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rait-d’union


            Elles sont toute douces, pleines d’attention pour moi, très attendrissantes, très aimantes !

Henny, Paula, Liselotte, Erika sont mes tantes, les sœurs de mon père, retrouvées 65 ans après ma naissance.

Elles ignoraient tout de mon existence jusqu’à ce qui fut une véritable intrusion dans leur vie : elles avaient une nièce en France !

Il y eut d’abord une certaine méfiance… bien naturelle ! Mais Franck trouva les arguments, Inge sut convaincre et je pus écrire ma première lettre.

Même dans mes rêves, je n’avais jamais imaginé pareille situation. Depuis ma douzième année, date à laquelle une amie me révéla le secret de ma naissance, j’avais espéré une lettre d’Allemagne. Pendant des années j’ai attendu, imaginant toujours qu’un jour ou l’autre quelqu’un « entendrait » mon besoin de reconnaissance et d’amour. Comment ? Je l’ignorais mais indubitablement ce rêve se réaliserait.

Les rêves demeurent souvent des rêves et j’ai longtemps gommé au fond de moi cet espoir sans, toutefois, l’effacer totalement. Il me fallait bien m’accrocher à quelque chose pour dépasser ce mal-être qui m’empêchait de respirer, parfois. On m’avait menti si longtemps ! Le regard des autres était si pesant ! Je devais prouver tant de choses ! Je me sentais si coupable !

Les années ont passé, mes années aussi !

Lors de la parution du livre de Picaper, j’ai pensé que je ne voulais pas mourir sans connaître toute la vérité, sans savoir qui j’étais. J’ai donc adressé à la WAST les rares indications que je possédais : quelques photos, le prénom et le nom de mon père.

J’avais retrouvé l’espoir et j’ai, à nouveau, attendu.

Quelle déception lorsque je reçus la réponse : les renseignements que j’avais communiqués ne permettaient pas d’entrer dans les fichiers ! Je me sentis orpheline pour la seconde fois et l’espoir s’enfuit.

Je renonçai à toute tentative.

Quatre ans plus tard, une annonce parue dans « Le Monde » m’informa de l’existence d’une association « Cœurs Sans Frontières » dont la mission attira mon attention.

Que devais-je faire ? Essayer une nouvelle fois ? Me bercer d’illusions et être déçue ? Trop difficile à accepter ! Dans un premier temps, je décidai de renoncer. Ma mauvaise foi ne résista pas longtemps à mon désir de savoir et je réunis à nouveau mes modestes documents.

Je glissai le courrier un beau matin de Juin 2008 et j’attendis encore… une réponse !

Je pensais que si la WAST n’avait pu m’aider, cette association avait bien peu de chances d’aboutir. Mais… pourquoi pas ? La complexité de mes sentiments était telle que je me pris à souhaiter une absence totale de réponse. C’était compter sans la détermination de Jean-Jacques Delorme, Président de l’association. Il m’appela, fin Juillet : l’entretien fut long. Jean-Jacques sut trouver les mots qui me rendirent quelque confiance.

Penser qu’on ne trouverait rien, j’y étais préparée. Comprendre que l’attente serait peut-être longue, n’avait pas été difficile. Imaginer ce qui pourrait être découvert, je n’étais pas allée jusque là. Est-ce que je savais véritablement ce que je cherchais ? Une preuve de l’existence de mon père, une confirmation de sa mort, quelque chose qui attesterait de ma filiation : certainement, oui. Mais jamais je n’avais envisagé, en tout cas, ce que j’appris le 9 Septembre 2008.

Vers 21h, le téléphone sonna. Une voix d’homme (celle de Mr Rouxel, responsable du Grand-Ouest à l’époque), entrecoupée par l’émotion, m’annonça que mes quatre tantes avaient été retrouvées et me dit d’appeler Frank pour obtenir davantage de détails. Je vis seule et n’avais personne avec qui partager l’émotion qui me submergea. Le cœur qui s’emballe, la respiration difficile, les tremblements, les larmes… oui, oui, tout ça et même beaucoup plus.

Le récit de Franck mit en évidence toute la chaîne de celles et de ceux qui avaient solidairement travaillé à la réussite de ma recherche. Une pensée toute particulière pour Inge, elle qui a tant fait pour beaucoup d’entre nous. Elle a établi un tel contact avec mes tantes qu’elles ont accepté l’idée d’un premier courrier. Au cours des jours qui suivirent, les appels de Jean-Jacques et de Franck ont été un réconfort, un soutien sans faille alors que j’étais profondément déstabilisée.

Inutile d’évoquer dans le détail le temps nécessaire à la rédaction de ma première lettre, le choix des mots, le poids de ces mots qui allaient me révéler auprès de mes tantes, qui devaient, je l’espérais, leur prouver qui j’étais et les convaincre de la sincérité de ma démarche.

Suivi l’attente angoissée de leur réponse.

Cette attente fut, bien évidemment, assortie des doutes et de interrogations inévitables en pareilles circonstances. Les prénoms et les âges approximatifs : c’était tout ce que je connaissais de mes tantes. Qui étaient-elles ? Que pouvait-être cette famille, « ma » famille, que je découvrirais peut-être ? La recherche de mon identité justifiait-elle une telle situation tant pour elles que pour moi ?

Mais elles « étaient » et avaient accepté l’idée d’un courrier : c’était l’essentiel !

Quelques jours plus tard, « elle » était là, cette enveloppe dont j’avais rêvé depuis tant et tant d’années !

Inquiétude, impatience, empressement accompagnèrent le geste trop brusque qui déchira l’enveloppe. Et je lus :

            Liebe Monique

            Du bist ja unsere Nichte, die Tochter unseres Bruders

La première lecture se fit à travers  mes larmes. Je lus et relus et ne pouvais me résoudre à poser le feuillet : le rêve était devenu réalité, mes tantes devaient être de bonnes fées.

Depuis ce jour magique, les échanges sont nombreux et nous allons même jusqu’à nous téléphoner : mon allemand étant cependant très approximatif ! Mais j’aime entendre leurs voix.

            Mars 2009 : l’Allemagne est prête à accorder la nationalité allemande aux « enfants de la guerre ». La nouvelle est relayée par tous les médias et Jean-Jacques, fier et heureux de voir aboutir son combat, nous en informe.

On m’offre un moyen administratif, officiel, légal, de reconnaître ma filiation et je veux le saisir !

On peut s’étonner de ma volonté, de mon impatience à bénéficier de cette opportunité. Avoir eu la chance d’être acceptée par ma famille allemande ne suffisait-il pas ? C’est un réel bonheur !

Mais obtenir la naturalisation est, pour moi, un ajout considérable même s’il n’est « que » psychologique.

Je ne me suis pas toujours appelée du nom que je porte depuis mon âge de cinq ans et jusqu’à mon mariage. De cet autre nom, celui de ma mère, je n’ai aucun souvenir. Elevée par ma grand-mère, veuve et remariée, on avait pris l’habitude de me nommer du nom de ma grand-mère. Ce qui persista longtemps après que j’aie été reconnue par le mari de ma mère. Néanmoins, son nom est devenu légalement le mien à mon grand regret.

Etre reconnue « enfant de la guerre » c’est prouver ma véritable identité, c’est me démarquer de mon adoptant, c’est affronter le regard des autres, sans honte, c’est espérer être sereine.

La lourdeur du dossier, les embûches administratives, les compléments aux pièces justificatives, l’appel à l’aide pour la traduction du dossier : rien n’a pu entamer ma résolution.

Pendant plus d’un an, j’ai vécu l’œil rivé au voyant rouge du téléphone, sursautant à la moindre sonnerie, massacrant, lors de leur ouverture, les enveloppes estampillées « Ambassade d’Allemagne ».

L’appel du 28 Juin réussit cependant à me surprendre, sur mon portable.

Mr Floth m’annonçait la bonne nouvelle ! Mon silence l’étonna et l’inquiéta mais il comprit vite que l’émotion en était la cause. Nous réussîmes finalement à convenir d’un rendez-vous.

 

Le 3 août, 15h30, me trouva donc sur les marches de l’Ambassade accompagnée par Chantal

Le Quentrec et Monika mon amie et traductrice. La lourde porte sembla prendre un malin plaisir à s’ouvrir très lentement.

Mr Floth nous attendait dans son bureau.

Moment solennel et émouvant que celui où Mr Floth donna lecture de mes droits et devoirs de nouvelle citoyenne allemande. Prête à signer tout engagement, je ne voyais plus qu’un papier sur le bureau : meine Einbürgerungsurkunde.

 

Maintenant, la situation est claire. 

J’ai une famille française du côté de ma mère et une famille allemande, du côté de mon père biologique.

Mes enfants et petits-enfants m’ont toujours soutenue dans ma démarche et se réjouissent de leur origine franco-allemande.

Mes tantes sont, bien évidemment, enchantées.

 

Au-delà du caractère très personnel de ce choix, je veux croire en l’aspect symbolique de cette reconnaissance. Symbole d’une évolution des mentalités, symbole d’une volonté de paix entre deux peuples, symbole d’un rêve éminemment fou : et si on abolissait toutes les frontières ?

 

J’ai obtenu beaucoup, beaucoup plus que tout ce que j’avais pu imaginer. J’en remercie celles et ceux qui consacrent leur temps, leurs forces, leur détermination à mettre tout en œuvre pour relier ceux qui se cherchent.

 

                                                                                         M. P-Müller