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Quelle fabuleuse histoire !Fin 2005, nous avions décidé d’aller fêter le réveillon chez une de mes filles en Bretagne.
Nous nous préparions dans la joie, entourés de nos enfants et petits enfants quand ma fille m’annonça : Maman, je dois te dire un secret que tu ignores et qui te concerne.  » Ton papa était prisonnier en Poméranie et pendant sa déportation, il aurait eu des enfants avec une jeune allemande. C’est ta cousine qui me l’a dit et elle pensait que tu le savais « . Dès cette révélation ce fut un grand choc et je ne pus m’empêcher de l’interroger avec des questions auxquelles elle ne pouvait me répondre. Elle imaginait ma réaction et de poursuivre :  » Je savais que tu voudrais en savoir plus aussi j’ai commencé à écrire à des organismes afin de contrôler les dires et si c’est bien la vérité chercher ces enfants qui sont tes frère et sœur. « . Nous décidâmes d’attendre les réponses de ses demandes mais une grande inquiétude et une grande soif de connaître la vérité m’envahissait.

Les fêtes de fin d’année passées, nous attendions toujours les réponses du ministère des anciens combattants, des archives départementales etc.…N’ayant toujours pas les réponses escomptées, nous avons décidé avec mon mari de prendre le dossier en charge, ce qui libérait ma fille déjà bien occupée avec mes trois petites filles et son mari sans parler de son travail très prenant dans le milieu hospitalier.
Nous avons longuement réfléchi et analysé cette révélation qui nous a permis de comprendre beaucoup de choses sur la vie de mes parents et il nous devenait non seulement évident mais un devoir de retrouver ces enfants car nous devions maintenant leur signifier notre découverte c’est-à-dire que nous devions faire part à ces enfants que leur papa les avait aimé toute sa vie et que des évènements familiaux d’une part , de tradition d’autre part où la religion avait aussi sa place pouvaient expliquer. Nous nous refusions à porter un quelconque jugement car nous n’en avions ni le droit ni l’envie.

Notre seul objectif était de retrouver ces enfants et qu’ils connaissent s’ils le désiraient la vie de leur famille française.

Nous n’imaginions pas l’ampleur de la tâche qui nous attendait.
Nous étions imprégnés de ce devoir de vérité et rien ne pouvait nous arrêter.
Le commencement fut lent mais les soutiens arrivèrent de toute part. Grâce à certains membres de notre famille qui se sentirent solidaires de notre démarche mais aussi et surtout grâce à l’outil Internet.
Nous avons glané au fil des recherches des tas de renseignements que nous avons exploités méthodiquement sans rien écarter que ce soit au niveau des ambassades consulats,croix rouge internationale, autorités militaires, amicales diverses, publications littéraires, consultations de tout site pouvant avoir un rapport plus ou moins loin avec l’histoire aussi bien en France qu’en Pologne qu’en Allemagne.

La mairie du lieu de résidence de papa nous avait permis d’identifier le stalag où il avait été déporté en Poméranie aussi le lieu de déportation fut très vite retrouvé.

Toutes sortes d’archives furent sollicitées et l’histoire nous apprenait que la Poméranie était devenue Pologne en 1945. Ses occupants avaient subi des atrocités avaient dû tout abandonner et avaient été chassés de leur pays pour être expatriés en Allemagne. Nous avions alors décidé d’envoyer un courrier avec une photo de papa en captivité en 1942 et d’établir un avis de recherche dans 44 communes autour du lieu de déportation car nous avions appris qu’en temps que prisonnier, il travaillait dans une ferme comme beaucoup de prisonniers. Les réponses nous parvinrent progressivement à notre grande surprise mais aucune ne satisfaisait pleinement notre recherche. Chaque fois que nous avons fait une demande, nous demandions aussi des conseils pour notre recherche et bien souvent on nous conseillait des sites, des lieux où nous pouvions nous renseigner. L’idée nous vint alors de faire paraître des avis de recherche dans la presse allemande et polonaise. Nos requêtes étaient formulées en langue allemande ou polonaise et nous demandions d’avoir des réponses de préférence en langue française ou anglaise, Cela nous a permis d’établir des liens qui se sont transformés rapidement et sont même devenus des liens d’amitié. Dès la parution dans un journal de Hambourg une femme extraordinaire expatriée de Poméranie nous a contacté pour nous dire tout simplement :  » Comment puis-je vous aider ? Dites moi ce que je peux faire « .Nous avons échangé avec cette dame qui nous a fourni des tas de renseignements sur la vie à cette époque là en nous racontant sa vie personnelle, celle de sa famille, la déportation… et qui est maintenant une Amie avec qui je correspond plusieurs fois par semaine car grâce à son dévouement, sa bonté, sa générosité elle m’a permis de retrouver mon frère et sa maman.

Les habitants de la région ont noué des contacts très chaleureux avec nous et se sont mis à notre service en nous faisant part de leurs avis de leurs idées et surtout en nous encourageant et nous incitant à poursuivre notre démarche. Ils devenaient solidaires et étaient d’un précieux réconfort. Nous partagions notre action et avons reçu des messages extraordinaires tel cette dame qui habitait une maison de retraite et qui nous disait avoir lu notre annonce en ajoutant maintenant que j’ai pris connaissance de votre histoire, je revis et tenez moi informée. Un monsieur âgé a tout fait pour nous graver un CD et nous l’a fait parvenir gratuitement avec les noms des habitants en 1937 et la liste des abonnés au téléphone en 1941 de la ville de détention du camp de prisonniers où papa avait été déporté.

Nous avions contact avec l’association  » Cœurs sans frontières.  » qui nous a promulgué de précieux conseils mais a été surtout un très bon soutien moral.

Mon mari avait trouvé un site sur Internet (un de plus) qui s’intitulait : Archives du Ministère des Affaires étrangères- occupation française en Allemagne et en Autriche- situées à Colmar. Un mail envoyé confirmé par un courrier sollicitait les services et surprise, sous quelques jours, une réponse nous parvenait nous indiquant que des renseignements concernant notre affaire risquaient de nous intéresser et étaient détenus à Colmar. Un petit voyage de 48 heures à Colmar nous apprenait que papa avait reconnu un fils prénommé Joachim dont la maman prénommée Liselotte avait
été enregistrés sur un document émanant du kreis de Hambourg mais consultable uniquement en 07.2008. Pendant que nous adressions une demande de dérogation au Président de la République Française afin d’avoir la possibilité de consulter ce document avant l’échéance du 01.07.2008, notre Amie se chargeait de faire paraître une information sur un journal d’une association d’anciens de la région.

Le miracle s’est produit le 03.10.2006 parce que Liselotte s’est manifestée auprès du Président de l’association en disant :  » Ce ne peut être que mon histoire et celle de mon Yves « .

Notre Amie nous téléphonait pour nous apprendre la bonne nouvelle et les premiers contacts ont été pris.
Aujourd’hui, nous envisageons de nous rencontrer en France ou en Allemagne et nous communiquons régulièrement via skype par Internet ce qui nous permet de s’entendre mais aussi de se voir et bien sûr par téléphone, courriers et mails.

Mon frère et sa maman savent que papa les a aimés toute sa vie.
Je n’aurai jamais imaginé qu’il puisse exister autant de solidarité, autant de générosité que ce soit en Pologne, en Allemagne ou en France.
Je souhaite à tous ceux qui recherchent beaucoup de courage, et surtout de ne jamais désespérer, car les recherches sont très longues parfois aussi il faut toujours y croire et espérer.
La chance existe mais il faut savoir la saisir.
Aujourd’hui, je ne sais comment remercier toutes ces personnes qu’il me sera impossible d’oublier et je les assure de mes pensées les plus fraternelles.

Marie-Paule LALOUE.