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Conclusions de la journée d’étude du 20.10.2010 – Mémorial de Caen

Gerlinda SWILLEN

Faire les conclusions d’une journée d’étude aussi touffue est toujours un exercice qui ressemble à une danse sur la corde raide.

Tous les intervenants ont démontré l’importance du secret qui pèse sur les individus et sur nos relations sociales avec des conséquences politiques, qui pèsent sur notre démocratie, sur nos valeurs démocratiques.

Qui oserait nier que notre raison nous invite à ordonner les réalités dans lesquelles nous vivons ?  Dans un contexte totalitaire comme l’Allemagne national-socialiste par contre, ordonner, créer un ordre peut prendre des dimensions obsessionnelles, car ce système

         veut détruire l’histoire traditionnelle et reconstruire une histoire à sa mesure ;

         réorganise la vie des citoyens pour mieux les contrôler, parce qu’il n’a pas confiance en l’être humain ;

         veut donc redresser toute personne réfractaire en appliquant toutes sortes de punitions ;

         tente de normaliser tout être humain en réglant et contrôlant sa vie sexuelle et affective, en instituant un simulacre de justice, …

         décide de la vie des individus par des déplacements arbitraires, l’organisation du travail obligatoire, des loisirs et d’exercices corporels afin que l’individu s’inscrive dans la nouvelle histoire  et l’idéologie dans son corps.

Mais l’histoire, les témoignages et récits personnels nous montrent une telle diversité qu’il devient très difficile de les verser dans des catégories bien délimitées et qu’en même temps nous ne sommes pas sortis de toute catégorisation, par exemple quand il est question de reconnaissance d’une personne en tant que « déportée ».

Lorsque les intervenants abordent le problème des victimes d’un secret, nous sommes tout à coup confrontés à l’intelligence  de ceux qui cherchent à élucider leur secret.

         Ils ont l’ouïe fine en écoutant aux portes et lorsqu’ils essaient de comprendre les chuchotements.

         Ils sont maîtres en décryptage de l’écriture, des mots et des signes.

         La curiosité, qui est à la base de l’esprit scientifique, leur est propre.

Il faudrait engager les enfants de guerre dans les enquêtes policières ou comme détectives : le taux d’affaires résolues connaîtrait une croissance spectaculaire.  Ce qui nous rappelle une fois de plus qu’il ne faut surtout pas sous-estimer les enfants ; ce sont des êtres humains à part entière, mais avec leurs caractéristiques propres.

Tous les intervenants ont insisté sur le besoin de savoir : c’est un remède contre la somatisation et en même temps « savoir » contrecarre les effets de destruction propres au secret, surtout ce sentiment d’impuissance vis-à-vis du silence et du mensonge.

Toutes ces constatations ne rendent pas la tâche des historiens et des chercheurs plus aisée.  Bien au contraire.  Le chercheur doit se libérer de tout préjugé.  Il doit être capable de

         choisir les mots, les termes adéquats ;

         se soumettre à la nécessité d’ordonner

         revoir ses méthodes de recherche ;

         tenir  compte du vécu ;

         être prêt à refaire la discussion au sujet de la collaboration ;

Il a un devoir de discrétion, même si en même temps il a aussi un devoir de briser les silences.

Cette journée d’étude a une fois de plus démontré le besoin de l’être humain de se soustraire à tout contrôle sur sa vie intime.  Les enfants de guerre ne sont-ils pas en quelque sorte un signe de la résistance de leurs géniteurs à cette prise en charge totalitaire de l’Allemagne nazie ?

Ce qui nous conduit à des conclusions de l’ordre du politique.  Le droit de résistance invite tout individu de faire un retour sur soi en prenant conscience du danger du soupçon et de la dénonciation.  Il y a nécessité impérative de respecter la présomption d’innocence de tout être humain aussi longtemps qu’il n’y a pas de preuve de sa culpabilité.  En tant que citoyens, le droit de résistance nous impose un devoir de vigilance et de contrôle.  C’est là que la réalisation d’une convention internationale pour les enfants de guerre prend toute son importance.  La tâche de contrôle de nos représentants et responsables politiques ne pourra  être menée à bien sans l’association des citoyens et la concertation internationale.  Enfin il apparaît plus que jamais nécessaire de soutenir tout être humain, de n’exclure aucun groupe.

Ainsi cette journée d’étude nous invite à deux conclusions générales :

  1. Chaque individu assassiné ou rendu muet, tenu au secret en est un de trop.  Cessons donc de parler en chiffres et en statistiques.
  2. Nous ne surmonterons jamais ce passé, cette guerre en nous taisant.  Ce qui démontre une fois de plus la nécessité de journées comme celle-ci.

                                                                                                           Gerlinda Swillen

                                                                                                           Marraine de la journée

                                                                                                           Porte-parole de BOW i.n.