la Milice.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 1944, les conditions de d\u00e9tention des personnes arr\u00eat\u00e9es et d\u00e9tenues \u00e0 P\u00e9rigueux \u2013\u00a0caserne du 35<sup>e<\/sup> RAD (R\u00e9giment d\u2019artillerie divisionnaire) et maison d\u2019arr\u00eat Beleyme \u2013 soul\u00e8vent ici et l\u00e0 des commentaires indign\u00e9s. Le 26 ao\u00fbt, Louis Feyfant, maire de P\u00e9rigueux, rencontre Maxime Roux, pr\u00e9fet de la Dordogne. Sur la question de l\u2019internement des \u00ab\u00a0collabos\u00a0\u00bb \u00e0 P\u00e9rigueux, le maire d\u00e9gage sa responsabilit\u00e9. Il exprime sa r\u00e9probation et pose un ultimatum : soit la situation change dans les 48 heures, soit il d\u00e9missionne sur le champ. Le pr\u00e9fet reconna\u00eet que \u00ab\u00a0<em>dans la p\u00e9riode insurrectionnelle pr\u00e9sente<\/em> \u00bb, des cas lui ont \u00e9t\u00e9 soumis d\u2019ex\u00e9cutions sommaires et d\u2019arrestations arbitraires. Il s\u2019en ouvre dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0<em>direction FFI<\/em> \u00bb. Roux \u00e9voque \u00ab\u00a0<em>les s\u00e9vices corporels<\/em> \u00bb que subiraient les prisonniers au 35<sup>e<\/sup>, \u00ab\u00a0<em>des simulacres d\u2019ex\u00e9cutions<\/em> (\u2026) <em>le suicide d\u2019une d\u00e9tenue<\/em> \u00bb. En fait de \u00ab\u00a0<em>suicide<\/em> \u00bb, il s\u2019agit d\u2019une femme qui se serait pr\u00e9cipit\u00e9e par la fen\u00eatre d\u2019un des \u00e9tages de la caserne afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 une tentative de viol. Pour marquer sa \u00ab\u00a0<em>volont\u00e9 formelle de faire cesser de tels exc\u00e8s<\/em> \u00bb, le pr\u00e9fet convoque une commission et pr\u00e9voit de visiter les locaux du 35<sup>e<\/sup> d\u2019Artillerie. Cette visite a lieu deux jours plus tard, le lundi 28 ao\u00fbt. La commission est compos\u00e9e du pr\u00e9fet, du maire de P\u00e9rigueux, du chef d\u2019\u00e9tat-major FFI, de deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Comit\u00e9 d\u00e9partemental de Lib\u00e9ration et de deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Comit\u00e9 communal. Dans le compte-rendu qui suit, le pr\u00e9fet rapporte que \u00ab\u00a0<em>la visite a \u00e9t\u00e9 faite avec la plus grande objectivit\u00e9 et n\u2019a donn\u00e9 lieu \u00e0 aucun incident<\/em> (\u2026)<em> L\u2019alimentation n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucune plainte\u2026<\/em> \u00bb. Ce rapport, dont on sait qu\u2019il ne refl\u00e8te pas la r\u00e9alit\u00e9, ne pr\u00e9sente d\u2019int\u00e9r\u00eat que parce qu\u2019il d\u00e9nombre pr\u00e9cis\u00e9ment la population intern\u00e9e : 366 prisonniers, dont 147 femmes (40,16 %) et 73 prisonniers allemands.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">La presse p\u00e9rigourdine se fait l\u2019\u00e9cho des communiqu\u00e9s \u00ab\u00a0ang\u00e9liques\u00a0\u00bb de la pr\u00e9fecture. Le journal <em>Les Voies Nouvelles<\/em> du 2 septembre 1944 titre : \u00ab\u00a0<em>\u00c0 l\u2019ombre des cachots du 35<sup>e<\/sup> \u2013 Interview aux prisonniers<\/em> \u00bb. En introduction il est rappel\u00e9 \u2013 fort justement \u2013 que le 35<sup>e<\/sup> \u00e9tait \u00ab\u00a0<em>il y a quelques jours encore, le lieu de torture des martyrs de la France et de la libert\u00e9. Aujourd\u2019hui, il est transform\u00e9 en prison, pour les hommes et les femmes qui ont pris le parti de l\u2019ennemi et sacrifi\u00e9 la patrie \u00e0 des ambitions personnelles ou int\u00e9ress\u00e9es<\/em> \u00bb. Aux prisonniers \u00ab\u00a0interview\u00e9s\u00a0\u00bb il est demand\u00e9 s\u2019ils sont bien trait\u00e9s depuis leur incarc\u00e9ration : \u00ab\u00a0<em>Ils r\u00e9pondirent tous affirmativement. Les cellules sont propres et la nourriture qui leur est accord\u00e9e est suffisante. Tous ont \u00e9t\u00e9 unanimes \u00e0 le d\u00e9clarer<\/em> (\u2026) <em>Nous avons demand\u00e9 \u00e0 plusieurs d\u2019entre eux s\u2019ils avaient \u00e0 se plaindre. Eux aussi furent unanimes \u00e0 rendre hommage \u00e0 leurs gardiens qui, comme le disait le commandant, ne font que leur devoir de Fran\u00e7ais.<\/em> \u00bb\u00a0 Le chroniqueur des <em>Voie Nouvelles<\/em> admet qu\u2019il a pu y avoir \u00ab\u00a0<em>des incidents<\/em> \u00bb au cours desquels les prisonniers furent maltrait\u00e9s. Mais \u00ab\u00a0<em>le personnel de la caserne ne peut en \u00eatre responsable ; car lors de leur transfert, la foule enfon\u00e7a des barrages de police, pour montrer sa haine envers de tels individus<\/em> (\u2026) <em>Si des exag\u00e9rations se sont produites dans le d\u00e9lire de la Lib\u00e9ration, les esprits quelque peu enfi\u00e9vr\u00e9s de nos compatriotes se sont apais\u00e9s et le peuple p\u00e9rigourdin a retrouv\u00e9 toute sa dignit\u00e9<\/em> \u00bb.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le 22 octobre 1947, 325 femmes arrivent \u00e0 Mauzac, en provenance du camp de Rouill\u00e9, pr\u00e8s de Poitiers. Du 22 octobre 1947 au 15 f\u00e9vrier 1951, 946 femmes sont incarc\u00e9r\u00e9es \u00e0 Mauzac\u00a0<sup>18<\/sup>. Le pic est atteint le 26 f\u00e9vrier 1948, avec une population de 547 d\u00e9tenues. Le 5 novembre 1948, en raison de la dissolution du centre p\u00e9nitentiaire de Jargeau (Loiret), 122 femmes sont repli\u00e9es sur Mauzac. Le 2 f\u00e9vrier 1949 a lieu le dernier transfert significatif. Il s\u2019agit d\u2019un groupe de 79 femmes issues de la prison de La Sant\u00e9.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">L\u2019examen d\u2019un premier registre de 678 d\u00e9tenues nous renseigne pr\u00e9cis\u00e9ment sur les motifs d\u2019internement des femmes se trouvant \u00e0 Mauzac : <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Atteinte \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat : 31,8\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Trahison : 29,8\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Intelligence avec l\u2019ennemi, une puissance \u00e9trang\u00e8re ou l\u2019Allemagne : 26,8\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Relations, commerce avec l\u2019ennemi et faits de collaboration : 4,0\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Actes de nature \u00e0 exposer des Fran\u00e7ais \u00e0 subir des repr\u00e9sailles : 2,5\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 D\u00e9nonciation : 2,1\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Espionnage : 1,8\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Activit\u00e9 de nature \u00e0 nuire \u00e0 la d\u00e9fense nationale et port d\u2019arme contre la France : 0,9\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Recel de pillage : 0,3\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Ce m\u00eame registre permet d\u2019\u00e9tablir le tableau des peines suivant : <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Condamnations \u00e0 mort : 10,33\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 : 14,31\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 20 ans : 17,70\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 15 ans : 9,88\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 12 ans : 0,44\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 10 ans : 19,32\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 9 ans : 0,15\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 8 ans : 1,92\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 7 ans : 1,77\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 6 ans : 0,15\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 Travaux forc\u00e9s \u00e0 5 ans : 10,91\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 : 0,59\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 20 ans : 0,88\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 15 ans : 0,44\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 10 ans : 4,13\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 8 ans : 0,88\u00a0% <\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 7 ans : 0,44\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">\u2013 R\u00e9clusion \u00e0 5 ans : 5,76\u00a0%<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">L\u2019\u00e9tude des cent premiers num\u00e9ros d\u2019\u00e9crou nous donne une fourchette d\u2019\u00e2ges allant de 19 \u00e0 67 ans, avec une moyenne de 43 ans. 50\u00a0% de cette population est \u00e2g\u00e9e de 19 \u00e0 40 ans (58\u00a0% a moins de 25 ans), 46\u00a0% a de 41 \u00e0 60 ans et 4\u00a0% a plus de 60 ans.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">Le 15 f\u00e9vrier 1951, le camp Sud est enti\u00e8rement vid\u00e9\u00a0: les 334 derni\u00e8res d\u00e9tenues \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb encore pr\u00e9sentes \u00e0 Mauzac sont transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 la maison centrale de Rennes, entra\u00eenant ainsi la fermeture d\u00e9finitive de la prison pour femmes de Mauzac.<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #333399;\">Plus de soixante ans apr\u00e8s, parler d\u2019\u00c9puration reste sensible. <\/span><\/strong><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: black;\">En conclusion, je citerai Pierre Laborie, qui r\u00e9sume parfaitement l\u2019esprit de mon propos\u00a0:<\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #333399;\">\u00ab\u00a0<em>Loin de justifier ou de condamner, c'est d'abord de comprendre dont il s'agit ; c'est, avant de se risquer \u00e0 dire<\/em> pourquoi, <em>chercher \u00e0 savoir<\/em> comment <em>les choses se sont pass\u00e9es.\u00bb<\/em><\/span><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Helvetica; color: black;\">\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013<\/span><\/p><h3><span style=\"font-size: 12pt;\">Jacky Tronel<\/span><\/h3><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: 10pt; color: black;\">chercheur associ\u00e9 au projet \u00ab\u00a0Prison militaire du Cherche-Midi\u00a0\u00bb \u00e0 la Fondation Maison des Sciences de l\u2019Homme, Paris, membre du comit\u00e9 scientifique de la revue \u00ab\u00a0Histoire p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb, <\/span><\/em><em><span style=\"font-size: 10pt; color: #333333;\">coordinateur de r\u00e9daction de la revue d\u2019Histoire <strong>Arkheia <\/strong>(dossier sp\u00e9cial\u00a0:<strong> Les tondues de 1944 \u2013 L\u2019\u00e9puration et les femmes en Dordogne<\/strong>, mars 2006).<\/span><\/em><\/p>","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[162,202,163],"tags":[],"class_list":["post-239","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-documents","category-invites","category-temoins"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Les femmes tondues en Dordogne - CSF - HOG<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.coeurssansfrontieres.com\/fr\/documents\/les-femmes-tondues-en-dordogne\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" 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